Condamnation de Marine Le Pen : « Il est intolérable dans un Etat de droit de menacer les magistrats », dénonce Hervé Marseille

Au micro de Public Sénat, Hervé Marseille, président du groupe Union centriste au Sénat, appelle à respecter la décision de justice qui a condamné Marine Le Pen à cinq ans d’inéligibilité avec une exécution immédiate. L’élu s’interroge également sur l’accélération du calendrier évoqué par le tribunal, et qui permettrait à la députée du Pas-de-Calais d’être jugée en appel avant la présidentielle.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Faut-il changer la législation qui a permis la condamnation de Marine Le Pen ? Depuis que la députée du Pas de Calais a été reconnue coupable lundi 31 mars de détournement de fonds et se voit empêcher de concourir à la prochaine élection présidentielle, en raison de l’exécution provisoire appliquée à sa peine d’inéligibilité de 5 ans, les critiques se multiplient à l’encontre du système pénal. Mais aussi à l’égard des magistrats qui ont rendu cette décision.

« Il y a un Etat de droit, il est malmené, les juges ont fait leur travail », a voulu défendre Hervé Marseille, chef de file des sénateurs centristes, au micro de Public Sénat ce mercredi 2 avril. « On peut considérer qu’ils sont excessifs et qu’ils vont un peu loin, mais il y a des voix d’appel pour tous les justiciables », veut-il rappeler. Madame Le Pen a toutes les possibilités de se faire entendre », assure-t-il. « La condamnation de Madame Le Pen a créé un climat particulier et il est intolérable que dans un Etat de droit l’on puisse menacer les magistrats. »

Hervé Marseille reconnaît pourtant que l’exécution immédiate de l’inéligibilité, sans que l’appel en soit suspensif, pose question : « Est-ce qu’un tribunal peut, en première instance, prononcer une peine irréversible ? C’est ça le plus problématique et qui interroge ». « Peut-être que les législateurs ne s’étaient pas aperçus que les choses pouvaient aller aussi loin, c’est ce qu’il se passe avec les lois votées sous le coup de l’émotion, c’est le cas de Sapin II, voté après l’affaire Cahuzac. Peut-être qu’il faut réfléchir à d’autres textes mais en tout cas, ça n’est pas l’heure. », pointe-t-il.

>> LIRE AUSSI notre VRAI/FAUX : La loi Sapin II, dont tout le monde parle, a-t-elle vraiment été utilisée pour juger Marine Le Pen ?

Les recours déposés par Marine Le Pen et les autres responsables RN condamnés dans l’affaire des assistants parlementaires européens pourraient être examinés rapidement, en vue d’une « décision à l’été 2026 », a fait savoir la cour d’appel de Paris dans un communiqué. Une annonce qui laisse quelque peu sceptique Hervé Marseille. « C’est peut-être une façon d’apaiser un peu les choses. Tous les justiciables ont le droit à un appel et je pense qu’ils sont nombreux à se dire qu’ils aimeraient avoir un calendrier aussi rapide… », relève-il. « On ne peut pas appliquer la loi en fonction des personnes. Madame le Pen a le droit de se défendre, mais elle est justiciable comme chacun d’entre nous. »

Partager cet article

Dans la même thématique

PARIS: Conference de presse de Gerald Darmanin Gardes des Sceaux Ministre de la Justice
6min

Politique

Affaire Lyhanna : l’idée de Gérald Darmanin de redonner à la Chancellerie un pouvoir d’instruction dans les affaires individuelles, « hasardeuse et contreproductive », selon les juristes

Auditionné par la commission des lois du Sénat, sur les défaillances qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, Gérald Darmanin a évoqué l’idée de revenir sur l’interdiction pour le garde des Sceaux de donner des instructions dans les affaires individuelles. Une possibilité qui existait jusqu’en 2013, avant la réforme sur l’indépendance du parquet.

Le

Paris : Session of questions to the government at National Assembly
3min

Politique

Affaire Lyhanna : perpétuité pour les viols en série, enquêtes plus rapides…  les premières réponses de Sébastien Lecornu

Après avoir réuni plusieurs ministres ce mardi matin dans le sillage de l’affaire Lyhanna, Sébastien Lecornu veut renforcer les peines pour les violeurs en série et imposer un délai d’enquête de trois mois lorsque l’auteur d’un crime sur enfant est identifié. Deux mesures, parmi d’autres, qui seront intégrées dans le projet de loi sur la protection des enfants.

Le

Condamnation de Marine Le Pen : « Il est intolérable dans un Etat de droit de menacer les magistrats », dénonce Hervé Marseille
2min

Politique

Affaire Lyhanna : Muriel Jourda n’écarte pas « un problème structurel qui a pu conduire à ce drame épouvantable »

Après l’audition du ministre de la Justice et du ministre de l’Intérieur sur les défaillances qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, la présidente de la commission des lois du Sénat, Muriel Jourda (LR) évoque la possibilité « d’un problème structurel » dans le fonctionnement du service public de la justice. Elle préconise d’attendre le passage en revue des 70 000 plaintes pour crime et délit concernant des enfants d’ici la fin du mois de juillet, pour se prononcer.

Le