« Contresens », « vieille ficelle » ou « priorité », le débat sur un retour de l’ISF continue de diviser
En pleine crise du Covid-19, Richard Ferrand relance le débat sur l’ISF. Pas question de le rétablir, mais le président de l’Assemblée Nationale défend une « contribution des plus aisés » pour la « solidarité.»

« Contresens », « vieille ficelle » ou « priorité », le débat sur un retour de l’ISF continue de diviser

En pleine crise du Covid-19, Richard Ferrand relance le débat sur l’ISF. Pas question de le rétablir, mais le président de l’Assemblée Nationale défend une « contribution des plus aisés » pour la « solidarité.»
Public Sénat

Par Sandra Cerqueira

Temps de lecture :

4 min

Publié le

En janvier 2019, Richard Ferrand a assuré qu’il n’existait « pas de tabou » sur l’ISF tout en fermant l’éventualité de son éventuel retour. Aujourd’hui, alors qu’en pleine crise du Covid-19 la gauche réclame le rétablissement de l’impôt sur la fortune, le président de l’Assemblée Nationale s’y oppose encore tout en défendant cette fois l’idée d’une contribution des plus aisés dans un entretien à « L'Express » mis en ligne ce mardi.

« Tout le monde veut peser et surtout la majorité »

Richard Ferrand est à « géométrie variable sur ce sujet » lance Patrick Kanner. Une façon de dire que la majorité aussi avance ses pions sur les exigences de solidarité avec la crise sociale à venir, alors que les débats budgétaires de cet automne mettent déjà l'exécutif dans la tourmente. « Tout le monde veut peser et surtout la majorité » glisse le président du groupe socialiste au Sénat.

« Un Contresens absolu »

 « On a parfois l'impression que l'ISF serait le remède au Covid ! » ironise Richard Ferrand, fustigeant un « mauvais débat » et un « contresens absolu ». « Ce n'est pas en rendant la France moins attractive qu'on va redresser le pays », tranche-t-il. Mais face au débat qui ne cesse de remonter avec la crise sur les inégalités, sur les « premières lignes » face aux « premiers de cordée », Richard Ferrand n’exclut pas, « ponctuellement et parce que la solidarité l'exigerait »,  une contribution des plus aisés. Avec prudence, mais sûrement.

« Rétablir l’ISF, c’est rétablir le sens de l’impôt »

« Je le prends au mot mais que propose-t-il concrètement ? » s’interroge Patrick Kanner. Le président du groupe socialiste au Sénat réclame que chacun prenne sa part pour contribuer à l’effort national. « Comment expliquer que les 20% de Français les plus aisés, dont je fais partie, ne payerons plus de taxe d’habitation en 2021 ? » questionne le sénateur. Chacun doit « prendre sa part » selon lui,  pour que l’effort ne pèse pas de la même façon sur tous les Français, sans tenir compte de la richesse spécifique. « C’est un principe d’égalité, une priorité absolue. Les plus aisés ne sont pas ceux qui auront subi de plein fouet la crise. Rétablir l’ISF, c’est rétablir le sens de l’impôt !  » martèle-t-il. C’est ce qui avait été proposé par le groupe PS au Sénat lors de l’examen du budget rectificatif en avril dernier.

« On ressort les vieilles ficelles »

À droite, vouloir faire contribuer les plus riches passe mal. Le sénateur LR Philippe Dominati parle d’un « reniement supplémentaire » du gouvernement, « d’une promesse » de ne pas augmenter les impôts « non tenue. » « Macron, c’est la continuité de Hollande. On sait que l’ISF est un impôt improductif qui rapporte peu à l’État et pourtant on veut recommencer ! On ressort les vieilles ficelles qui ont pénalisé l’économie française pendant des années »  s’insurge-t-il.

Une réforme structurelle vs le « symbole » de l’ISF

Un débat qui n’est pas non plus du goût de Julien Bargeton. Le sénateur LREM ne se dit pas favorable à une hausse d’impôts en cette période de crise y voyant même un « paradoxe. » Avec la crise à venir, « l’effondrement du PIB, l’explosion du chômage à venir, ce n’est pas le moment d’augmenter les impôts, ni de baisser les dépenses publiques. Nous verrons plus tard. Soyons keynésiens » assure-il tout en défendant une réforme fiscale structurelle à horizon de trois ans qui définit « quels impôts baisser ou augmenter pour prendre en compte les inégalités.»

« Il faut éviter à tout prix  le concours Lépine de la hausse d’impôts » insiste Julien Bargeton pour qui la question n'est pas que fiscale. Il évoque des « prestations différenciées » ou des « ré-allocations de dépenses.»  « Au lieu d'essayer de faire dans le symbole, il vaudrait mieux chercher comment créer de l'emploi, concilier production et environnement pour s’adapter davantage aux urgences climatiques et sanitaires. »

Partager cet article

Dans la même thématique

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
9min

Politique

« Je serai le Président de l’ordre, de la justice et de la fierté française » : Bruno Retailleau se déclare candidat à la présidentielle de 2027

Le président des LR se lance dans la course pour 2027. « J’ai pris la décision d’être candidat à l’élection présidentielle » a annoncé l’ancien ministre de l’Intérieur, assurant ne pas vouloir être chef de l’Etat « par obsession du pouvoir, mais par sens du devoir ». Une décision que l’ancien président du groupe LR du Sénat a « mûri » petit à petit. Mais selon ses proches, il a en réalité décidé d’y aller « il y a déjà plusieurs mois ».

Le

« Regards croisés allemand et polonais sur les grands dossiers européens »
4min

Politique

Union européenne : au Sénat, des acteurs allemands et polonais appellent à « améliorer notre capacité à se défendre sans divorcer avec les Etats-Unis »

L’année 2026 célèbre le 35e anniversaire du Triangle de Weimar, une coopération entre la France, l’Allemagne et la Pologne basée sur le renforcement du dialogue politique entre les trois pays. Pour l’occasion, la commission des affaires européennes du Sénat a invité deux représentants de think tanks allemand et polonais, ce jeudi 12 février, pour croiser leurs regards sur une actualité européenne sous tension : les offensives de Donald Trump et la montée de l’extrême-droite sur le Vieux Continent.

Le

Paris: no-confidence debate in French parliament
5min

Politique

Programmation pluriannuelle de l’énergie : la feuille de route de Sébastien Lecornu coûte-t-elle 300 milliards comme l’affirme le RN ?

Sébastien Lecornu a détaillé la nouvelle feuille de route énergétique de la France, très attendue depuis 3 ans.  La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui prévoit une relance du nucléaire et la poursuite du développement des énergies renouvelables est estimée par le Rassemblement national à un minimum de 300 milliards d’euros. Un calcul démenti par les experts.

Le