Congrès : Macron fixe « le sens du quinquennat », l’opposition reste sur sa faim

Congrès : Macron fixe « le sens du quinquennat », l’opposition reste sur sa faim

Devant les députés et sénateurs réunis en Congrès, au Château de Versailles, Emmanuel Macron a fixé les grands objectifs de son quinquennat. L’opposition dénonce « un Congrès pour rien » et le manque de précisions. Pour les détails, il faut attendre le discours de politique générale du premier ministre demain.
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En annonçant pendant la campagne qu’il réunirait le Congrès tous les ans, les parlementaires n’imaginaient sûrement pas qu’Emmanuel Macron commencerait dès le début de son quinquennat. Le chef de l’Etat a pourtant décidé de prendre la parole ce lundi 3 juillet, la veille du discours de politique générale de son premier ministre Edouard Philippe. Beaucoup y voient une cause d’affaiblissement de Matignon.

Pendant 1h30 d’un long discours, Emmanuel Macron a choisi de faire « le discours de la méthode », selon les mots du sénateur-maire LR d’Angers, Christophe Béchu. Et donner « le sens du quinquennat » explique le chef de l’Etat (voir les temps forts en vidéo).

Les parlementaires écoutent attentivement. Manuel Valls, assis au dernier rang, du fait de l’ordre alphabétique, croise les mains. On compte trois éventails pour se rafraîchir. Et quelques chaises vides. Les parlementaires PCF et France Insoumise  ont boycotté l’événement, tout comme l’UDI Jean-Christophe Lagarde.

Donner le cap

Le Président a donné les caps qu’il entend suivre. Mais le discours a beaucoup été centré sur la réforme des institutions. Il a confirmé la réduction du nombre de parlementaires – ce sera un tiers – et l’introduction d’une dose de proportionnelle. Il faudra accélérer le travail parlementaire, pourquoi pas voter certains textes en commissions. Et renforcer la fonction de contrôle du Parlement. Le Conseil économique, social et environnemental sera réformé profondément pour devenir un « carrefour des consultations publiques ».

Les assemblées devront faire des propositions d’ici l’automne. Puis une réforme de la Constitution sera nécessaire et devra être votée d’ici un an. « Je recourrai à votre vote, mais si nécessaire, au référendum » a annoncé Emmanuel Macron. Autrement dit, si la majorité des 3/5 indispensables n’est pas acquise, le chef de l’Etat demandera aux Français de s’exprimer.

Emmanuel Macron a dénoncé à trois reprises les excès de la mondialisation et défendu une « finance équitable », manière de recentrer son image. Mais le point fort de son discours a concerné l’Europe. Il y croit « fermement ». « L’Europe c’est nous », « il faut retrouver le souffle premier de l’Europe » a-t-il lancé.

« Un discours historique » pour Aurore Bergé

A peine le discours terminé, les parlementaires n’attendent pas les prises de parole des présidents de groupe. Ils se rendent dans la salle des bustes retrouver les journalistes. Aurore Bergé, nouvelle députée La République en marche (LREM) n’est pas avare en superlatifs : « C’était un discours historique ». « Excellent, formidable » pour François Patriat, président du nouveau groupe LREM du Sénat.

L’ex-sénateur LR, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a pris en bon élève 7 pages de notes. « Il a donné le cadre, les principes, les têtes de chapitre et en même temps, il n’est pas là pour donner les détails de la mise en œuvre. Demain, le premier ministre donnera les modalités pratiques. C’est très complémentaire » soutient Jean-Baptiste Lemoyne.

« Un Congrès  pour rien » dénonce Daniel Fasquelle

Quelques mètres plus loin, le député LR Daniel Fasquelle tient un tout autre discours. Il est très dur contre Emmanuel Macron. « On n’a absolument rien appris sur les institutions. Ce qui est certains, c’est qu’on n’a pas le droit de ne pas être d’accord avec le monarque absolu, ivre de son pouvoir à Versailles. Il s’est fait plaisir cet après-midi. Il a laissé la mauvaise partie au premier ministre. C’est un Congrès pour rien » tranche Daniel Fasquelle. « C’était long » résume la sénatrice LR Caroline Cayeux « et un peu pompeux, très personnalisé ». La sénatrice, proche de François Fillon, a même trouvé le Président « menaçant sur la responsabilité qu’auront les parlementaires ».

Bruno Retailleau, président du groupe LR du Sénat, reste aussi sur sa faim. « Tout ce qui était sur les institutions était déjà connu. Ce n’est jamais dans les institutions que réside le courage », dit-il, regrettant l’absence de propos sur « la dette ou la baisse du coût du travail ». Mais sur le principe de voter la réforme des institutions, il dit « pourquoi pas ». Les voix de droite seront les bienvenues pour trouver la majorité des 3/5 pour réformer la Constitution.

« Flou absolu »

Olivier Faure, président du groupe Nouvelle gauche, nouveau nom du groupe PS à l’Assemblée, dénonce au contraire les conséquences d’une réduction du nombre de parlementaires. « Cela fera des circonscriptions immenses. La proximité, c’est fini » souligne le député PS. Il ajoute : « Dans ce discours, on a parlé de tout sauf de ce qui intéresse les Français. Demain, j’attends des précisions sur le pouvoir d’achat, l’emploi, la santé ». Jean-Yves Leconte, sénateur PS des Français établis hors de France, ressent « une déception sur l’Europe », quand un de ses collègues trouve au contraire que c’était « le seul moment avec du souffle ».

Marine  Le Pen dénonce de son côté « le flou absolu » des propos de Macron. Sur la proportionnelle, que demande le FN, « la bonne dose c’est la proportionnelle intégrale. Pas 10% » prévient la présidente du Front national.

Avec ce discours critiqué pour son manque de nouveauté ou de précisions, Emmanuel Macron a peut-être réussi, au final, à presque redonner de l’intérêt au discours de politique générale d’Edouard Philippe, attendu demain.

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