Concentration des médias : le rapport du Sénat adopté dans la douleur
Les membres de la commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias ont trouvé un accord, non sans mal, après quasiment 6 heures de réunion et d’échanges parfois « très tendus ». Le rapport a été amendé sur certains points. Il sera rendu public demain.

Concentration des médias : le rapport du Sénat adopté dans la douleur

Les membres de la commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias ont trouvé un accord, non sans mal, après quasiment 6 heures de réunion et d’échanges parfois « très tendus ». Le rapport a été amendé sur certains points. Il sera rendu public demain.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

« C’était long, difficile et pénible ». Un membre de la commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias n’en revient pas. « Une commission d’enquête comme ça, je crois que ça n’a jamais existé ». Un autre parle d’échanges « très tendus » et même « très violents ». Il a fallu près de 6 heures de réunion, jusqu’à quasiment minuit, mardi soir, pour que les sénateurs parviennent à s’entendre sur le rapport et les conclusions de la commission d’enquête. « La fumée blanche est sortie au bout de quasiment 6 heures », sourit un sénateur. Le rapport sera présenté demain, jeudi, lors d’une conférence de presse, à 11 heures.

« Chacun a mis de l’eau dans son vin »

Au cours des très nombreuses auditions, notamment de grands patrons propriétaires de médias (Vincent Bolloré, Bernard Arnault, Arnaud Lagardère, Patrick Drahi, Xavier Niel, Martin Bouygues), deux visions divergentes sont apparues, entre le président de la commission d’enquête, le centriste Laurent Lafon, et surtout les sénateurs LR d’une part, et de l’autre le rapporteur socialiste, David Assouline, beaucoup plus offensif sur le sujet. Des différences qui ont rejailli, au moment d’adopter le rapport, concocté par le sénateur PS de Paris. S’il faut attendre demain pour connaître les détails – le rapport est considéré comme définitivement adopté 24 heures après le vote, période durant laquelle les commissaires ont une obligation légale de ne rien communiquer – on sait déjà que le document a été modifié au cours de la réunion. Treize amendements ont été déposés, parfois sous amendés. Des interruptions de séance ont été nécessaires.

Certaines propositions ont été en partie modifiées et les quatre premiers chapitres du rapport ont été par endroits complétés, précisées sur certains points, de manière à ce qu’une majorité accepte de voter le rapport, indispensable à sa publication. La droite souhaitait certains rééquilibrages et a cherché à imposer quelques changements. « En réalité, chacun a mis de l’eau dans son vin, chacun voulant sortir la tête haute », confie un membre de la Haute assemblée.

« Une masse d’informations inouïe. Ce sera une référence »

« Avec pratiquement 48 auditions durant 100 heures, c’est un état des lieux, un état de la réflexion à un moment donné », salue un membre de la commission d’enquête. Un autre participant y voit même « une masse d’informations inouïe. Ce sera une référence ». Le rapport fait environ 350 pages.

Durant les auditions, un désaccord de fond est apparu sur l’objet même de la commission d’enquête : la concentration des médias. Pour David Assouline, elle est à la source d’un affaiblissement du pluralisme dans le secteur, quand la plupart des patrons auditionnés l’ont au contraire défendue comme seule voie possible pour faire face au poids des GAFAM. Les sénateurs de droite ont été sensibles à cette seconde vision. Les vives critiques – « l’acharnement », selon un sénateur LR – de David Assouline contre Vincent Bolloré, au cours de son audition, ont aussi été peu appréciées à droite. La version finale du rapport, telle que modifiée, pourrait refléter en partie ces deux visions diamétralement opposées du secteur.

Partager cet article

Dans la même thématique

Concentration des médias : le rapport du Sénat adopté dans la douleur
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Concentration des médias : le rapport du Sénat adopté dans la douleur
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le