Commission d’enquête : quels sont les enjeux de la deuxième audition d’Alexandre Benalla ?
Pour la deuxième fois en moins de 6 mois, Alexandre Benalla est convoqué par la commission d’enquête sénatoriale. Si en septembre, les sénateurs cherchaient à comprendre le cadre exact de ces anciennes fonctions à l’Élysée, ce lundi, les sénateurs vont s’intéresser à l’usage de ses passeports diplomatiques après son licenciement.

Commission d’enquête : quels sont les enjeux de la deuxième audition d’Alexandre Benalla ?

Pour la deuxième fois en moins de 6 mois, Alexandre Benalla est convoqué par la commission d’enquête sénatoriale. Si en septembre, les sénateurs cherchaient à comprendre le cadre exact de ces anciennes fonctions à l’Élysée, ce lundi, les sénateurs vont s’intéresser à l’usage de ses passeports diplomatiques après son licenciement.
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« Nous ne pouvions laisser sans réponse les questions soulevées par ces nouvelles informations » affirmait, la semaine dernière, Philippe Bas en préambule de la seconde audition de Patrick Strzoda. Le président LR de la commission d’enquête faisait notamment référence « à la réalité de la rupture du lien entre M. Benalla et la Présidence, après le licenciement de celui-ci » (voir notre article).

L’usage répété de passeports diplomatiques depuis août 2018

Vendredi, Alexandre Benalla a été mis en examen une nouvelle fois, cette fois-ci pour utilisation abusive de passeports diplomatiques après son licenciement de l’Élysée fin juillet 2018. Un rebondissement judiciaire de plus qui intervient après les révélations parues dans la presse faisant état de voyages effectués par Alexandre Benalla cet automne et cet hiver, muni de deux passeports diplomatiques. « Nous avons, en conscience, le droit d’être préoccupé des raisons pour lesquels des chefs d’État étrangers et des hommes d’affaires eux aussi étrangers paraissent porter un intérêt aussi extraordinaire à un ancien collaborateur du président de la République pourtant d’un rang apparemment modeste » expliquait Philippe Bas, la semaine dernière.

Le directeur de cabinet de la présidence de la République, Patrick Strzoda a fait état d’une vingtaine de déplacements à l’étranger effectués par Alexandre Benalla depuis cet été, notamment au Tchad 15 jours avant un déplacement officiel du chef de l’État. Un chiffre que le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves le Drian a confirmé devant la commission d’enquête, mercredi.

Les membres de la commission d’enquête interrogeront également Alexandre Benalla sur le renouvellement de son passeport diplomatique le 24 mai dernier, soit après la sanction qui lui avait été infligée, le privant des déplacements du chef de l’État. « Cette demande il l’a adressée directement, je dis bien directement, sans passer par le service du protocole [...] La demande a été faite directement au ministère des Affaires étrangères » (…) « On est confronté à un comportement fautif d’un individu qui a profité de failles du système. Si la hiérarchie avait eu connaissance de cette demande bien évidemment elle s’y serait opposée » a insisté Patrick Strzoda.

Mis en examen dans cette affaire, Alexandre Benalla pourra se réfugier derrière le principe de la séparation des pouvoir pour éluder certaines questions.

Alexandre Benalla a-t-il falsifié un document pour obtenir un passeport de service ?

« Il n’est pas poursuivi à ce stade pour les accusations de faux documents administratifs formulées par le directeur de cabinet de l'Élysée devant la commission d'enquête du Sénat » a indiqué, vendredi, l’avocate d’Alexandre Benalla. En effet, devant les sénateurs, mercredi, Patrick Strzoda a soupçonné « une falsification » opérée par l’ancien chargé de mission. « Pour obtenir ce deuxième passeport (le 28 juin 2018), M. Benalla a adressé au ministère de l’Intérieur une note dactylographiée à en tête du chef de cabinet, non signée, de façon manuscrite » (…) « Quand on a vu ce document, bien évidemment on a demandé au chef de cabinet si c’était lui qui avait adressé ce document au ministère de l’Intérieur. Il n’est pas l’auteur de cette note. Donc, soupçonnant une falsification faite par M. Benalla, nous avons signalé ce fait au procureur de la République par l’article 40 (du code de la procédure pénale).

Alexandre Benalla a-t-il laissé ses passeports dans son bureau avant de quitter l’Élysée ?

Enfin, deux versions diffèrent sur les moyens de récupération de ses passeports après son licenciement. En septembre, Alexandre Benalla affirmait aux sénateurs avoir laissé ses passeports à son bureau. Trois mois plus tard, un de ces proches affirme que ces passeports diplomatiques lui ont été restitués « début octobre ». Une version radicalement différente du côté de Patrick Strzoda qui affirme que « son bureau a fait l’objet d’une perquisition le 26 juillet ». « Le 2 août (…) il a été procédé à un inventaire de tout ce qui a été dans le bureau de Monsieur Benalla (…) Tous les objets, qui étaient dans le bureau, ont été inventoriés et cet inventaire, je le tiens à votre disposition. Les passeports n’y étaient pas. »

Alexandre Benalla exerçait-il des activités privées alors qu’il était en fonction à l’Élysée ?

Cette question qui taraude les sénateurs de la commission d’enquête et qui concerne également Vincent Crase, auditionné, lui aussi, pour la deuxième fois, ce lundi. Selon Mediapart, « un contrat » aurait été passé entre Vincent Crase et un oligarque russe à une date ou il était encore en charge d’encadrer les réservistes de la gendarmerie participant à la sécurité du palais de l’Élysée. Une information que Vincent Crase a démentie par courrier adressé à la commission d’enquête.

Pourquoi et comment Alexandre Benalla a conservé son téléphone crypté ?

L’information est sortie la semaine dernière dans le Canard Enchaîné. Patrick Strzoda a d’ailleurs assuré aux sénateurs qu’il a appris la nouvelle en lisant l’hebdomadaire. « Au moment de son licenciement, Alexandre Benalla aurait dû rendre son combiné » comme « tout salarié ». « Cette obligation n’a pas été respectée » a-t-il expliqué avant d’ajouter que c’est seulement « le 4 octobre, lors d’un inventaire périodique, (…) qu’il a été constaté que le combiné affecté à Alexandre Benalla était manquant » (…)« Quand j’ai appris ça, j’ai déclenché une enquête interne, c’est-à-dire hier soir, pour savoir pourquoi les chefs de service n’ont pas enclenché de démarches (…) au cours de l’été pour demander à Alexandre Benalla de restituer le matériel » (…) « Il y a eu des dysfonctionnements et un manque de réactivité. J’en tirerai les conséquences » a reconnu Patrick Strzoda.

Ce week-end, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux a fait le même constat en reconnaissant dysfonctionnements » « insupportables et incompréhensibles pour les Français ».

À noter qu’un mensonge devant une commission d’enquête parlementaire constitue un délit de parjure passible de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.

 

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