Constitutionnalisation de l’IVG : « Pour toute révision de la Constitution, c’est l’article 89 », rappelle Laurent Fabius
Invité de notre matinale, Laurent Fabius est revenu sur les propositions de loi de constitutionnalisation du droit à l’avortement déposées au Parlement. Le président du Conseil constitutionnel a simplement rappelé que l’utilisation de l’article 11 était exclue, et qu’une révision constitutionnelle devait impérativement se faire par l’article 89, et nécessitait donc un accord des deux chambres du Parlement.

Constitutionnalisation de l’IVG : « Pour toute révision de la Constitution, c’est l’article 89 », rappelle Laurent Fabius

Invité de notre matinale, Laurent Fabius est revenu sur les propositions de loi de constitutionnalisation du droit à l’avortement déposées au Parlement. Le président du Conseil constitutionnel a simplement rappelé que l’utilisation de l’article 11 était exclue, et qu’une révision constitutionnelle devait impérativement se faire par l’article 89, et nécessitait donc un accord des deux chambres du Parlement.
Louis Mollier-Sabet

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Difficile pour le Président du Conseil constitutionnel de prendre clairement position sur les affaires du moment, comme la mise en examen d’Éric Dupond-Moretti. Sur le recul des droits d’accès à l’IVG dans le monde, en revanche, Laurent Fabius se mouille un petit peu, notamment pour tirer des leçons du revirement de jurisprudence de la Cour Suprême américaine : « Sur la Cour Suprême américaine, la décision a pu choquer dans le monde. Cela montre que lorsque l’on nomme des juges pour des raisons idéologiques, et qu’on les nomme à vie, cela a un certain nombre de conséquences. » Dans le contexte français, plusieurs propositions de loi de constitutionnalisation du droit à l’avortement ont fleuri au Parlement, dont une au Sénat déposée par la sénatrice écologiste Mélanie Vogel.

« Si on veut réviser la Constitution, il y a une procédure qui s’appelle l’article 89, et pas une autre »

Sur le fond, Laurent Fabius ne semble pas porter d’opposition de principe, mais sur la forme, le président du Conseil constitutionnel rappelle un élément de procédure qui a son importance : « Dans la jurisprudence du Conseil constitutionnel il y a une protection tout à fait légitime des droits de la femme. Si on veut réviser la Constitution, il y a une procédure qui s’appelle l’article 89, et pas une autre. » Si cette précision a cette importance, c’est que la procédure de révision constitutionnelle fait débat depuis l’utilisation de l’article 11 par le général de Gaulle pour déclencher un référendum sur l’élection du Président de la République au suffrage universel direct. D’autant plus que la question s’est invitée dans la campagne présidentielle, puisque l’utilisation de l’article 11 de la Constitution pour réformer la Constitution a été mise sur la table par Marine Le Pen.

La précision du président du Conseil constitutionnel est donc d’importance, parce que pour enclencher une révision par l’article 89, il faut que l’Assemblée nationale et le Sénat votent dans les mêmes termes un projet ou une proposition de loi constitutionnelle, puis le Président de la République décide si le texte doit être adopté par 3/5 du Parlement réuni en Congrès ou par référendum. À noter qu’en l’occurrence, une éventuelle proposition de loi constitutionnelle ne pourrait être adoptée que par référendum. L’article 11 permet en revanche au Président de la République de déclencher un référendum législatif sur « sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent. » La grande différence est qu’un accord entre les deux chambres n’est donc pas nécessaire. Laurent Fabius annonce donc clairement que le Conseil constitutionnel s’opposerait à toute utilisation de cet article 11 pour des réformes constitutionnelles, comme l’avait fait de Gaulle en 1962.

Lutte contre les violences sexistes et sexuelles et Etat de droit : « C’est très compliqué comme problème »

Garant de l’Etat de droit, Laurent Fabius a aussi été interrogé sur les polémiques récentes autour des cellules de lutte contre les violences sexistes et sexuelles mises en place par les partis politiques, et notamment autour de l’affaire Bayou. « C’est très compliqué comme problème », concède Laurent Fabius, qui s’est contenté de poser les données dudit « problème » : « Vous avez trois principes qui sont également respectables, mais difficiles à concilier. Il faut lutter contre les atteintes sexistes et sexuelles, la justice est rendue par les juges et la présomption d’innocence. Quand vous mettez tout ça ensemble, cela aboutit à l’embardée que l’on connaît aujourd’hui. »

Ce type de sujets pourra être discuté lors de la « Nuit du droit » organisée par le Conseil constitutionnel ce mardi soir dans plus de 150 lieux.

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le