Colombie: Hollande en visite dans un camp de désarmement des Farc
François Hollande a achevé mardi sa visite en Colombie, la première d'un président français depuis 1989, en se rendant dans un camp de...

Colombie: Hollande en visite dans un camp de désarmement des Farc

François Hollande a achevé mardi sa visite en Colombie, la première d'un président français depuis 1989, en se rendant dans un camp de...
Public Sénat

Par Baptiste PACE, avec Florence PANOUSSIAN à Bogota

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

François Hollande a achevé mardi sa visite en Colombie, la première d'un président français depuis 1989, en se rendant dans un camp de désarmement des Farc, où il a réitéré son appui à la paix avec cette guérilla.

A quelque 10.000 km de Paris et loin des vicissitudes de la primaire du parti socialiste, le président français s'est rendu dans les montagnes du Cauca, l'une des régions les plus affectées par le conflit armé, pour visiter un campement où les guérilleros préparent leur retour à la vie civile, après plus de 50 ans de lutte armée.

Accompagné de son homologue colombien Juan Manuel Santos, il a visité l'une des 26 zones où les quelque 5.700 combattants des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes) vont déposer les armes, sous supervision de l'ONU.

A une demi-heure d'hélicoptère de Cali (sud-ouest), le camp de Caldono ressemble à un îlot, perdu dans l'immensité verte de la jungle montagneuse du Cauca et cerné d'une imposante présence militaire et policière.

Les présidents colombien, Juan Manuel Santos, et français, François Hollande, sous une bannière
Les présidents colombien, Juan Manuel Santos, et français, François Hollande, sous une bannière "tout pour la paix" lors d'une visite dans un camp de désarmement des Farc, le 24 janvier 2017 à Caldono en Colombie
Colombian Presidency/AFP

Sur quelques hectares, parmi les tentes qui servent pour dormir, manger ou aux réunions de suivi du processus, s'affairent les représentants du gouvernement colombien, des Farc et du personnel de l'Onu chargé de la coordination des opérations.

Là, M. Hollande a apporté "le soutien de la France" au processus de paix colombien, qu'il a de nouveau qualifié d'"exemple pour le monde".

"Qui aurait pu imaginer que le président colombien, le président français, viennent ici dans un camp de démobilisation, de désarmement, avec des représentants des Farc, il y a simplement quelques mois ? (...) Vous l'avez fait, président Santos!", a-t-il lancé.

- Des observateurs sur le terrain -

A Caldono, des volontaires de l'ONG Handicap International gèrent en outre la problématique du déminage, lourde tâche pour la Colombie, pays le plus affecté du monde après l'Afghanistan par les mines anti-personnel, qui ont fait environ 11.500 victimes, dont plus de 2.000 morts.

Le président François Hollande, le chef de la mission de l'Onu, le Français Jean Arnault,  et le président colombien Juan Manuel Santos, en visite dans un camp de désarmement des Farc, le 24 janvier 2017 à Caldono en Colombie
Le président François Hollande, le chef de la mission de l'Onu, le Français Jean Arnault, et le président colombien Juan Manuel Santos, en visite dans un camp de désarmement des Farc, le 24 janvier 2017 à Caldono en Colombie
AFP

La démobilisation des Farc, prévue par l'accord de paix signé le 24 novembre, est supervisée par un dispositif "tripartite", incluant gouvernement, Farc et Onu.

"Un mécanisme intéressant: au lieu d'un rôle incombant exclusivement aux Nations unies, les deux parties peuvent patrouiller sur le terrain, voir s'il y a des problèmes", a expliqué le chef de la mission de l'Onu, le Français Jean Arnault.

Il a précisé que, depuis Caldono, les observateurs se rendent chaque jour dans les zones de rassemblement proches pour s'assurer que les guérilleros intègrent les campements où ils vont commencer à déposer les armes, à partir de début février et dans un délai de six mois.

Avec M. Santos, François Hollande inspecte les installations, prodigue des encouragements, réitère le soutien de la France lors d'une table ronde, échange une poignée de mains avec le représentant des Farc, Pablo Catatumbo.

Le président François Hollande (D) accompagné de son homologue colombien Juan Manuel Santos (G) s'entretient avec  un représentant des Farc, Pablo Catatumbo, lors d'une visite dans un camp de désarmement des Farc, le 24 janvier 2017 à Caldono en Colombie
Le président François Hollande (D) accompagné de son homologue colombien Juan Manuel Santos (G) s'entretient avec un représentant des Farc, Pablo Catatumbo, lors d'une visite dans un camp de désarmement des Farc, le 24 janvier 2017 à Caldono en Colombie
AFP

"Il ne s'est pas contenté de s'informer depuis son bureau à Paris, non, il a décidé de venir et pour nous c'est très positif (...) C'est le compromis de la 5ème puissance du monde et sa contribution à la paix", a déclaré le chef guérillero aux journalistes.

- Reconnaître les droits des victimes -

"Je veux vous appuyer autant qu'il est possible", explique M. Hollande qui dit se sentir "partie prenante". "La France ne peut pas simplement s'engager avec un vote de résolution (à l'ONU, ndlr), elle doit s'engager bien d'avantage. Elle doit être à vos côtés (...) pour le développement rural, pour la formation, les infrastructures. C'est ce dont nous avons convenu avec le président Santos."

La France, qui contribue à hauteur de 17 millions d'euros au fonds d'aide européen de 95 millions, "a appuyé comme peu de pays les efforts colombiens pour réussir la paix", a souligné M. Santos, qui avait reçu la veille son homologue au palais présidentiel Casa de Nariño.

Le président François Hollande s'entretient avec Gloria Gomez et Merleny Orjuela, des proches de disparus du conflit armé colombien, en présence de l'ambassadeur Jean Marc Laforet, le 27 janvier 2017 à Bogota
Le président François Hollande s'entretient avec Gloria Gomez et Merleny Orjuela, des proches de disparus du conflit armé colombien, en présence de l'ambassadeur Jean Marc Laforet, le 27 janvier 2017 à Bogota
AFP

Avant de se rendre dans le Cauca, M. Hollande s'était entretenu mardi matin à Bogota avec des proches de disparus du conflit, auxquelles il a assuré que "la volonté de la France est de faire en sorte que les victimes puissent voir leurs droits reconnus (...) connaître la situation des disparus".

Depuis les années 1960, le conflit armé colombien a impliqué une trentaine de guérillas de gauche - dont l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste), dernière rébellion encore active -, des paramilitaires d'extrême droite et les forces de l'ordre, faisant au moins 260.000 morts, plus de 60.000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

Parmi les victimes, Lourdes Castro, représentant un groupe de 69 associations, a déclaré au président français que "l'important maintenant est de passer de ce qui est consacré dans l'accord à la mise en application", estimant que "cela va requérir un grand appui de la communauté internationale".

Partager cet article

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche
8min

Politique

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le

Paris Students and Police face to face
6min

Politique

Mobilisation lycéenne : le recours aux gardes à vue est-il justifié ?

Depuis le début du mouvement, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont une très grande majorité de mineurs. Une mesure de contrainte injustifiée selon plusieurs avocats, qui y voient plutôt une volonté de la part des forces de l’ordre de sanctionner les manifestants.

Le