Commission d’enquête Lubrizol : l’absence d’exercice à grande échelle en question

Commission d’enquête Lubrizol : l’absence d’exercice à grande échelle en question

Les sénateurs ont interrogé les autorités rouennaises ce matin sur la possibilité de mettre en place des exercices à grande échelle pour améliorer notre « culture du risque ».
Louis Mollier-Sabet

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La commission d’enquête du Sénat sur l’incendie de l’usine Lubrizol continue ses auditions avec une journée particulièrement chargée ce mardi. Elle a ouvert le bal ce matin en auditionnant des représentants de la métropole de Rouen. Le maire et président de la Métropole de Rouen, Yvon Robert, ainsi que Cyrille Moreau, vice-président de la Métropole chargé de l’environnement ont essayé de répondre aux interrogations des sénateurs sur la responsabilité de la Métropole de Rouen dans la gestion de cet accident industriel.

Une incompréhension à éclaircir sur le réseau public de distribution d’eau

Au milieu des détails techniques que les sénateurs cherchent à éclaircir à chaque audition, on sent tout de même une certaine conflictualité émerger entre la commission d’enquête et les autorités rouennaises.

Au sujet du réseau public de distribution d’eau d’abord, dont Yvon Robert avoue ne pas savoir s’il était conforme aux normes, mais renvoie la responsabilité à l’entreprise, qui « même si l’eau est coupée, doit pouvoir réagir à toute situation » précise Cyrille Moreau. La commission d’enquête devrait dans tous les cas revenir sur la conformité du réseau jeudi lors de l’audition du préfet de la Seine-Maritime.

« On n’a pas de culture du risque. »

L’autre inquiétude de la commission d’enquête qui a imprimé le rythme de l’audition a été la question de la « culture du risque » dans une métropole aussi sensible au risque industriel que Rouen, et en particulier en lien avec l’usine Lubrizol qui avait déjà été à l’origine d’une alerte en 2013.

Au niveau de la prévention et de la gestion du risque, les représentants de la métropole de Rouen ont plutôt confirmé les doutes des sénateurs : « On n’a pas de culture du risque » a affirmé Cyrille Moreau, « à l’échelle de la population et y compris au niveau des élus. » Le vice-président de la Métropole a ainsi pointé du doigt le décalage « infantilisant » entre les services de l’État, tout à fait compétents en la matière, et les autorités municipales ou communautaires, qui « ont un ou deux collaborateurs avec un peu de connaissances, mais qui ne sont même pas au niveau des services de l’État ». Cette « disproportion du savoir rend compliquée la gestion de ces situations » a-t-il conclu.

« L’absence d’exercice et d’information régulière pose problème. »

Yvon Robert : "L'absence d'exercice et d'information régulière pose problème."
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La « culture du risque » se décline par ailleurs en deux volets : un effort de formation dans les services de l’État et un effort de prévention auprès de la population. Ce dernier semble insuffisant pour le maire de Rouen, qui comprend la décision pourtant controversée du préfet de déclencher uniquement les sirènes à proximité du site et quelques heures après le début de l’incendie : « Pour le préfet le risque de sirène c’était un risque de panique : tout le monde n’aurait pas compris qu’il fallait allumer une radio. On voit bien que l’absence d’exercice et d’information régulière sur ce qu’il risquerait de se passer en cas d’incendie pose problème. »

Et « en même temps », nuance Yvon Robert, reprenant ainsi la maxime présidentielle, « quand il n’y a pas eu d’accident de cette importance depuis AZF, jusqu’où va-t-on ? »

« Il n’y a jamais eu d’exercice de grande échelle, mais ça serait très compliqué car qui paye ? »

Cyrille Moreau sur les exercices à grande échelle : "Qui paye ?"
01:00

Effectivement, si les représentants de la Métropole de Rouen partagent le constat d’un déficit de « culture du risque » ils tiennent aussi à en rappeler les raisons, qui sont loin d’être triviales d’après eux. Le constat est simple : « Il n’y a jamais eu dans toute l’histoire de Rouen un exercice à l’échelle de la Métropole » déplore Cyrille Moreau, qui affirme que la Métropole y serait favorable, tout en posant la question fatidique : « Qui paye ? » Le vice-président de la Métropole renchérit : « Si vous arrêtez toute l’activité humaine une journée entière, une fois par an, qui paye ? »

Un exercice d’une telle ampleur implique nécessairement à la fois des coûts d’organisation et un manque à gagner, mais Cyrille Moreau a ouvert certaines pistes de financements : « A titre personnel, ma proposition est que les entreprises qui génèrent un risque sur le territoire financent les exercices à grande échelle. » Avant de conclure : « Sinon, ça va être très compliqué … »

Yvon Robert partage ces réserves sur la possibilité de mener des exercices réguliers à grande échelle : « Je suis extrêmement réservé sur la possibilité dans la longue durée de multiplier les exercices. » Le président de la Métropole rejoint aussi son vice-président : la décision de mener des exercices à grande échelle ne peut pas reposer sur les autorités municipales, il faut mettre en place des mesures plus larges qui permettent à la fois de financer ces exercices et de les rendre plus efficaces : « La question de la culture du risque ne concerne pas que la ville de Rouen. »

Yvont Robert : "Aujourd'hui il y a des possibilités techniques d’informer, par les smartphones notamment."
01:08

Le maire de Rouen en a donc aussi profité pour proposer une piste plus large « en matière d’information immédiate » pour pallier l’inefficacité de la sirène dans un contexte de déficit d’exercices : « Aujourd’hui il y a des possibilités techniques d’informer l’ensemble de la population, par les smartphones notamment. »

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