Le Rassemblement national a conclu dimanche par une courte victoire sa campagne des européennes lancée volontairement très tôt, dans laquelle il...
Comment le RN a fait prospérer son idée de vote utile
Le Rassemblement national a conclu dimanche par une courte victoire sa campagne des européennes lancée volontairement très tôt, dans laquelle il...
Par Paul AUBRIAT
Temps de lecture :
4 min
Publié le
Le Rassemblement national a conclu dimanche par une courte victoire sa campagne des européennes lancée volontairement très tôt, dans laquelle il est parvenu à convaincre une partie de l'électorat qu'il était "le seul vote utile" contre Emmanuel Macron.
Des prises de paroles brèves d'à peine trente minutes, suivies de séances photos avec les sympathisants: la méthode, inspirée par l'allié italien Matteo Salvini, est testée avec succès lors de ce tour de France hivernal des campagnes.
En pleine crise des "gilets jaunes", la cheffe du RN réclamait alors, sans paraître y croire vraiment, "une dissolution" de l'Assemblée pour "renverser la table".
Depuis son débat jugé raté de l'entre-deux-tours de la présidentielle, Marine Le Pen cherche un souffle nouveau. Elle a rebaptisé "Rassemblement national" le Front national créé par son père, Jean-Marie Le Pen. Et la doctrine du parti ne prévoit plus ni la sortie de l'euro ni celle de l'Union européenne.
- "À la guillotine" -
Pour les européennes, c'est Jordan Bardella, un inconnu de 23 ans, qui a été envoyé au charbon - "au casse-pipe", moquent à l'époque d'aucuns.
Le jeune homme au visage poupon et aux cheveux gominés peine d'abord à s'imposer lors des réunions publiques: phrases trop longues, débit trop rapide, le novice est cantonné aux débuts de meetings face à des foules incrédules.
Jordan Bardella le 26 mai 2019 à Paris
AFP
En ce début d'année, la liste Bardella est distancée par celle de LREM de quatre à six points. Le potentiel électoral du mouvement des "gilets jaunes", soutenu par la moitié des Français, se dilue dans les intentions de vote pour La France insoumise ou Nicolas Dupont-Aignan, voire pour une liste autonome des protestataires en chasuble fluo, donnée à 12% dans plusieurs études.
Les fondamentaux du lepénisme sont alors convoqués: "Notre priorité, c'est, c'était et ce sera toujours les Français d'abord", répète la tête de liste.
- "Vote utile" -
La base solidifiée, il s'agit au début du printemps pour Marine Le Pen et les siens d'élargir leur assiette électorale. Le grand débat, puis la conférence de presse du président de la République en avril, convainquent les stratèges du RN de persévérer dans l'affrontement frontal avec le chef de l'État.
Marine Le Pen le 26 mai 2019 à Paris
AFP
A défaut de dissolution, c'est un référendum antiMacron que réclament désormais Mme Le Pen et M. Bardella, lequel a gagné en éloquence et assurance au fur et à mesure des meetings et prestations télévisées, quand sa principale adversaire, la macroniste Nathalie Loiseau, est jugée terne et trop peu combative.
Fin avril, le frémissement d'intentions de vote pour la liste LR emmenée par le conservateur François-Xavier Bellamy, un enseignant en philosophie qui suscite un engouement inattendu dans son camp, interroge les hiérarques du RN.
Le 1er mai, à Metz, Marine Le Pen infléchit son discours et dénonce le supposé complot d'une Union européenne qui serait l'œuvre de financiers américains, en théorisant "la lutte des empires contre la nation". La salle n'adhère pas.
Huit jours plus tard, la cheffe du RN change de stratégie et dramatise encore davantage l'enjeu. Elle estime que "si Emmanuel Macron perd cette élection, alors il devra partir", comme un écho aux "Macron, démission" lancés tout l'hiver dans les défilés "gilets jaunes".
Vendredi, portée par une dynamique sondagière tardive, elle convie les électeurs LR, LFI et DLF à voter Rassemblement national. "Le seul vote utile", selon elle.
Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.
En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.
La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.
Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.