Comment fonctionne l’immunité parlementaire ?
Thierry Solère veut en finir avec le régime de l’immunité parlementaire. Une mesure à laquelle ne s’opposerait pas le gouvernement. Comment fonctionne-t-elle ?

Comment fonctionne l’immunité parlementaire ?

Thierry Solère veut en finir avec le régime de l’immunité parlementaire. Une mesure à laquelle ne s’opposerait pas le gouvernement. Comment fonctionne-t-elle ?
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« Toutes ces histoires d'immunité parlementaire et tout, il faut que ça cesse », lance ce matin sur BFMTV et RMC le député LR Thierry Solère. « Je pense que ça ne sert à rien et que ça entretient ce doute et ce soupçon perpétuel que la classe politique essaie de ne pas vivre comme les autres Français. »

Pour assurer l’indépendance des parlementaires, la Constitution assure certaines protections aux sénateurs et aux députés, à travers l’article 26. Ce qu’on appelle « l’immunité parlementaire » recouvre en réalité deux catégories de protection : l’irresponsabilité et l’inviolabilité. Explications.

En quoi consiste l’irresponsabilité ?

L’irresponsabilité signifie qu’un parlementaire ne peut être poursuivi pour des actes qui touchent à son mandat et à sa fonction : aussi bien des propos tenus en séance ou en commission, que le contenu de ses propositions de lois, de ses amendements déposés ou des rapports qu’il produit. Cette immunité s’exerce toute l’année, même en dehors de la session, et après le mandat parlementaire. Autre point : le parlementaire ne peut y renoncer.

Cette immunité n’est toutefois pas totale. Quand ils interviennent en séance publique, les parlementaires restent soumis aux règlements des assemblées.

En quoi consiste l’inviolabilité ?

Deuxième volet de l’immunité parlementaire : l’inviolabilité. Elle empêche un parlementaire de faire l’objet d’une arrestation ou d’une mesure privative ou restrictive de liberté, (comme le contrôle judiciaire), le temps de son mandat, afin de ne pas entraver son exercice. Les actions sont différées. Mais il existe des exceptions.

Comment est levée cette inviolabilité ?

Depuis 1995, un parlementaire peut être poursuivi et mis en examen, et l’inviolabilité peut être levée, à condition que le Bureau (de l’Assemblée ou du Sénat) donne son accord. La demande est formulée par un procureur général : elle est transmise par le garde des Sceaux au président de l’Assemblée nationale ou du Sénat. Le Bureau s’en saisit et se prononce. Depuis 2014, les votes se font à main levée au Bureau du Sénat.

Cette autorisation du Bureau n’est pas nécessaire s’il s’agit d’un crime ou d’un délit flagrant ou d'une condamnation définitive.

Contrairement à l’irresponsabilité, cette inviolabilité est limitée à la durée du mandat. De plus, la détention, les mesures privatives ou restrictives de liberté, de même que la poursuite d’un parlementaire peut être suspendue le temps d’une session, si le Bureau le demande.

À quand remonte ce régime de protection ?

L’immunité des parlementaires est aussi vieille que la représentation nationale et remonte à la Révolution française. La première Assemblée nationale s’est préoccupée du statut des élus et de l’immunité de ces derniers. Son origine remonte à la séance du 23 juin 1789, lorsque Mirabeau répondit à l’envoyé de Louis XVI qui voulait faire évacuer la salle du Jeu de paume :

« Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes. »

L’irresponsabilité naît ce jour-là, dans un arrêté de l’Assemblée nationale. L’inviolabilité du parlementaire est, elle, définie pour la fois dans un décret de l’Assemblée nationale le 26 juin 1790.

Des remises en cause

La remise en cause de l’immunité parlementaire exprimée par Thierry Solère n’est pas isolée. Elle fait notamment suite à une campagne présidentielle très marquée par les affaires. Philippe Poutou, le candidat du Nouveau parti anticapitaliste avait marqué le débat entre les onze candidats, en déclarant à François Fillon et Marine Le Pen qu’il n’avait pas « d’immunité ouvrière ».

Plus tôt, Benoît Hamon avait déclaré sur Europe 1 qu’il fallait « en finir avec l’immunité parlementaire si c’est là pour empêcher le travail libre de l’autorité judiciaire ».

Durant sa campagne en novembre 2016, Jean-Luc Mélenchon avait demandé à ses futurs candidats aux législatives d’adhérer à la charte de l’association Anticor, favorable à la fin de l’immunité parlementaire.

Enfin, au Sénat, le socialiste Alain Anziani a vu le maintient de l’immunité parlementaire comme « une erreur politique ».

Lors de son point presse hebdomadaire, interrogé sur les déclarations de Thierry Solère, Christophe Castaner a répondu que la nouvelle équipe ne s'opposerait pas à une éventuelle suppression de l'immunité parlementaire, si les députés et les sénateurs souhaitaient la retirer.

Partager cet article

Dans la même thématique

Comment fonctionne l’immunité parlementaire ?
4min

Politique

Fin de vie : le Sénat vote un texte vidé de sa substance, la gauche dénonce un « sabotage » de la droite

Dans la nuit, le Sénat a adopté la proposition de loi relative à l’aide à mourir mais en supprimant les deux articles phares, le principe de l’assistance à mourir et ses modalités, rendant le texte inopérant. La majorité sénatoriale s’est divisée sur la version rédigée par la commission des affaires sociales qui préconisait une version de compromis. Le patron de LR, Bruno Retailleau avait indiqué qu’il rejetterait le texte quelle que soit sa rédaction.

Le

Comment fonctionne l’immunité parlementaire ?
3min

Politique

Fin de vie : le Sénat vote le principe « du droit opposable au soulagement » 

Le Sénat a voté en faveur « d’un droit opposable au soulagement » lors de l’examen de la proposition de loi relative à l’aide à mourir. Après avoir rejeté l’article qui fixait les conditions, le Sénat est donc également revenu sur le principe de « l’assistance médicale à mourir », défendue par la commission des affaires sociales ». 

Le

Comment fonctionne l’immunité parlementaire ?
4min

Politique

Fin de vie : le Sénat, divisé, vide le texte de sa substance en rejetant l’article phare sur « l’aide à mourir »

Coup de théâtre, mercredi les sénateurs ont rejeté l’article 4, le cœur de la proposition de loi relative à l’aide à mourir. La commission des affaires sociales avait considérablement réduit la portée du texte en remplaçant un « droit à l’aide à mourir » par « une assistance médicale à mourir », pour les malades dont le pronostic vital » est engagé à très court terme. La majorité sénatoriale divisée n’est pas parvenue à s’entendre sur cette version.

Le

Paris: Questions au gouvernement Senat
4min

Politique

Budget : quand Sébastien Lecornu zappe les sénateurs dans sa lettre aux parlementaires…

Suite aux recours au 49.3 par le premier ministre pour faire adopter le budget, Sébastien Lecornu a écrit aux parlementaires pour expliquer les principales mesures de ce budget de compromis. Une lettre envoyée aux seuls députés en réalité. Les sénateurs, eux, ne l’ont pas reçue. Ils devront attendre le retour du texte à la Haute assemblée pour que le premier ministre leur écrive.

Le