Congrès des maires de France : David Lisnard déplore « 40 démissions par mois »

Le président de l’Association des maires de France, dont le congrès s’ouvre lundi 20 novembre, tire la sonnette d’alarme concernant l’environnement de travail des maires de France, et appelle notamment à revaloriser leurs indemnités.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Pour David Lisnard, un sursaut est nécessaire. Face au mal-être croissant des maires au fil des années, le président de l’Association des maires de France (AMF) considère que nous sommes « à un virage » et appelle à un « redressement moral ». Au lendemain de la publication de l’enquête du Centre de recherche politique de Sciences Po (Cevipof) qui met en avant les nombreuses difficultés rencontrées par ces élus locaux au cours de leur mandat, ses conclusions inquiètent David Lisnard, alors que s’ouvre aujourd’hui le congrès des maires de France. « Le premier mal-être des élus locaux vient du pouvoir d’agir », affirme le président de l’AMF. « C’est vraiment la base : faire vivre la démocratie locale et pouvoir décider, agir, rendre des comptes à nos habitants ».

 

D’après l’enquête du Cevipof, les difficultés des élus reposent également sur la difficile conciliation entre la fonction et la vie personnelle ou professionnelle, ainsi que des indemnités insuffisantes. Un constat qui est tiré tous les ans, mais qui laisse désormais craindre une crise de vocation chez les maires de France. David Lisnard déplore « 40 démissions par mois en moyenne ». Un phénomène qui touche, selon le président de l’AMF, autant les petits villages que les grandes villes : dans les zones rurales, « il y a un problème de surreprésentation du nombre d’élus nécessaires pour les conseils municipaux par rapport au nombre d’habitants », note le maire de Cannes, « mais dans les très grandes villes aussi, certains élus me font part de leur difficulté à composer des listes de qualité ».

Des indemnités insuffisantes

Parmi ce qui freine l’attrait pour le poste de maire, la violence à laquelle les élus font face. D’après les chiffres du ministère de l’intérieur, plus de 2 300 atteintes aux élus ont été enregistrées depuis le début de l’année. Or, l’enquête du Cevipof révèle à quel point les maires de France sont largement touchés par les incivilités. Ainsi, sept maires sur dix affirment avoir été victimes d’incivilités, tandis que quatre sur dix signalent avoir subi des menaces verbales ou écrites. Pour David Lisnard, ce sont « tous ces liens quotidiens, d’éducation, de civilité qui se délitent » et qui sont selon lui le signe d’une « décivilisation » que subissent les maires.

Au-delà de la question de la sécurité, l’une des principales revendications des maires demeure celle des indemnités, insuffisantes selon eux. « La démocratie n’a pas de prix mais elle a un coût », martèle David Lisnard. « Il est absolument anormal que plus de la moitié des maires de France perdent de l’argent en devenant maires », poursuit le maire de Cannes, qui rappelle que ces maires ont « une fonction exécutive, des responsabilités civiles, politiques, et pénales ». L’élu de droite, toujours attentif aux dépenses publiques, affirme qu’une augmentation de l’indemnité des élus serait « complètement marginale en termes de dépenses », et rappelle que beaucoup de maires, « notamment dans les petites communes », cumulent « leur fonction avec un job ».

Tendre vers un salaire de cadre

David Lisnard balaye d’ailleurs le contre argument du signal qu’enverrait à la population le fait d’augmenter les indemnités des élus : « Beaucoup de nos compatriotes, notamment ceux qui galèrent, pensent que nos maires gagnent beaucoup plus, ils sont très surpris du montant de l’indemnité notamment dans les petites communes, nettement inférieure au smic ».

Pour le maire de Cannes, le faible revenu des élus « contribue à dévaloriser cette fonction qui est pourtant la plus belle de la République française ». Et David Lisnard de réclamer qu’un maire ait « au moins un revenu de cadre moyen ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le