Contestée par Washington, la taxe Gafa aux mains des députés
Taxer les géants du numérique pour montrer la voie en dépit de l'opposition des États-Unis: Bruno Le Maire a donné lundi le coup d'envoi des...

Contestée par Washington, la taxe Gafa aux mains des députés

Taxer les géants du numérique pour montrer la voie en dépit de l'opposition des États-Unis: Bruno Le Maire a donné lundi le coup d'envoi des...
Public Sénat

Par Charlotte HILL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Taxer les géants du numérique pour montrer la voie en dépit de l'opposition des États-Unis: Bruno Le Maire a donné lundi le coup d'envoi des débats à l'Assemblée nationale sur le projet de loi visant les Gafa.

Le ministre de l’Économie a vanté un "objectif de justice et d'efficacité fiscale" face à la "révolution" numérique, alors que le bilan du grand débat a montré l'importance de la question fiscale aux yeux des Français.

"C'est l'honneur de la France d'être en pointe sur ces sujets", a-t-il affirmé, avant que les députés n'entament l'examen des quelque 150 amendements au menu.

La taxe Gafa (acronyme pour Google, Amazon, Facebook et Apple) à la française s'inspire d'un projet européen qui n'a pas abouti le mois dernier en raison des réticences de quatre pays (Irlande, Suède, Danemark et Finlande).

Pour le ministre, elle servira de "levier" dans les négociations internationales. Il a promis devant un hémicycle clairsemé de ne pas relâcher ses efforts "jusqu'à ce que l'OCDE se mette d'accord", jugeant cela "possible dès 2020". La France retirera alors "naturellement sa taxe nationale".

Mais Washington juge la taxe "extrêmement discriminatoire à l'égard des multinationales basées aux États-Unis". Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a encore exhorté jeudi Paris à y renoncer.

La France est "décidée" et "souveraine" en matière fiscale, a répliqué M. Le Maire. Il a réitéré ses propos devant les députés, les invitant à montrer aux Américains "que nous avons du courage et que nous sommes unis".

La taxe, dont l'instauration avait été annoncée par Emmanuel Macron en décembre, en pleine crise des "gilets jaunes", doit contribuer à financer les 10 milliards d'euros de mesures d'urgence économiques et sociales. Même objectif avec le second article du projet de loi qui infléchit la trajectoire de baisse de l'impôt sur les sociétés pour 2019.

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, photographié le 20 mars 2019 à l'Elysée à Paris, défendra le projet de loi créant la taxe Gafa au Parlement
Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, photographié le 20 mars 2019 à l'Elysée à Paris, défendra le projet de loi créant la taxe Gafa au Parlement
AFP/Archives

Concrètement, la taxe doit concerner les activités numériques qui "créent de la valeur grâce aux internautes français".

Elle vise les entreprises qui font un chiffre d'affaires sur leurs activités numériques de 750 millions d'euros dans le monde et de plus de 25 millions d'euros en France. L'idée est de les imposer à hauteur de 3% du chiffre d'affaires réalisé en France sur les publicités en ligne, la vente à des tiers des données personnelles et l'"intermédiation" (mise en relation, par des plateformes, entre entreprises et clients).

Elle devrait s'appliquer à une trentaine de groupes comme Meetic, Amazon, Airbnb, Instagram ou encore la française Criteo, et rapporter 400 millions d'euros en 2019, puis 650 millions en 2020-2022.

- "Des clopinettes"-

Le principe de l'instauration d'une telle taxe a fait relativement consensus chez les députés, même si les élus d'opposition ont formulé des bémols sur une taxe franco-française "par défaut".

Certains à gauche ont ainsi déploré un manque d'ambition et une copie "insuffisante" (PCF) ou "borgne" en matière d'optimisation fiscale en se limitant au secteur numérique (PS), avec des rentrées financières s'apparentant à des "clopinettes" (LFI).

Plusieurs élus de droite ont réitéré les craintes formulées par le patron de LR Laurent Wauquiez dans le JDD que la France ne pénalise ses "propres champions". Cette idée a été récusée par Bruno Le Maire (ex-LR), de même que celle avancée aussi par l'UDI-Agir que cela aura un impact sur les consommateurs.

La droite fustige surtout comme un "revirement" l'article 2, qui prévoit que les grandes entreprises continueront à être taxées à 33,33% sur leurs bénéfices en 2019 via l'impôt sur les sociétés (1,7 milliard d’euros attendu), qui devait initialement baisser.

Pour LR, la taxe Gafa est ainsi "l'arbre qui cache la forêt", cet article 2 pesant "quatre fois plus, en valeur", l'UDI-Agir le jugeant aussi "regrettable". Le ministre a réaffirmé que le taux d'IS serait ramené à 25% en 2022.

L'ONG Oxfam regrette que les députés n'aient pas remis en cause cette trajectoire de baisse, qualifiant aussi la taxe Gafa de "symbolique". Selon l'organisation altermondialiste Attac, près des deux tiers du chiffre d'affaires cumulé des Gafa, aux activités majoritairement "hors numérique", ne seront pas couverts.

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat Wave in the North
5min

Politique

La justice ordonne le démantèlement de « mégabassines » en Charente-Maritime : les agriculteurs condamnés invoquent la loi d’urgence agricole et font appel

Neuf agriculteurs ont été condamnés par la justice, jeudi 23 juillet, à démanteler quatre retenues d’eau qu’ils utilisent illégalement depuis dix-sept ans. Ils ont annoncé faire appel et se fondent sur le prétendu « décalage » entre cette décision et la loi d’urgence agricole tout juste adoptée, très favorable au développement de ces « bassines ».

Le

PARIS, Conseil constitutionnel, Constitutional Council, Palais Royal
7min

Politique

Le Conseil constitutionnel est-il devenu un arbitre sursollicité ?

Longtemps perçu comme le gardien discret de la Constitution, le Conseil constitutionnel s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs incontournables de la vie politique. Jamais autant saisi sur les lois votées par le Parlement depuis une quinzaine d’années, il est devenu le passage obligé des textes les plus sensibles. Loin d'un dysfonctionnement, cette hyper-activité traduit les nouvelles dynamiques du pouvoir sous l'ère de la « majorité relative ».

Le

France Wildfires
2min

Politique

La France a demandé l’activation du mécanisme de protection civile de l’UE : en quoi consiste ce dispositif ?

Face à la multiplication des feux en France, en particulier en Gironde et dans les Landes, le président de la République Emmanuel Macron a demandé l’activation du mécanisme de protection civile européen hier soir. Déjà utilisé par le passé à Mayotte ou en Ukraine, ce dispositif permet « de proposer une réponse d’urgence » face aux incendies sur le sol européen.

Le

France Extreme Weather Heat
3min

Politique

Incendie au Cap-Ferret : 10 000 hectares parcourus, 80 maisons brûlées et 40 000 personnes évacuées, « le feu continue de progresser », annonce Laurent Nuñez

Le ministre de l’Intérieur a fait un point de situation, ce vendredi matin, sur « le plus feu gros de la saison » qui menace dangereusement le Cap-Ferret, en Gironde. « Le feu n’est pas maitrisé et continue de progresser », alerte Laurent Nuñez. Au total, 50 000 hectares ont brûlé depuis le début de l’année, « quasiment trois fois » plus que l’an dernier.

Le