La réunion aura duré près de 3 heures. Alors que la guerre au Moyen-Orient est partie pour durer plus que quelques jours, avec des répercussions en France, le Premier ministre, Sébastien Lecornu avait convié autour de la table, les responsables des forces politiques et les présidents des groupes parlementaires pour faire un point sur la situation.
Mais à quelques jours du premier tour des municipales, de nombreux parlementaires ont décliné l’invitation. Les consignes de confidentialités données par Matignon n’ont pas non plus aidé à multiplier les interlocuteurs pour avoir un compte rendu de la réunion. Aux côtés du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, la ministre de l’Energie et porte-parole du gouvernement, Maud Bergeon, la ministre des Armées, Catherine Vautrin mais aussi le ministre de l’Economie, Laurent Lescure, le Premier a évoqué les répercussions du conflit sur le territoire national, en matière énergétique et de sécurité, mais aussi à l’extérieur, sur le plan diplomatique et militaire.
Menace du terrorisme d’Etat
« Nous avons eu la confirmation que la France n’est pas partie au conflit. La France n’a été prévenue ni de près ni de loin, du déclenchement des hostilités », indique Patrick Kanner, le président du groupe PS du Sénat. « Nous sommes quand même engagés par nos accords de défense avec les pays du golfe. Nous avons bien 400 000 ressortissants dans la région dont 40 000 visiteurs qui ne sont pas tous rentrés. Le ministre de l’Intérieur nous a aussi alertés sur la menace du terrorisme d’Etat. Le niveau de sécurité est relevé pour protéger les 10 000 opposants iraniens présents sur notre territoire et la communauté juive qui sont des cibles potentielles. Il a également été souligné que le régime iranien est très résilient. Il n’y a pas eu de soulèvement populaire. Les gardiens de la révolution sont toujours les maîtres de la situation politique sur place. C’est pourquoi, il y a un risque d’enlisement », révèle Patrick Kanner.
« Il est hors de question que la France rentre dans ce conflit »
En cette période de pause parlementaire, le président du groupe écologiste, Guillaume Gontard a apprécié l’initiative du Premier ministre de procéder à des échanges directs avec les élus et responsables politiques. « Il faudra aussi un temps démocratique et Sébastien Lecornu a accepté le principe d’organiser un débat au Parlement sous la forme de l’article 50-1 de la Constitution. Il nous a bien été confirmé que France n’entrait pas dans le confit. Le déploiement de nos forces militaires était à des fins de protection et de surveillance ou pour rapatrier des Français. Il est hors de question que la France rentre dans ce conflit et heureusement, car les hostilités ont été lancées en dehors du droit international ».
Le sénateur écologiste regrette, par ailleurs, que la question diplomatique et la dimension européenne n’aient pas été abordées, cet après-midi.
Depuis la semaine dernière, la France a lancé des opérations de rapatriement de ses ressortissants et déployer des moyens militaires en Méditerranée avec le porte-avions Charles de Gaulle. Emmanuel Macron s’est rendu à Chypre lundi où il a évoqué de nouvelles « interceptions » de frappes ces derniers jours, et dit préparer une mission internationale pour « rouvrir » le détroit d’Ormuz afin de permettre la circulation de pétrole et de gaz.
Pour éviter des hausses « abusives » des prix des carburants, Sébastien Lecornu a lancé un « plan exceptionnel de 500 contrôles » des stations-service, dont certaines vont être sanctionnées. Les oppositions ont plutôt appelé le gouvernement à revoir la fiscalité des carburants. Baisse de la TVA, « TICPE flottante » ou gel des prix… (Lire notre article)
Sébastien Lecornu s’est dit opposé aux mesures « aussi démagogues qu’inutiles », comme la baisse de la TVA réclamée par le RN, rappelant son échec « édifiant » en Pologne en 2022 après le déclenchement de la guerre en Ukraine.
Maud Bergeon a, elle, écarté le blocage des prix proposé par la France insoumise, qui porte, selon elle, un « risque de pénurie ». Les questions énergétiques ont, toutefois, été peu abordées, lors de la réunion, selon les dires des participants.