Contre la « déforestation importée », une stratégie française, avant tout incitative
Aide aux pays producteurs, nouveau label, campagne de communication... le gouvernement publie mercredi sa "stratégie" pour lutter...

Contre la « déforestation importée », une stratégie française, avant tout incitative

Aide aux pays producteurs, nouveau label, campagne de communication... le gouvernement publie mercredi sa "stratégie" pour lutter...
Public Sénat

Par Catherine HOURS

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Aide aux pays producteurs, nouveau label, campagne de communication... le gouvernement publie mercredi sa "stratégie" pour lutter contre les importations à risque pour la forêt, un plan tous azimuts à caractère surtout incitatif.

La France, avec ses importations de soja, cuir ou huile de palme, participe à la déforestation dans le monde. Selon un récent rapport du WWF, ces 5 dernières années, le pays a contribué à déboiser potentiellement 5,1 millions d'hectares, à travers les seules importations de 7 matières premières.

Mercredi le gouvernement publie sur internet son plan interministériel promis par l'ex-ministre Nicolas Hulot et attendu depuis le printemps. Objectif: mettre fin d'ici à 2030 à la déforestation liée à l'importation de produits agricoles ou forestiers non durables.

Au programme, "faire évoluer les pratiques" de tous les acteurs.

D'abord les pays producteurs, que Paris voudrait faire bouger via sa politique d'aide au développement ("contrats de territoire").

Aux entreprises françaises qui importent ces produits, l'Etat propose de rejoindre début 2019 une "plateforme", pour les "inciter à s'engager".

Elles seraient alertées sur les approvisionnements risqués (via un renforcement des contrôles aux frontières, les données douanières, le suivi satellitaire des couverts forestiers...). Et la plateforme aura aussi pour mission d'élaborer d'ici à 2020 un label "zéro déforestation" pour orienter les consommateurs.

- 129 millions d'ha de forêt perdus -

Ces mesures concerneront les matières agricoles les plus sensibles: soja, huile de palme, boeuf, cacao, hévéa, bois. Elles seront éventuellement élargies à d'autres produits (café, coton, canne à sucre, maïs, produits miniers...) lors de points d'étape en 2020 et 2025.

Côté agriculture et notamment élevage, grand consommateur de soja destiné à nourrir les bêtes, l'État compte sur des plans de filière, avec l'idée de promouvoir les alternatives. Objectif: autonomie protéique dès 2030 pour alimenter les élevages.

Enfin le gouvernement veut réorienter les commandes publiques, via un "guide de bonnes pratiques" qui sera diffusé début 2019 aux collectivités locales.

Mais rien de contraignant à ce stade, pour les communes et régions comme pour les entreprises, qui pourraient en revanche se laisser convaincre par le principe du "name and shame" ("désigner et blâmer"), dit-on au ministère de la Transition écologique.

Pascal Canfin, directeur général du WWF France, salue la stratégie nationale "la plus complète" jamais produite sur ce sujet. Un angle "concret" pour s'attaquer au recul de la biodiversité, "un bon plan de travail" sur une question encore en friche juridiquement et difficile politiquement et diplomatiquement.

"Il faudra voir si dans les faits ça change. Beaucoup dépendra de la capacité d'animation politique derrière et de la société civile à mobiliser sur cette question", dit-il.

Mais pour Greenpeace, "les timides avancées du gouvernement ne compenseront pas l'autorisation qu'il a donnée à Total d'importer 550.000 tonnes d'huile de palme par an pour sa bio-raffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône), ni son blocage de la suppression de l'avantage fiscal aux agrocarburants à l'huile de palme".

"Comment un tel texte, qui ne prévoit aucune interdiction ou mesure réglementaire, pourra-t-il freiner la déforestation? Avec si peu de moyens, il est évident que la France ne pourra pas respecter ses engagements climatiques", estime Clément Sénéchal, chargé de campagne Forêts chez Greenpeace France.

Alors qu'une des plus grandes bioraffineries d'Europe doit démarrer à La Mède au 1er trimestre 2019, la France veut plafonner l'incorporation de biocarburants issus de matières premières à risque déforestation "selon des critères qui seront définis par la Commission européenne en février 2019", "jusqu'à leur élimination d'ici 2030", indique la stratégie.

Paris indique peser sur la Commission pour qu'elle se dote d'un plan d'action sur la déforestation importée, avec "bon espoir" d'y parvenir début 2019, et prend l'"engagement de porter" la question dans les accords bilatéraux.

Selon la FAO, de 1990 à 2015, le monde a perdu 129 millions d'hectares de forêts (huit fois la superficie de la forêt française), une déforestation responsable de 11% des émissions de gaz à effet de serre mondiales et de fortes pertes d'espèces. Un tiers est à imputer aux pays de l'UE et à leur consommation de produits agricoles.

Partager cet article

Dans la même thématique

French Prime Minister Sébastien Lecornu Chairs Crisis Cell in Marseille Over Heatwave
6min

Politique

« La chaleur monte encore d’un cran » : la canicule inquiète l’exécutif, entre feux de forêt record et passages aux urgences en hausse

Pour la première fois, le gouvernement a déployé ce vendredi le plan Orsec de lutte contre les catastrophes et accidents pour faire face aux chaleurs extrêmes dans les départements en vigilance rouge canicule. Les températures vont encore grimper ce week-end, renforçant les inquiétudes sur les fronts de l’hôpital et des feux de forêt.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
9min

Politique

Présidentielle 2027 : le PS enterre la primaire ouverte et fragilise Olivier Faure

Après avoir été mis en minorité par les députés socialistes sur la stratégie à adopter lors de la motion de censure déposée par les Écologistes en pleine canicule, Olivier Faure a essuyé un deuxième revers, cette fois devant les militants de son propre parti. En rejetant sa proposition de primaire ouverte, le PS fragilise son premier secrétaire et ouvre une nouvelle phase de la course à la présidentielle. Au centre de toutes les interrogations désormais, la place que choisira d’occuper Raphaël Glucksmann.

Le

Paris: Debat reforme des retraites au Senat
5min

Politique

Sénatoriales : Guillaume Gontard va quitter la présidence du groupe écologiste, après six années passées à sa tête

Après le prochain renouvellement sénatorial du 27 septembre prochain, Guillaume Gontard quittera la présidence du groupe écologiste qu'il occupe depuis 6 ans. L'élu de l'Isère n'est pas renouvelable, mais a décidé de passer la main à la rentrée prochaine. Il se dit fier du travail accompli et « d'avoir pu instaurer une parole écologiste qui compte » au sein de la Haute Assemblée.

Le