Communes, départements et régions « main dans la main » face à Macron
Les trois principales associations d’élus signent « la charte des territoires unis ». Communes, départements et régions veulent faire entendre leur désir d’autonomie face au pouvoir d’Emmanuel Macron, trop centralisateur à leurs yeux.

Communes, départements et régions « main dans la main » face à Macron

Les trois principales associations d’élus signent « la charte des territoires unis ». Communes, départements et régions veulent faire entendre leur désir d’autonomie face au pouvoir d’Emmanuel Macron, trop centralisateur à leurs yeux.
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C’est une bête à trois têtes : communes, départements, régions. Ou plutôt Baroin, Bussereau, Morin. Trois présidents de droite des principales associations d’élus, l’Association des maires de France (AMF), l’Association des départements de France (ADF) et les Régions de France (RF) unissent leur force pour peser face à l’Etat. En l’occurrence Emmanuel Macron. Ils ont bien compris qu’ensemble, ils seront plus forts.

C’est à Rennes, au Congrès de l’ADF, que cette coalition, cette super association d’élus, voit le jour. Un mutant qui entend se faire entendre, alors que le chef de l’Etat a décidé, dans le cadre de sa reconquête, de renouer avec les collectivités. Elles avaient claqué la porte de la Conférence des territoires en 2017, puis montré un visage uni, déjà, lors de l’appel de Marseille, l’été dernier.

Bussereau : « La charte des territoires unis n’est pas une alliance contre l’Etat mais une alliance pour la décentralisation »

Mercredi matin, en ouvrant son congrès, Dominique Bussereau a annoncé la signature de « la charte des territoires unis, qui n’est pas une alliance contre l’Etat, mais une alliance pour la décentralisation ». Le président (ex-LR) du département de Charente-Maritime n’est pas le plus véhément de la bande. Après un courrier de la ministre Jacqueline Gourault, chargée de renouer avec les collectivités, il a salué « un progrès » même si « le compte n’y est pas » (voir notre article). L’Etat va donner un coup de pouce financier aux départements pour les aider à supporter la charge des politiques de solidarité, comme le RSA.

Le bad cop de ce trio, c’est François Baroin. Look de gendre idéal, mais punchline bien senties. « Nous venons de signer cet accord de Rennes, continuité naturelle de l’appel de Marseille » se félicite le maire de Troyes. A dix jours du congrès de l’AMF, où il va rendre la politesse aux départements et régions, François Baroin lance :

« Cet appel, cette unité des régions, des départements et des communes de France est unique dans l’histoire ».

Des collectivités qui veulent « marcher main dans la main ». Signe de bonne volonté : malgré la suppression de la taxe d’habitation, les communes ne revendiquent pas le foncier bâti, dont bénéficient les départements.

« En 15 mois », le gouvernement a réussi à rassembler ces élus qui n’ont pas toujours fait cause commune. « Un exploit » ironise l’ancien ministre de l’Economie. « Depuis 30 à 40 ans, ça a toujours été entre chat et chien entre nous », « un mur de glace, pas tout à fait celui de Games of thrones », mais presque.

« Balance ton maire » : « Un populisme d’Etat et un populisme officiel » selon François Baroin

Un épisode reste au travers de la gorge : celui de « balance ton maire », « une insulte », initiée par « une liste de Bercy de maires ayant augmenté la taxe d’habitation », relayée ensuite. François Baroin évoque « un populisme d’Etat et un populisme officiel. C’est ça la séquence ».

L’initiative jouit du soutien de Gérard Larcher. Le président du Sénat, dont l’assemblée représente les collectivités, est totalement solidaire. « On ne lâchera pas », a-t-il prévenu à l’heure du déjeuner. Gérard Larcher était aux côtés de Dominique Bussereau il y a un mois pour échanger avec Emmanuel Macron.

A ceux qui auront l’impression que les collectivités passent leur temps à se plaindre, il rappelle quelques chiffres : les « 11 milliards » d’économies imposées sous François Hollande ont entraîné une baisse de « 30% de l’investissement public » et « plus d’un demi point de croissance à notre pays ». « Nous ne pouvons accepter un effort supplémentaire de 13 milliards d’euros » tel que demandé, prévient François Baroin.

Hervé Morin : « Nous ne sommes pas des sous-traitants de la politique nationale »

Quelques minutes après, Hervé Morin, le président des Régions de France, en remet une couche. Comme François Baroin, son « copain de chasse », il joue aussi le bad cop, sur un registre différent. « Nous ne sommes pas des sous-traitants de la politique nationale » prévient le président de centre droit de la région Normandie, qui accuse Emmanuel Macron d’être « le premier président à recentraliser » (voir la vidéo ci-dessous). Il ajoute d’autres responsables dans son viseur : « Derrière tout ça, il y a la revanche de la technostructure contre la décentralisation ». Les élus, fait remarquer Hervé Morin, sont au contraire sur le terrain et se prennent « en permanence la boîte à baffe » des administrés. « Nous avons la légitimité du suffrage universel » martèle Hervé Morin.

Hervé Morin : « Nous ne sommes pas des sous-traitants de la politique nationale »
02:23

Leurs exigences sont simples : « Nous voulons être associés aux politiques de proximité qui nous concernent ». Exemple à ne pas suivre : « Quand sur le plan pauvreté, ni les communes, ni les départements, ni les régions ne sont associées, on se dit qu’on marche sur la tête ». « Si nous payons, alors nous sommes associés au principe de décision. Ce sont des principes simples » insiste François Baroin. A terme, c’est d’une « nouvelle étape de la décentralisation » dont ces collectivités rêvent. Cette union n’est pas passagère, ni purement intéressée, assure le président de l’AMF : « Notre coopération est durable ». Et la grogne, bien installée.

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