« Contre le RN, sans LFI » : Clément Beaune tend la main à la gauche modérée

Figure de l’aile gauche de la macronie, à nouveau candidat aux législatives, Clément Beaune prône une alliance des modérés capables de gouverner, et déplore l’adhésion des socialistes au Nouveau Front Populaire
Hugo Ruaud

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

« C’est un nouveau combat politique ». Malgré le choc de la dissolution, une circonscription difficile et le désarroi d’une grande partie des députés Renaissance, Clément Beaune a décidé de repartir au combat. Le social-démocrate revendiqué truste à nouveau la 7e circonscription de Paris, où il fera face au socialiste Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo à la Mairie de Paris. Élu de justesse lors des élections législatives de 2022, celui qui fut conseiller d’Emmanuel Macron avant d’occuper le ministère de l’Europe puis des Transports pourrait ne pas passer le cap d’une nouvelle élection. « Tant que les Français n’ont pas voté, toutes les hypothèses sont possibles », martèle toutefois Clément Beaune. Son positionnement au centre gauche le pousse naturellement à tenter de séduire les électeurs de Raphaël Glucksmann, très nombreux dans la capitale. Et pour cela, le macroniste de la première heure n’hésite pas à taper sur l’union de la gauche, « dominée » selon lui par la France insoumise. Pour Clément Beaune, Raphaël Glucksmann et ses électeurs ont été « poussés sous le bus » au lendemain des élections européennes, où le fondateur de Place Publique a pourtant frôlé les 14 %.

« Clair » sur le RN

Au-delà de son sort personnel aux scrutins du 30 juin et du 7 juillet, l’ancien ministre des Transports suit avec attention la recomposition de l’hémicycle au Palais Bourbon. Parmi toutes les hypothèses possibles, « la pire », serait de « confier les clés de notre République au Rassemblement national et donc à l’extrême droite ». Contrairement à bon nombre de ses homologues macronistes, Clément Beaune prône le front républicain pour s’opposer, quel que soit le cas de figure, au parti d’extrême droite : « Quand il y a des choix essentiels à faire, entre tout autre parti politique et le RN, je vote pour le parti qui est opposé au RN, je suis clair là-dessus ». « Quand on est en politique, on ne tergiverse pas sur ces questions », insiste l’ancien ministre. Mais ce n’est pas pour autant qu’il se montre tendre avec la France insoumise. « Je considère que LFI est devenue – devenue parce que je pense qu’il s’est radicalisé depuis 2022 – un parti dangereux, qui brutalise le débat public, instrumentalise le conflit au Proche-Orient pour leur propre campagne des Européennes », déplore Clément Beaune, qui résume sa position avec la formule suivante : faire « sans LFI, contre le RN ». Pourtant, les sondages et intentions de vote sont claires : le Rassemblement national et l’extrême droite pourraient recueillir plus de 40 % des suffrages au premier tour des législatives, le 30 juin. De l’autre côté du spectre politique, 86 % des électeurs de Raphaël Glucksmann lors des élections européennes se déclarent favorables à une union de toute la gauche au sein du Nouveau Front Populaire.

 

« Il y avait un autre choix » que le NFP

 

Le couloir politique dans lequel se place Clément Beaune est donc très étroit. Parmi les personnalités politiques, seul l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve adopte le même raisonnement et la même position. Si cette stratégie paraît aujourd’hui illusoire à l’aune des législatives tant les sondages montrent un paysage politique tripolaire, Clément Beaune en est convaincu : « Il y avait un autre choix ». Pour cela, il aurait fallu que selon lui qu’au lendemain des européennes, Raphaël Glucksmann « et quelques autres » prennent l’initiative de dire « on travaille autrement avec des sociaux-démocrates, des modérés qui viennent d’ailleurs. J’étais prêt à le faire », affirme l’ancien conseiller de l’Elysée. « On aurait eu des divergences, mais on aurait pu en discuter », déplore-t-il. Mais Clément Beaune n’a pas totalement renoncé à convaincre la gauche modérée après le 7 juillet. « Dans l’Assemblée qui va arriver, il est très probable qu’il n’y ait pas de majorité absolue. Le Nouveau Front Populaire ne sera pas majoritaire, je vous le signe ». En se basant sur ce postulat, Clément Beaune déroule son raisonnement. Sans majorité, les socialistes et les écologistes seront selon lui bien obligés de « travailler avec des macronistes ou des Républicains modérés » plaide l’ancien ministre, pour qui il est « tout à fait possible qu’il y ait à construire une majorité atypique avec des gens issus de la majorité présidentielle sortante, des gens issus des socialistes, des écologistes, du centre droit républicain ».

 

En embuscade pour une coalition centriste

 

Comme pour prouver sa bonne foi autant qu’attester de sa colonne vertébrale idéologique, Clément Beaune distribue quelques gages de confiance à cette gauche modérée qu’il estime égarée dans les bras de la France insoumise. Celui qui avait protesté contre la loi immigration – sans jamais mettre à exécution sa menace de démissionner – se montre critique du choix de Gabriel Attal de maintenir la réforme de l’Assurance chômage. « On est dans un grand moment démocratique, on ne va dire aux Français que sur des sujets aussi essentiels, on choisit à leur place », tacle Clément Beaune, tandis que le Premier ministre souhaite signer le décret de la réforme entre les deux tours des législatives. « C’est pas cette réforme là que je défends et que je souhaite », insiste l’ancien ministre, qui souhaite donc rediscuter cette réforme lors de son retour à l’Assemblée, après le 7 juillet, en tendant la main à la gauche. Reste à être élu, ce qui relèverait de l’exploit, dans une circonscription où la somme des listes composant le Front Populaire a recueilli près de 60 % des voix lors des élections européennes.

 

Dans la même thématique

Paris: Lucie Castets
7min

Politique

« Exigeante », « politique », « âpre négociatrice » : le profil de Lucie Castets par les sénateurs qui l’ont côtoyée

Cette haute fonctionnaire de 37 ans, issue de la société civile et très marquée à gauche, a été choisie par le Nouveau Front populaire comme candidate au poste de Première ministre. Au Sénat, plusieurs élus ont été amenés à travailler avec elle à la mairie de Paris. Ils saluent ses aptitudes, et l’appellent désormais à engager une « bataille de l’opinion » pour pousser Emmanuel Macron à la nommer à Matignon.

Le

Paris Olympics
6min

Politique

Candidature du NFP à Matignon : Emmanuel Macron « botte en touche en disant qu’on va d’abord s’occuper des JO »

Mardi 23 juillet, Emmanuel Macron a donné sa première longue interview télévisée depuis la dissolution et les législatives. L’occasion pour le président de la République de livrer son analyse du scrutin, de temporiser et de refuser net la candidate du Nouveau Front populaire pour Matignon. Analyse de cette prestation avec l’expert en communication Philippe Moreau-Chevrolet.

Le

Emmanuel Macron interview sur France TV
4min

Politique

Emmanuel Macron est-il contraint de nommer Lucie Castets Première ministre ?

Hier, le Nouveau Front populaire s’est accordé sur le nom de Lucie Castets comme candidate au poste de Première ministre. Emmanuel Macron a balayé cette candidature considérant que cela n’était « pas le sujet ». Ce matin, Lucie Castets a demandé au Président de la République « de prendre ses responsabilités et de la nommer Première ministre ». Si constitutionnellement rien ne le contraint à nommer un Premier ministre, la décision du chef de l’Etat réside dans le choix « qui lui semble le plus à même de résister à une motion de censure », selon Bastien François, professeur de sciences politiques à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Le