Contre l’avis du gouvernement, le Sénat vote la reprise de l’exploitation des hydrocarbures dans les Outre-mer

Jeudi après-midi, le Sénat a voté la proposition de loi du sénateur de Guyane Georges Patient qui vise à revenir partiellement sur l’interdiction de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures en France, prévus par la loi Hulot de 2017.
Simon Barbarit

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Le Sénat a adopté à 227 voix pour et 105 contre, la proposition de loi portée par l’élu de Guyane, Georges Patient qui « vise à lever, dans les territoires d’outre-mer, l’interdiction de recherche, d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures »,

Le texte consiste à abroger, dans les seuls territoires ultramarins, les interdictions de recherche, d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures, qui ont été inscrits dans la loi du 30 décembre 2017, dite loi Hulot. Des exceptions existent pour les concessions qui étaient en cours. Cette loi, entrée en vigueur deux années après l’Accord de Paris sur le climat, est la traduction du plan climat de la France, qui prévoit entre autres l’arrêt progressif de la production d’hydrocarbures d’ici 2040. « Même en atteignant la neutralité carbone, la France continuera de consommer des hydrocarbures. Refuser, par dogmatisme toute exploitation nationale, revient à accepter une dépendance définitive aux exportations », a défendu l’ancien vice-président de la chambre haute du Parlement, qui siège avec les macronistes au sein du Rassemblement des démocrates progressistes et indépendants (RDPI) qui regrette que soient « imposées des interdictions à un territoire neutre en carbone » et va jusqu’à parler d’« écolonialisme », soit « la stagnation des territoires français riches en ressources » , alors que des pays voisins comme le Suriname et le Guyana exploitent des champs de pétrole.

Le texte a créé des remous au sein du gouvernement. S’il est soutenu par la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, il n’en est pas de même pour la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, l’ancienne présidente du WWF-France. Cette dernière qui menaçait de mettre sa démission dans la balance si Sébastien Lecornu décidait de soutenir la proposition de loi, a remporté l’arbitrage. C’est le ministre de l’Economie, Roland Lescure qui a eu la charge d’émettre un avis négatif dans l’hémicycle en qualifiant le texte « d’anachronique ». « Se remettre demain à forer des hydrocarbures serait, de mon point de vue, un contresens social, environnemental et ne résoudrait aucun problème du territoire », a-t-il pointé.

La présidente LR de la délégation sénatoriale aux Outre-mer, Micheline Jacques a regretté l’absence de Monique Barbut dans l’hémicycle « pour venir exposer sa position ». « L’arrêt de l’exploitation des hydrocarbures en France. A-t-elle entraîné la fin des importations ? Non », a-t-elle souligné rappelant que la France avait importé pour 500 millions d’euros, dans le « Guyana voisin ».

Le rapporteur centriste du texte, Vincent Louault a mis en avant la nécessité d’atteindre la souveraineté énergétique et a expliqué que l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 n’impliquait pas une sortie complète des énergies fossiles, leur consommation étant limitée à 12 %.

Roland Lescure a répondu directement à Gorges Patient qui l’interrogeait « sur un plan B » pour le développement de la Guyane. Roland Lescure s’est engagé au développement de la filière minière, « dans une logique responsable, durable et prospère et la proscription de l’orpaillage illégal ». Une autre piste porte sur le développement des énergies renouvelables, solaire, hydroélectricité, biomasse. « Ces filières, elles aussi, peuvent créer des emplois durables ».

Du côté des écologistes, l’ancien candidat à la présidentielle, Yannick Jadot a pointé « le déni climatique » et « de réalité » de la proposition de loi. Ancien rapporteur d’une commission d’enquête sur les obligations climatiques du groupe TotalEnergies, le sénateur a cité le PDG, Patrick Pouyanné qui, devant la commission d’enquête avait affirmé : « Il n’y a pas d’hydrocarbures en Guyane ».

Autre opposant au texte, le sénateur communiste, Fabien Gay a mis en doute les perspectives d’emplois en Guyane qu’engendrerait la reprise de l’exploitation des hydrocarbures. « Lorsqu’on a des plateformes offshores, ce sont des mercenaires qui font le travail pendant plusieurs semaines et qui repartent. Ça ne bénéficiera pas aux Guyanais. En Guyana et au Suriname. Bien sûr le PIB a explosé mais les taux de pauvreté restent extrêmement élevés », a-t-il mis en avant.

Georges Patient a répondu qu’à la frontière brésilienne, à Oiapoque, 30.000 personnes vivaient dans une ville devenue un pôle d’attraction pour tout l’Etat de l’Amapa, au niveau de l’embouchure de l’Amazone, profitant des fruits de l’exploitation du pétrole.

Adopté par le Sénat, contre l’avis du gouvernement, rien n’assure que le texte prospérera à l’Assemblée nationale.

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