Congrès des maires : « L’augmentation de la dotation générale de fonctionnement, c’est de l’esbroufe », tacle David Lisnard
Invité de la matinale de Public Sénat à l’occasion de l’ouverture du Congrès des maires de France, David Lisnard, le président de l’AMF, alerte sur la situation des finances locales, fragilisées selon lui par les dernières réformes fiscales, et continue de plaider pour une indexation de la dotation globale de fonctionnement sur l’inflation.

Congrès des maires : « L’augmentation de la dotation générale de fonctionnement, c’est de l’esbroufe », tacle David Lisnard

Invité de la matinale de Public Sénat à l’occasion de l’ouverture du Congrès des maires de France, David Lisnard, le président de l’AMF, alerte sur la situation des finances locales, fragilisées selon lui par les dernières réformes fiscales, et continue de plaider pour une indexation de la dotation globale de fonctionnement sur l’inflation.
Public Sénat

Par Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le 104e Congrès des maires s’ouvre ce lundi autour du thème « Pouvoir agir ». Et en creux, la délicate question des finances locales – le nerf de la guerre – malmenées ces dernières années par une remise à plat de la fiscalité des collectivités et, depuis plusieurs mois, une inflation galopante et des prix de l’énergie à la hausse. « Comment arriver à passer le cap de fin 2022- début 2023 ? », ce sera l’une des principales « préoccupations » de cette réunion annuelle, a confié au micro de la matinale de Public Sénat, David Lisnard, le président de l’Association des maires de France. Face à cette situation, l’exécutif vante régulièrement l’augmentation de la dotation globale de fonctionnement (DGF) prévue dans le budget 2023, dont l’examen vient de débuter au Sénat après une adoption via 49.3 à l’Assemblée nationale. Avec un montant de 320 millions, il s’agit de la plus importante enveloppe débloquée en 13 ans pour les territoires.

« L’augmentation de la DGF, vous me permettrez de dire que c’est de l’esbroufe communicationnelle ou, comme disait Emmanuel Macron, de la poudre de perlimpinpin ! », s’agace pourtant David Lisnard. « Il faut rappeler que ça n’est pas un don, c’est un dû au titre des transferts de compétences, donc des transferts de charges et de recettes », rappelle le maire de Cannes. L’absence d’indexation de la dotation sur l’inflation continue de pénaliser les collectivités selon notre invité. « Avec une DGF qui n’est pas indexée sur l’inflation, ce qui n’est pas normal, quand il y a un 1 % d’inflation, l’Etat pioche 1 % en euros constants dans la dotation, parce qu’il a une dynamique des recettes : plus 35 milliards en 2022, notamment sur la TVA, l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur le revenu. On nous dit : regardez, ça n’est pas figé, on augmente à 320 millions la DGF ! Sauf que l’on n’est pas à 1 % d’inflation », relève David Lisnard. « Officiellement 4,2 % en 2023, en réalité on sera plutôt autour de 7 %. Au lieu de vous prendre 1 % en euros constant, l’Etat vous prend l’inflation, moins cette augmentation de 320 millions. Sur une inflation de 5 %, c’est plus de 3 % de prélèvement sur la DGF de l’Etat, donc c’est de l’esbroufe », tacle-t-il.

« Je pense que le gouvernement à tort de répéter ces éléments de langage parce que cela énerve les maires », avertit le patron de l’AMF.

Le contrat de confiance, un dispositif « qui porte atteinte à la libre administration des collectivités »

Autre élément d’agacement : la suppression de la taxe d’habitation, une pomme de discorde dans les relations entre l’exécutif et les élus locaux depuis le premier quinquennat d’Emmanuel Macron. « On démontrera que sur la compensation, il manque à peu près un milliard ! », relève David Lisnard. « L’expérience nous montre que l’Etat a tendance à ne pas tenir ses engagements. »

L’intégration surprise d’un contrat de confiance dans le budget 2023, alors que l’exécutif s’était engagé à ne pas revenir au dispositif dit « de Cahors », visant à intégrer les collectivités au redressement des finances publiques, a également soulevé une certaine animosité. « L’engagement pris était sur l’absence d’un retour aux contrats de Cahors. La réalité, c’est un dispositif encore plus violent, via le 49.3, et qui porte atteinte à la libre administration des collectivités », regrette David Lisnard. Sur ce point, il garde toutefois bon espoir que la discussion budgétaire au Sénat accouche d’un accord avec l’exécutif.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le