Constitution : Macron relance sa réforme en évitant les sujets qui fâchent le Sénat
Emmanuel Macron a relancé sa réforme de la Constitution, confirmant son retour en janvier. Il a évité d’évoquer les sujets les plus clivants avec le Sénat, sans qui la réforme ne peut aboutir.

Constitution : Macron relance sa réforme en évitant les sujets qui fâchent le Sénat

Emmanuel Macron a relancé sa réforme de la Constitution, confirmant son retour en janvier. Il a évité d’évoquer les sujets les plus clivants avec le Sénat, sans qui la réforme ne peut aboutir.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Certains l’ont crue enterrée, elle est toujours là. La réforme de la Constitution, stoppée en plein examen l’été dernier pour cause d’affaire Benalla, est toujours au programme du gouvernement. Le 60e anniversaire de la Ve République était la parfaite occasion pour Emmanuel Macron de relancer la réforme et d’en faire la pédagogie. Une révision qu’il a placée dans la perspective du texte de 1958, synonyme de « stabilité ».

Pas un mot sur la baisse d’un tiers du nombre de parlementaires

Le chef de l’Etat maintient sa réforme, mais il le fait avec une certaine retenue. Pour ne pas dire en faisant profil bas. Car s’il n’a rien annoncé de nouveau, il a surtout évité d’évoquer les points de crispations avec les sénateurs, sans qui toute révision de la loi fondamentale est impossible. Pas un mot ainsi sur le renouvellement de tous les sénateurs en 2021. Rien non plus, dans le détail, sur le droit d’amendement, sujet de crispation pour les députés et les membres de la Haute assemblée. Il a cependant répété sa volonté de faire la loi plus vite : « Une mécanique constitutionnelle qui demande plus de 12 mois pour faire voter une loi (…) ne permet plus de répondre aux urgences qui surviennent » (voir ci-dessous). Plus surprenant encore, pas un mot sur la baisse d’un tiers du nombre de parlementaires, une promesse de campagne. Gérard Larcher, président LR du Sénat, en accepte le principe, mais il souhaite limiter cette baisse pour assurer une bonne représentation des territoires.

Macron veut de « l'efficacité » pour le travail législatif
02:58

On pourra toujours objecter que le chef de l’Etat lance les grandes lignes de la réforme. Qu’il se limite aux points purement constitutionnels (mais il a pourtant parlé de la proportionnelle). Que ce sera au Parlement de débattre de la réforme et de l’ajuster. Mais on sent surtout une volonté d’éviter une situation de blocage. Affaibli depuis la rentrée, Emmanuel Macron est aussi en moins bonne posture pour jouer le bras de fer avec le Sénat, renforcé de son côté par la commission d’enquête Benalla. Une attitude qui pourrait, si elle persiste, faciliter l’obtention d’un accord.

« Faire cheminer intelligemment cette réforme »

Pour Emmanuel Macron, la réforme répond à un triple défi : la question de la « légitimité » face au « doute profond » des Français envers la classe politique, « l’efficacité » et « la justice ». Il fait du non-cumul des mandats dans le temps une « condition de l’oxygénation de notre vie politique ». « Elle doit se faire progressivement, tout en conduisant une réflexion sur le nécessaire ancrage des élus dans les territoires » précise-t-il (voir la première vidéo). Traduction : le non-cumul dans le temps, limité à trois mandats, ne sera en réalité pas rétroactif. Seul le mandat en cours est pris en compte. Le non-cumul dans le temps s’appliquerait ainsi en 2032 pour un député…

Autre point que le Président a tenu à mettre en avant : l’introduction d’une dose de proportionnelle pour « mieux représenter les sensibilités ». Il n’a pas rappelé le chiffre de 15%. Là aussi, on peut y voir une volonté de ne pas fermer la porte à des ajustements. Son allié du Modem souhaite le niveau le plus élevé, quand LR souhaite le plus faible possible, pour ne pas dire zéro.

Il a confirmé que la réforme reviendra « début janvier » à l’Assemblée. Et exprime sa volonté de discuter : « Je sais que le gouvernement, par le dialogue avec l’Assemblée nationale et le Sénat trouvera la manière de faire cheminer intelligemment cette réforme ». Mais il a quand même mis en garde, de manière feutrée, face aux résistances :

« Il nous faut raisonner à partir des besoins de la Nation et non à partir des institutions existantes, quelles qu’elles soient ».

Message pour certains députés, le Sénat ou encore le Conseil économique, social et environnemental, qui sera réformé.

« La justice doit être indépendante mais ne saurait être hors de tout »

Le chef de l’Etat a pris un long moment, dans un exercice plus proche de l’autojustification que de la pédagogie, pour expliquer le rôle qu’il joue dans le choix du successeur de François Molins au poste de procureur de la République de Paris. Le sujet est au cœur d’une polémique, l’Elysée étant accusé de vouloir mettre la main sur cette nomination à un poste sensible.

« L’indépendance n’interdit pas, et je dirais même qu’elle commande une parfaite articulation de l’autorité judiciaire et des autres pouvoirs publics » a-t-il soutenu. Il ajoute : « La justice doit être indépendante, mais ne saurait être hors de tout, sauf à risquer d’être légitime de nulle part. C’est particulièrement vrai pour le parquet ». Il a rappelé sa volonté de nommer les magistrats du parquet après avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature, preuve à ses yeux de sa volonté de défendre l’indépendance de la justice.

Face aux polémiques successives, aux « tempêtes », dont Emmanuel Macron est l’objet ces dernières semaines, et à la « tyrannie de l’immédiateté », le chef de l’Etat entend se montrer à la barre : « L’important est de garder le cap ». Et de tenter de rester maître des horloges. Même quand la maîtrise des choses lui échappe.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Constitution : Macron relance sa réforme en évitant les sujets qui fâchent le Sénat
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le