Confinement : « Dans nos campagnes, la solidarité joue énormément »
Collecte de masques, prise en charge des courses, aide aux devoirs, soutien aux personnes âgées… Depuis la mise en place du confinement, les maires ruraux sont en première ligne pour faire appliquer les consignes et venir en aide aux Français dans des communes où il n’y a parfois ni commerce, ni pharmacie et où les services publics sont rares.

Confinement : « Dans nos campagnes, la solidarité joue énormément »

Collecte de masques, prise en charge des courses, aide aux devoirs, soutien aux personnes âgées… Depuis la mise en place du confinement, les maires ruraux sont en première ligne pour faire appliquer les consignes et venir en aide aux Français dans des communes où il n’y a parfois ni commerce, ni pharmacie et où les services publics sont rares.
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« Là, vous voyez, j’ai rendez-vous avec le médecin de la maison de Santé pour voir si on ne peut pas aménager le théâtre, au cas où bientôt, on devrait accueillir les gens pour des dépistages du Covid-19 ». Sylvain Sotton, maire de Beaujeu (2100 habitants) et président des maires ruraux du Rhône, n’a pas beaucoup de temps pour répondre aux sollicitations de la presse. Ce qui l’inquiète aujourd’hui, c’est l’annonce par Édouard Philippe de la fermeture des marchés ouverts, sauf dérogation demandée par les maires. « J’envoie des mails à la préfecture pour essayer de le faire ouvrir demain » annonce-t-il.

Fermeture des marchés : « Cette annonce, ça nous a foutu les boules »

C’est peu dire que cette annonce du Premier ministre agace les maires ruraux, qui depuis plus d’une semaine, s’échinent à trouver des solutions pour faire appliquer les consignes de confinement et répondre aux inquiétudes d’une population vieillissante, donc plus vulnérable.

« Cette annonce, ça nous a foutu les boules. Dans nos marchés, la distanciation sociale est évidente. C’est désagréable de payer pour l’incivilité de quelques-uns » confirme Dominique Dhumeaux, maire de Fercé-sur-Sarthe, une commune de 630 habitants où il n’y a « aucun commerce ». « On a créé une structure en circuit court qui regroupe une quinzaine de producteurs. C’est pratique pour les gens qui n’ont pas de cartes bancaires. C’est un petit marché, normalement le préfet devrait accepter qu’il reste ouvert ».

À Rosoy dans l’Yonne, la maire Dominique Chapuis compte bien elle aussi garder son marché ouvert le samedi matin. « C’est un petit truc mais les gens y tiennent et c’est sûrement moins dangereux que d’aller dans un supermarché ».

Dans la plupart de ces mairies, l’accueil « physique » est fermé, sauf pour certains actes d’état civil ou urgence, mais des transferts d’appel ont été mis en place vers les portables personnels des secrétaires de mairie ou même parfois du maire. « On appelle régulièrement les personnes les plus vulnérables et un agent de la mairie tourne dans le village pour prendre des nouvelles. Tous nos animateurs sont en télétravail » détaille Dominique Chapuis.

« On passe énormément de temps à rassurer les gens »

À l’heure où certains maires de grandes villes communiquent sur la mise en place de couvre-feu, à la campagne, ces initiatives feraient presque sourire. « Les gens respectent bien les consignes de confinement. Même ici, l’activité est ralentie. De par notre pouvoir de police, nous pouvons mettre des amendes, mais jusqu’ici nous n’avons pas eu à intervenir » explique Christian Venries, maire de Saint-Cirgues (380 habitants) et président des maires ruraux du Lot. Christian Venries avait décidé de ne pas se représenter mais le report des réunions de conseils municipaux élus au premier tour, le confronte à une situation qu’il qualifie de « difficile ». « On passe énormément de temps à rassurer les gens. Dès le début de la semaine dernière, on avait diffusé dans les boîtes aux lettres des mesures à prendre. Un employé municipal fait les courses pour les personnes les plus vulnérables le mardi et le vendredi. Mais souvent les personnes âgées s’arrangent avec leurs voisins. Dans nos campagnes, la solidarité joue énormément ».

Des masques retrouvés dans les mairies

Les maires ruraux apportent aussi leur aide dans la collecte des masques qui manquent cruellement aux soignants. « J’en ai retrouvé dans le grenier de la mairie. Des vieux stocks qui datent de la grippe H1N1. Je les distribue dans l’école qui accueille les enfants des personnels soignants des environs » confie Sylvain Sotton.

Fabien Bazin, maire de Lormes dans la Nièvre, une commune qui a la particularité de disposer d’un hôpital et d’une maison de retraite, a fait la même chose. « J’ai lancé un appel aux dons. J’en ai reçu de la part d’éleveurs de poulets, par exemple. Nous avons aussi retrouvé 2 000 masques dans nos hangars municipaux, récupérés de la crise H1N1 et sauvés in extremis de la déchèterie. Nous les distribuons aux caissières et aux 17 aides à domicile présentes sur notre commune qui sont pour moi, les grandes oubliées de la crise du coronavirus ». À Lormes, un système « de visio » a été mis en place dans la maison de retraite pour que les seniors gardent le contact. Le maire indique également avoir sollicité « un geek local » pour trouver une plateforme de cours en ligne, plus facile d’accès selon lui, que celle mise en place par l’Éducation nationale. Et les quatre ordinateurs du centre de ressources numériques sont prêtés aux administrés qui en ont besoin.

À Fercé-sur-Sarthe, des cours dans une cabine téléphonique

À Fercé-sur-Sarthe, c’est une vieille cabine téléphonique qui a été transformée en point relais de cours imprimés. « Nous avons 50 enfants scolarisés sur la commune, certaines familles n’ont pas d’ordinateur ou d’imprimante. Pour les plus petits, c’est plus facile de faires les exercices sur des impressions couleurs. Comme nous en avons une à la mairie, nous imprimons les cours et les distribuons dans des petits casiers au nom des enfants, placés dans la cabine » explique Dominique Dhumeaux.

Parfois, certains désagréments se révèlent au fur et à mesure des jours de confinement. « Nous avons un distributeur de pain dans le village. Il est toujours alimenté par les boulangers mais le problème c’est que comme les gens ne sortent plus et ne consomment plus, ils n’ont plus de monnaie… Il va falloir qu’on règle ça » rapporte le maire de Fercé.

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