Contre le chômage de masse, des emplois verts « garantis » ?
Deux clubs de réflexion proposent un dispositif d’emploi vert, financés par l’Etat, sur le même modèle que les territoires « zéro chômeur de longue durée ». Des parlementaires s’intéressent à la question.

Contre le chômage de masse, des emplois verts « garantis » ?

Deux clubs de réflexion proposent un dispositif d’emploi vert, financés par l’Etat, sur le même modèle que les territoires « zéro chômeur de longue durée ». Des parlementaires s’intéressent à la question.
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C’est la nouvelle idée qui émerge dans le débat public pour lutter contre le chômage de masse : des emplois dans le secteur de l’écologie. Ils seraient financés par l’Etat, qui aurait de toute manière des dépenses de solidarité à assurer en temps normal pour ces demandeurs d’emploi. Fin 2020, le pays comptait 3,8 millions de personnes sans activité (totale ou partielle). La campagne, « un emploi vert pour tous », est portée par deux cercles de réflexion, Hémisphère gauche et l’Institut Rousseau, et se donne pour objectif de créer un million d’emplois dès 2022 « uniquement dans la reconstruction écologique », si l’idée était mise en place.

L’inspiration s’inspire de l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée », lancée début 2017, et prolongée en octobre dernier. Le principe est simple : plutôt que de payer des allocations-chômage, l’Etat réaffecte l’argent pour financer des créations d’emploi. Des postes sont créés dans des « entreprises à but d’emploi », dont les activités n’entrent pas en concurrence avec les entreprises déjà présentes, et qui assurent d’autres besoins. Le secteur de l’économie solidaire est particulièrement concerné.

Comme pour cette expérience, qui a déjà abouti à 1 000 créations d’emplois dans les 10 bassins retenus pour l’expérimentation, l’idée des emplois verts (payés au Smic) nécessiterait une subvention publique de l’ordre de 20 000 euros par mois. Un coût bien moins important que celui du Crédit impôt recherche et compétitivité (CICE), introduit en 2013, que les deux think tanks dénoncent. Selon France Stratégie, organe de prospective rattaché à Matignon, cette politique aurait créé 100 000 à 160 000 emplois, pour un coût annuel de 18 milliards d’euros accordés aux entreprises. Le dispositif s’adresserait aux chômeurs privés d’emploi depuis plus d’un an.

« La perspective de l’Etat garant de l’emploi en dernier ressort »

Les initiateurs du dispositif « un emploi vert pour tous » – Chloé Ridel et Lenny Benbara de l’Institut Rousseau et Alexandre Ouizille – étaient au Sénat ce 9 avril, pour une audition devant les membres du groupe CRCE (communiste, républicain, citoyen et écologiste). Marie-Noëlle Lienemann (Gauche républicaine et socialiste), se montre séduite par la proposition, même si elle « ne sera pas la solution à tous les problèmes ». « C’est un dispositif très utile, notamment dans cette phase de relance. Il a comme première vertu d’aller chercher tous les emplois dont le pays a besoin, dans les domaines environnementaux et dans l’accompagnement des personnes », estime la sénatrice de Paris. Recyclage, conversation agroécologique, mais pas seulement. La parlementaire imagine aussi des emplois dans le secteur de la santé.

Plutôt qu’une logique de « revenu garanti », comme le permettrait un « revenu universel », le dispositif « un emploi vert pour tous » constituerait une garantie d’emploi. « C’est la perspective de l’Etat garant de l’emploi en dernier ressort », estime Marie-Noëlle Lienemann.

En 2015, l’association ATD Quart Monde avait estimé que la privation durable d’emploi coûtait au pays 36 milliards d’euros. L’étude comptait à la fois les dépenses publiques d’aides sociales et d’allocations, certains coûts indirects et le manque à gagner en termes de fiscalité et cotisations sociales.

La pétition « emploi vert pour tous » a reçu quelques soutiens au Sénat, notamment au groupe socialiste, parmi lesquels Florence Blatrix-Contat, Hervé Gillé ou encore Patrick Kanner. « On n’a pas tout essayé contre le chômage dans le pays comme dans la région des Hauts de France », expliquait en février le président du groupe PS, qualifiant l’initiative d’ « innovante ».

Le soutien semble dépasser les seuls groupes de gauche. Cédric Villani (ex-LREM) a également apporté son soutien à la pétition en ligne. Le groupe de la France insoumise a quant à lui déposé une proposition « établissant la garantie d’emploi par l’État employeur en dernier ressort ». A l’Assemblée nationale, certains députés LR (Pierre Vatin et Michel Vialay) ou LREM ont déposé des amendements au projet de loi Climat et résilience dans ce sens, mais les amendements ont été déclarés irrecevables. Verra-t-on des initiatives parlementaires similaires au Sénat ? « On peut la tenter », répond Marie-Noëlle Lienemann, qui pense au projet de loi finances. Mais la sénatrice garde à l’esprit la menace de l’article 40 de la Constitution, qui empêche la création par les parlementaires de toute dépense supplémentaire. « Elle sera vite bridée si le gouvernement n’est pas décidé à faire quelque chose. »

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