Constitution : le point sur l’état des discussions avant la rencontre Larcher/Philippe
Le premier ministre reçoit aujourd’hui les présidents des groupes LR et les présidents de l’Assemblée et du Sénat, François de Rugy et Gérard Larcher, sur la révision constitutionnelle. Les points de blocage entre l’Élysée et la Haute assemblée persistent.

Constitution : le point sur l’état des discussions avant la rencontre Larcher/Philippe

Le premier ministre reçoit aujourd’hui les présidents des groupes LR et les présidents de l’Assemblée et du Sénat, François de Rugy et Gérard Larcher, sur la révision constitutionnelle. Les points de blocage entre l’Élysée et la Haute assemblée persistent.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Edouard Philippe termine ce jeudi ses consultations sur la réforme de la Constitution. Il reçoit en début d’après-midi les présidents des groupes LR de l’Assemblée nationale et du Sénat, Christian Jacob et Bruno Retailleau, puis les présidents des deux chambres, François de Rugy et Gérard Larcher. Le texte finalisé passera ensuite devant le Conseil des ministres mi ou fin avril.

Si l’entretien avec le président LREM de l’Assemblée nationale ne devrait pas trop poser de problème – et encore, le député s’oppose à la proposition d’encadrer le droit d’amendement – il en sera autrement avec le président LR de la Haute assemblée. Gérard Larcher répète depuis des semaines ses lignes rouges sur cette réforme : il s’oppose au non-cumul limité dans le temps à trois mandats successifs. La réforme ne concernerait que 12 sénateurs théoriquement, si elle était appliquée maintenant. Mais elle ne sera pas rétroactive et ne s’appliquera pour les sénateurs qu’en 2038 et en 2037 pour les députés. Mais Gérard Larcher en fait une question de question de principe, il faut laisser à l’électeur choisir.

Au moins un sénateur par département

Autre grosse ligne rouge, peut-être plus essentielle encore pour le Sénat, qui représente selon la Constitution les collectivités locales : assurer une bonne représentation des territoires malgré la baisse du nombre de parlementaires, fixée par Emmanuel Macron à un tiers. Les sénateurs veulent au moins un sénateur par département, qui resterait la circonscription. Si la réduction d’un tiers était appliquée, il y aurait environ 50 départements avec un seul sénateur. Mais les sénateurs en veulent le moins possible.

L’annonce faite lundi par Edouard Philippe sur la création d’un article spécifique dans la Constitution afin de mentionner la Corse, ne va pas arranger les choses. Gérard Larcher plaide, lui, pour inscrire l’Ile de Beauté dans la loi fondamentale via l’article 72, sur les collectivités locales.

« César », « Roi soleil »

La semaine dernière, Edouard Philippe avait commencé ses entretiens par les présidents de groupe LREM et Modem, soit sa majorité. Le lendemain, les présidents des groupes communistes se sont étranglés en apprenant que l’exécutif envisageait de limiter le droit d’amendement en fonction de la taille des groupes politiques. Une mesure qui toucherait directement les groupes communistes ou France insoumise. La mesure, pour bonne partie contraire à la Constitution, a engendré une levée de boucliers sur tous les bancs.

En sortant vendredi dernier, les présidents des groupes socialistes, Olivier Faure et Patrick Kanner, ont dénoncé un « projet totalement déséquilibré » dont l’objectif est « d'avoir César qui dirige seul ce pays ». Auprès de publicsenat.fr, Bruno Retailleau a lui décrit Emmanuel Macron comme « le Roi soleil »…

Goutte de trop

Après le recours aux ordonnances, comme sur la SNCF, la proposition alimente les attaques contre un pouvoir exécutif tout puissant, qui a tendance à réduire la place du Parlement. L’événement la semaine dernière du vote bloqué, contre une proposition de loi communiste, au Sénat, sur la revalorisation des retraites agricoles, a été la goutte de trop.

De quoi compliquer encore la recherche d’un accord sur la réforme institutionnelle. Il faut les voix de la majorité sénatoriale LR-UDI si le chef de l’État veut trouver la majorité des 3/5 au Congrès, nécessaire pour modifier la Constitution. Le président du groupe Union centriste, Hervé Marseille, s’est montré cependant moins va-t-en guerre, à la sortie de Matignon la semaine dernière, affirmant que « le groupe centriste du Sénat (était) désireux de participer au bon aboutissement de cette réforme constitutionnelle ».

La botte secrète de l’Élysée

Si la majorité est introuvable, il reste le plan B : passer par référendum. Mais son usage est toujours politiquement risqué. Mais l’exécutif pourrait s’en passer. Dans le document transmis aux présidents de groupe, les points sensibles de la baisse du nombre de parlementaires et du non-cumul ne sont pas dans le projet de loi constitutionnelle mais le projet de loi organique.

Autrement dit, les députés pourraient avoir le dernier mot sur les sénateurs… Une loi organique est votée en dernier ressort par l’Assemblée. Une botte secrète sortie par le gouvernement qui pourrait clore le débat. Mais certains constitutionnalistes estiment que le non-cumul des mandats dans le temps nécessite de réviser la Constitution. L’exécutif n’a peut-être pas encore trouvé la formule idéale pour adopter sa réforme.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le