Congrès du PS : un parti « en crise » qui renoue avec ses vieux démons…

Congrès du PS : un parti « en crise » qui renoue avec ses vieux démons…

L’élection du premier secrétaire du PS s’est transformée en psychodrame. Avec des accusations de fraudes mutuelles, le PS retrouve ses pires travers. Alors que la direction assure qu’Olivier Faure a gagné, Nicolas Mayer-Rossignol conteste et menace de porter l’affaire en justice. Les deux camps vont se retrouver pour recompter les voix et analyser les cas d’irrégularités.
François Vignal

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Comme une impression de déjà-vu. Depuis près de 24 heures, les socialistes sont en ébullition. Au lendemain du vote pour désigner le premier secrétaire du PS, le parti au point et à la rose se retrouve plongé en pleine crise. Le PS s’est de nouveau perdu dans une folle nuit, suivie d’une journée en forme de psychodrame.

« C’est le bordel »

Olivier Faure, le numéro 1 du PS sortant, revendique la victoire, comme Nicolas Mayer-Rossignol, face à lui pour le poste de premier secrétaire. C’est la place du PS au sein de la Nupes et son rapport à LFI qui est en jeu. Les accusations de fraude sont mutuelles et aucun des deux ne semble prêt à lâcher. « C’est le bordel », lâche une observatrice. Malgré cette situation de blocage, la direction a annoncé ce vendredi matin la victoire d’Olivier Faure, par 50,83 % des voix contre 49,17 % pour Nicolas Mayer-Rossignol, soit seulement 393 voix d’écart sur 23.759 votes exprimés.

La situation n’est pas sans rappeler les grandes heures du Parti socialiste, comme le congrès de Reims, théâtre en 2008 d’une bataille homérique entre Martine Aubry et Ségolène Royal, avec seulement 42 voix d’écart. Ou celui de Rennes, en 1990, autre congrès funeste où les socialistes se sont déchirés.

La nuit de jeudi à vendredi a ressemblé à celle de la semaine dernière, après le vote, déjà contesté, sur les textes d’orientations. Vers 1 heure du matin, c’est d’abord Olivier Faure qui dégaine le premier, annonçant sa victoire dans une vidéo postée sur YouTube. Quelques minutes plus tard, le maire de Rouen fait de même, affirmant être « en tête du scrutin »… Chaque camp soutient être autour des 53 %.

Scrutateurs sortis par la police municipale, menaces de morts, urne inaccessible…

Des deux côtés, on pointe des irrégularités. Les soutiens du maire de Rouen pointent les cas de Liévin (Pas-de-Calais), où les scrutateurs ont été sortis par la police municipale, ou en Seine-Saint-Denis, à La Courneuve, où on voit dans une vidéo une femme ne pouvant entrer dans la salle où l’urne est entreposée. « Normalement, le nom de l’assesseur est communiqué par le national aux sections. Or cela n’avait pas été fait. Il est légitime dans ce cas que l’accès lui soit refusé », nous explique Dieynaba Diop, l’une des porte-parole du PS. Du côté du camp d’Olivier Faure, on dénonce carrément des menaces de morts et des violences en Seine-Maritime, département du challengeur. Le PS retrouve donc ses vieilles habitudes, qu’on croyait faire partie du passé. « Dans tous les congrès, ça triche un peu dans tous les sens. Ce n’est jamais blanc blanc », lâche-t-on.

Ce matin, Nicolas Mayer-Rossignol demande dans un communiqué la réunion de la commission de récolement, chargée, en cas de litige, de recompter les résultats, département par département. On s’attendait à ce qu’elle soit convoquée dans la journée, comme la semaine dernière. Il n’en est rien. La direction fait valoir qu’elle s’est déjà réunie, « à 4h45 », mais que les représentants du maire de Rouen « ont préféré demander pendant 1h30 la reprogrammation de la commission, avant de partir », tweet Corinne Narassiguin, numéro 2 du PS.

« J’ai mal à mon PS »

Le sénateur David Assouline, mandataire de Nicolas Mayer-Rossignol et premier fédéral de Paris, se dit un peu plus tard « abasourdi, ce matin, après 4 h de sommeil… Ils ont osé, sans réunir la commission prévue, publier des faux résultats en faveur d’Olivier Faure qui s’était autoproclamé vainqueur dans la nuit. J’ai mal à mon PS. Mais nous ne laisserons pas faire, déterminé à défendre la démocratie ».

Pour Dieynaba Diop, « on est dans la suite d’une stratégie de déstabilisation », « des gens sont en train d’organiser une fracture au sein de notre parti, comme ceux qui se sont rattachés financièrement au Parti radical de gauche ». Mais à ses yeux, « il faut dire stop ».

« Pas de manipulation ou de fraude massive » mais plusieurs cas d’irrégularités

La direction, qui s’est réunie dans la matinée, convoque en fin de matinée une conférence de presse. « Dans un souci de transparence, vis-à-vis des militants et du grand public », et car « l’image du parti a été grandement endommagée par la soirée d’hier et les allégations faites sur le scrutin », affirme la numéro 2 du parti, Corinne Narassiguin, la direction décide de transmettre à la presse les résultats, fédération par fédération, tels qu’ils sont remontés par procès-verbaux. Des résultats bruts, avant donc analyse des possibles irrégularités, sur lesquelles le camp d’en face refuse de s’accorder. Longuement, un permanent donne les scores département par département et lit les remarques faites sur les irrégularités constatées par un camp, ou un autre.

Cet « exercice de transparence totale » doit montrer, selon la direction, qu’Olivier Faure a bel et bien gagné. Globalement, « il n’y a pas de manipulation ou de fraude massive, comme cela a été suggéré », soutient Corinne Narassiguin. La commission de récolement, « qui est un usage, mais n’existe pas dans les statuts », note la numéro 2, peut « amener à ce qu’on annule une partie des votes », reconnaît-elle. Autrement dit, il y a bien des fraudes ou irrégularités. « Mais si on prend tout ça en compte, ça ne change pas l’ordre d’arrivée. Ça changera forcément les pourcentages, mais pas le fait que c’est Olivier Faure qui est bien en tête ». Et d’ajouter : « La réalité, c’est que les contestations sont plus nombreuses dans les fédérations et sections où Nicolas Mayer-Rossignol est arrivé en tête, que celle où Olivier Faure est en tête. Ça veut dire qu’en réalité, ça creuserait l’écart en sa faveur ».

Nicolas Mayer-Rossignol prêt à aller « jusqu’au bout » et passer par la « justice »

Dans la foulée, Nicolas Mayer-Rossignol contre-attaque et organise une conférence de presse à son tour, la maire de Paris, Anne Hidalgo, l’un de ses principaux soutiens, à ses côtés, ainsi que celui de Montpellier, Michaël Delafosse. Le Rouennais menace de sortir la grosse artillerie. Si la direction ne lâche pas, il se dit prêt à aller « jusqu’au bout » et à recourir à « toutes les voies juridiques possibles pour faire valoir le droit des militants ». Et d’insister : « S’il faut que la justice se prononce pour annuler un scrutin ou pour qu’un autre ait lieu à nouveau, nous le demanderons ».

« Ce qu’il se passe est grave, très grave », lâche Anne Hidalgo, qui ajoute qu’il n’y a « pas de démocratie qui peut fonctionner avec de l’autoproclamation ». « Si on s’amusait à faire ça quand on organise des élections dans nos villes, on serait en prison », affirme encore l’ancienne candidate à la présidentielle…

« Ce qu’il s’est passé ce matin est assez incroyable »

De son côté, la direction se dit sereine. « Il y a déjà eu des recours par le passé, qui ont été perdus. Ce serait dommage qu’on en arrive de nouveau là. S’il le faut nous y sommes prêts », prévient Corinne Narassiguin. La justice, les soutiens de Ségolène Royal, lors du congrès de Reims, avait déjà menacé de la saisir, sans le faire au final. « C’est l’extrême limite. Et on espère bien qu’on n’ira pas jusque-là », explique après la conférence de presse Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat et soutien de Nicolas Mayer-Rossignol.

Reste qu’il n’en démord pas. « Ce qu’il s’est passé ce matin est assez incroyable. Car d’un côté, la direction du PS annonce des résultats en faveur d’Olivier Faure et deux heures après, vous avez une conférence de presse de permanents du PS. Comment annoncer un résultat et deux heures après, dire qu’il y a des irrégularités nombreuses ? » demande le patron des sénateurs PS. Il s’étonne du refus de convoquer la commission de récolement. « De quoi ont-ils peur, puisqu’ils sont sûrs d’avoir gagné ? Ils annoncent leur victoire mais ont peur de vérifier que la victoire est assurée ? Il y a une incohérence totale ».

« Le parti est en crise. Mais celui qui a provoqué la crise s’appelle Olivier Faure, clairement », selon Patrick Kanner

Pour Patrick Kanner, « bien sûr, le parti est en crise. Mais celui qui a provoqué la crise s’appelle Olivier Faure, clairement ». L’ancien ministre de François Hollande dénonce « un coup de force. C’est "j’ai l’appareil avec moi, donc j’impose ma vérité". Je connais un autre mouvement politique qui fait ça. J’espère qu’il n’y a pas une mélenchonisation de la direction du PS ».

Alors que certains membres de la direction accusent le camp adverse de vouloir faire du Trump ou du Bolsonaro, Patrick Kanner répond qu’« Olivier Faure nous ferme les portes, petite nuance. Et j’espère que ce n’est pas dans l’objectif de nous faire partir. Je peux dire très solennellement que nous ne partirons pas ».

Quelle que soit l’issue, « la direction nationale sort de ce congrès complètement affaiblie. Il y a un phénomène de délitement d’un petit parti, car nous sommes devenus un petit parti », single le sénateur du Nord.

Un parti coupé en deux

La pression a-t-elle eu un effet ? En plein après-midi, nouveau rebondissement. Pierre Jouvet, porte-parole du PS et mandataire d’Olivier Faure, annonce par communiqué « demander une réunion rapide de la commission d’organisation du congrès afin d’établir le score réel d’Olivier Faure ». Dénonçant le refus des autres de participer à la réunion de la nuit dernière, il estime qu’après analyse et élimination des irrégularités, le score d’Olivier Faure sera « à un niveau bien supérieur, au moins 54 % ». « Nous ne nous laisserons pas voler notre victoire », conclut Pierre Jouvet. La réunion est prévue ce samedi, à 13 heures.

Si les deux parties arrivent à s’entendre sur le résultat, ce qui n’est pas fait, il ne sera officiellement reconnu que par les délégués du congrès, prévu à Marseille du 27 au 29 janvier. Ils sont issus aux deux tiers des résultats du vote sur les textes d’orientations, et pour un tiers sur ceux de l’élection des premiers fédéraux départementaux, prévus en février. La direction se dit certaine d’avoir la « majo ». Quelle que soit l’issue de ce psychodrame socialiste, une chose est sûre : le Parti socialiste en sortira profondément divisé et coupé en deux.

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