Consultations à Matignon : « On ne gravit pas l’Himalaya en espadrilles », tacle Guillaume Gontard après son entrevue avec François Bayrou 

A l’issue de leur entretien avec le Premier ministre, les écologistes déplorent l’absence de ligne politique de François Bayrou et prédisent une censure rapide. Ces derniers craignent notamment que le sort du nouveau chef du gouvernement dépende du Rassemblement national.
Henri Clavier

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Reçus à Matignon par François Bayrou, les écologistes se sont accordés avec le Premier ministre sur la gravité de la situation à Mayotte. « Mais notre accord s’est arrêté là », tranche la présidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain. Sur le fond, les écologistes déplorent de n’avoir reçu aucune réponse à leurs questions et doutent de plus en plus de la possibilité de nouer des compromis avec le nouveau locataire de Matignon. Les écologistes font part de leur inquiétude après leurs échanges avec le Premier ministre. « Nous avions un Premier ministre que l’on a vu, peu à peu, paver la route vers sa propre censure. Il n’a su répondre clairement à aucune de nos questions », regrette Cyrielle Chatelain évoquant notamment les retraites, les salaires ou la crise climatique.  

« On arrive très inquiets, on ressort encore plus inquiets »  

Surtout, le Premier ministre n’a pas présenté d’éléments de fond concernant la politique qu’il souhaite mener. « On arrive très inquiets, on ressort encore plus inquiets », déclare le président du groupe écologiste au Sénat, Guillaume Gontard. Contacté par Public Sénat, ce dernier nous confie sa surprise face à l’absence d’orientation et de ligne politique et prédit « une censure encore plus rapide que pour Michel Barnier ». En effet, le nouveau chef du gouvernement semble vouloir « reconduire le même accord entre le bloc présidentiel et LR », note Cyrielle Chatelain, mais aussi reprendre les travaux où ils s’étaient arrêtés sur le projet de loi de finances. Pour rappel, le Sénat avait adopté le texte du gouvernement Barnier mais l’examen du texte a été interrompu après l’adoption de la motion de censure. Si François Bayrou reprend le projet de loi de finances tel que voté par le Sénat et s’appuie sur la même majorité que son prédécesseur, son destin devrait être le même prédit Guillaume Gontard. « Les mêmes causes emportent les mêmes conséquences », prévient Marine Tondelier. « La censure pourrait même être encore plus rapide que pour Michel Barnier », anticipe Guillaume Gontard.  

Le sort du gouvernement à nouveau entre les mains du RN ?  

Alors que François Bayrou n’a donné aucune information sur la nomination de son équipe gouvernementale, la durée de vie de son futur gouvernement devrait dépendre du RN. « Lors de la rencontre à l’Elysée, on n’attendait pas grand-chose, mais au moins tout le monde était d’accord pour ne pas se mettre entre les mains de Marine Le Pen », rappelle Guillaume Gontard. Le patron des sénateurs écologistes n’a d’ailleurs pas mâché ses mots contre le nouveau locataire de Matignon. « On ne gravit pas l’Himalaya en espadrilles », tacle Guillaume Gontard en faisant référence au discours prononcé par François Bayrou lors de la passation avec Michel Barnier.  

Le maire de Pau a « fait son bilan municipal » 

Les écologistes se sont également étonnés de l’attitude du Premier ministre qui « a fait son bilan municipal », à chaque question, souligne Cyrielle Chatelain. En pleine polémique sur la participation de François Bayrou au conseil municipal de Pau, qui a décidé de rester maire, les élus écologistes déplorent le retour de la question du cumul des mandats. « Si Bayrou a voulu démontrer l’intérêt du cumul des mandats, je pense que ça a été à contre-emploi. Personne n’a compris le message », considère Marine Tondelier. 

Partager cet article

Dans la même thématique

Edouard Philippe a la Foire de Chalons
10min

Politique

Présidentielle 2027 : la main tendue d'Édouard Philippe, rejetée par Gabriel Attal et Bruno Retailleau, relance l'idée d'une primaire

Le candidat Horizons, favori du bloc central, Édouard Philippe a lancé un appel à ses concurrents du centre et de la droite, les invitant à se rassembler dans la perspective de la présidentielle et des législatives. Mais Bruno Retailleau et Gabriel Attal ne comptent pas, à ce stade, se retirer au profit d'une candidature unique du maire du Havre. De quoi relancer l'idée d'une primaire.

Le

Montants, modalités : comment est fixé la rémunération des ministres ?
6min

Politique

Montants, modalités : comment est fixée la rémunération des ministres ?

Sébastien Lecornu envisage de réduire l’indemnité mensuelle des membres du gouvernement, à titre d’exemplarité, dans une période où le budget 2027 va nécessiter des ajustements budgétaires forcément impopulaires. On fait le point sur les règles actuelles qui déterminent les montants perçus par les ministres.

Le

Paris: S. Lecornu protection debat democratique contre les ingerences
6min

Politique

Budget, fin de vie, crises, tests antidrogue et ambitions : retour sur une année de gouvernement Lecornu

Le premier ministre souffle en toute discrétion sa première bougie à Matignon. Après un faux-départ, il a réussi à faire adopter le budget 2026, ce qui était loin d’être acquis. Mais impossible de lancer de grandes réformes, à l’exception de l’adoption, malgré l’absence de majorité absolue, du texte sur la fin de vie. Quant à l’idée d’être le recours de son camp pour 2027, il l’écarte. S’il passe l’écueil du dernier budget, il pourrait aller au bout du quinquennat.

Le

Paris: Crisis meeting at Elysee Palace with Macron and leaders of the majority
10min

Politique

Sénatoriales : confiants, Les Indépendants, à majorité Horizons, sont prêts à se rapprocher de la majorité de Gérard Larcher

Avec 20 sénateurs, dont 11 Horizons, le groupe des Indépendants espère « gagner des sièges » lors des sénatoriales, avance son président, Claude Malhuret. Avant de faire partie intégrante de la majorité sénatoriale ? Les choses dépendront des rapports de force au Sénat et de la présidentielle. Mais en Seine-Maritime, département d’Edouard Philippe, comme en Vendée, où Bruno Retailleau est candidat, Horizons et LR font déjà l’union.

Le