Confinement : « Dans nos campagnes, la solidarité joue énormément »
Collecte de masques, prise en charge des courses, aide aux devoirs, soutien aux personnes âgées… Depuis la mise en place du confinement, les maires ruraux sont en première ligne pour faire appliquer les consignes et venir en aide aux Français dans des communes où il n’y a parfois ni commerce, ni pharmacie et où les services publics sont rares.

Confinement : « Dans nos campagnes, la solidarité joue énormément »

Collecte de masques, prise en charge des courses, aide aux devoirs, soutien aux personnes âgées… Depuis la mise en place du confinement, les maires ruraux sont en première ligne pour faire appliquer les consignes et venir en aide aux Français dans des communes où il n’y a parfois ni commerce, ni pharmacie et où les services publics sont rares.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

« Là, vous voyez, j’ai rendez-vous avec le médecin de la maison de Santé pour voir si on ne peut pas aménager le théâtre, au cas où bientôt, on devrait accueillir les gens pour des dépistages du Covid-19 ». Sylvain Sotton, maire de Beaujeu (2100 habitants) et président des maires ruraux du Rhône, n’a pas beaucoup de temps pour répondre aux sollicitations de la presse. Ce qui l’inquiète aujourd’hui, c’est l’annonce par Édouard Philippe de la fermeture des marchés ouverts, sauf dérogation demandée par les maires. « J’envoie des mails à la préfecture pour essayer de le faire ouvrir demain » annonce-t-il.

Fermeture des marchés : « Cette annonce, ça nous a foutu les boules »

C’est peu dire que cette annonce du Premier ministre agace les maires ruraux, qui depuis plus d’une semaine, s’échinent à trouver des solutions pour faire appliquer les consignes de confinement et répondre aux inquiétudes d’une population vieillissante, donc plus vulnérable.

« Cette annonce, ça nous a foutu les boules. Dans nos marchés, la distanciation sociale est évidente. C’est désagréable de payer pour l’incivilité de quelques-uns » confirme Dominique Dhumeaux, maire de Fercé-sur-Sarthe, une commune de 630 habitants où il n’y a « aucun commerce ». « On a créé une structure en circuit court qui regroupe une quinzaine de producteurs. C’est pratique pour les gens qui n’ont pas de cartes bancaires. C’est un petit marché, normalement le préfet devrait accepter qu’il reste ouvert ».

À Rosoy dans l’Yonne, la maire Dominique Chapuis compte bien elle aussi garder son marché ouvert le samedi matin. « C’est un petit truc mais les gens y tiennent et c’est sûrement moins dangereux que d’aller dans un supermarché ».

Dans la plupart de ces mairies, l’accueil « physique » est fermé, sauf pour certains actes d’état civil ou urgence, mais des transferts d’appel ont été mis en place vers les portables personnels des secrétaires de mairie ou même parfois du maire. « On appelle régulièrement les personnes les plus vulnérables et un agent de la mairie tourne dans le village pour prendre des nouvelles. Tous nos animateurs sont en télétravail » détaille Dominique Chapuis.

« On passe énormément de temps à rassurer les gens »

À l’heure où certains maires de grandes villes communiquent sur la mise en place de couvre-feu, à la campagne, ces initiatives feraient presque sourire. « Les gens respectent bien les consignes de confinement. Même ici, l’activité est ralentie. De par notre pouvoir de police, nous pouvons mettre des amendes, mais jusqu’ici nous n’avons pas eu à intervenir » explique Christian Venries, maire de Saint-Cirgues (380 habitants) et président des maires ruraux du Lot. Christian Venries avait décidé de ne pas se représenter mais le report des réunions de conseils municipaux élus au premier tour, le confronte à une situation qu’il qualifie de « difficile ». « On passe énormément de temps à rassurer les gens. Dès le début de la semaine dernière, on avait diffusé dans les boîtes aux lettres des mesures à prendre. Un employé municipal fait les courses pour les personnes les plus vulnérables le mardi et le vendredi. Mais souvent les personnes âgées s’arrangent avec leurs voisins. Dans nos campagnes, la solidarité joue énormément ».

Des masques retrouvés dans les mairies

Les maires ruraux apportent aussi leur aide dans la collecte des masques qui manquent cruellement aux soignants. « J’en ai retrouvé dans le grenier de la mairie. Des vieux stocks qui datent de la grippe H1N1. Je les distribue dans l’école qui accueille les enfants des personnels soignants des environs » confie Sylvain Sotton.

Fabien Bazin, maire de Lormes dans la Nièvre, une commune qui a la particularité de disposer d’un hôpital et d’une maison de retraite, a fait la même chose. « J’ai lancé un appel aux dons. J’en ai reçu de la part d’éleveurs de poulets, par exemple. Nous avons aussi retrouvé 2 000 masques dans nos hangars municipaux, récupérés de la crise H1N1 et sauvés in extremis de la déchèterie. Nous les distribuons aux caissières et aux 17 aides à domicile présentes sur notre commune qui sont pour moi, les grandes oubliées de la crise du coronavirus ». À Lormes, un système « de visio » a été mis en place dans la maison de retraite pour que les seniors gardent le contact. Le maire indique également avoir sollicité « un geek local » pour trouver une plateforme de cours en ligne, plus facile d’accès selon lui, que celle mise en place par l’Éducation nationale. Et les quatre ordinateurs du centre de ressources numériques sont prêtés aux administrés qui en ont besoin.

À Fercé-sur-Sarthe, des cours dans une cabine téléphonique

À Fercé-sur-Sarthe, c’est une vieille cabine téléphonique qui a été transformée en point relais de cours imprimés. « Nous avons 50 enfants scolarisés sur la commune, certaines familles n’ont pas d’ordinateur ou d’imprimante. Pour les plus petits, c’est plus facile de faires les exercices sur des impressions couleurs. Comme nous en avons une à la mairie, nous imprimons les cours et les distribuons dans des petits casiers au nom des enfants, placés dans la cabine » explique Dominique Dhumeaux.

Parfois, certains désagréments se révèlent au fur et à mesure des jours de confinement. « Nous avons un distributeur de pain dans le village. Il est toujours alimenté par les boulangers mais le problème c’est que comme les gens ne sortent plus et ne consomment plus, ils n’ont plus de monnaie… Il va falloir qu’on règle ça » rapporte le maire de Fercé.

Partager cet article

Dans la même thématique

Confinement : « Dans nos campagnes, la solidarité joue énormément »
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Confinement : « Dans nos campagnes, la solidarité joue énormément »
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le