Contrôle aérien : les conclusions sévères d’un rapport sénatorial
Le sénateur centriste, Vincent Capo-Canellas, a conduit un rapport fouillé sur le contrôle aérien français. De l’obsolescence des systèmes de navigation aux grèves des aiguilleurs du ciel, ses observations sont sans appel.

Contrôle aérien : les conclusions sévères d’un rapport sénatorial

Le sénateur centriste, Vincent Capo-Canellas, a conduit un rapport fouillé sur le contrôle aérien français. De l’obsolescence des systèmes de navigation aux grèves des aiguilleurs du ciel, ses observations sont sans appel.
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« Obsolescence des systèmes de la navigation aérienne », « carences (…) dans la gestion des programmes de modernisation » et « gros problèmes » liés aux « grèves des contrôleurs aériens ». Le rapport conduit par le sénateur centriste, Vincent Capo-Canellas, sur la modernisation des services de la navigation aérienne, dresse un portrait peu reluisant de l’état du contrôle aérien made in France. Fait au nom de la commission des Finances du Sénat, ce rapport de 160 pages déposé le 13 juin décortique un secteur peu connu du grand public. La France jouit pourtant de l’espace aérien le plus vaste et du trafic le plus important d’Europe. Un secteur primordial qui vit d’importants bouleversements tant sur le plan de la modernisation que sur le plan de la construction d'un « Ciel unique européen ».

Le contrôle aérien souffre d'un « problème de dialogue social »

Dans son rapport, le sénateur centriste épingle les « résultats pour le moins contrastés » de la Direction des services de la navigation aérienne (DSNA), un organe rattaché à Direction générale de l’aviation civile (DGAC), qui serait « responsable de 33 % des minutes de retards enregistrés au niveau européen ». Selon Vincent Capo-Canellas, les principales causes de ces mauvais résultats sont l’obsolescence des systèmes de navigation, un ambitieux programme de modernisation qui souffre d’importants retards et les grèves des aiguilleurs du ciel. Contacté par Public Sénat, le sénateur évoque « un problème de dialogue social ». D’après son décompte, 254 jours de grève des contrôleurs aériens ont eu lieu de 2004 à 2016, loin devant le deuxième pays de ce classement, la Grèce, qui enregistre 46 jours de grève sur la même période.

« Les termes (de ce rapport) sont trop forts et laisse penser que la situation est dramatique »

« Sortir les chiffres à partir de 2004, ce n’est pas neutre », juge Nobert Bolis, secrétaire national de l’USAC-CGT, premier syndicat de la DGAC. Pour lui, « les termes (de ce rapport) sont trop forts et laisse penser que la situation est dramatique alors que nous garantissons la sécurité du trafic aérien ». Comme le souligne le rapport, la sécurité est au cœur des préoccupations de la DGAC. S'il ne veut pas minimiser les « problèmes de management du projet de modernisation » - évoquant même « une gestion un peu chaotique » - Nobert Bolis veut rappeler que « le contrôle aérien n’est pas la première cause des retards », se plaçant derrière les aléas météorologiques et autres contretemps. Le secrétaire général de l’USAC-CGT préfère attirer l’attention sur la baisse des effectifs de la fonction publique, dont ils font partie. Selon lui, il y a une baisse de 12 à 15 % des personnels affectés à la DGAC depuis 2008, alors que le trafic aérien n’a cessé d’augmenter ces dernières années.

Modernisation des systèmes : des retards et des surcoûts conséquents 

La modernisation des systèmes de navigation est également brocardée par le sénateur centriste. Et pour cause, les retards et les surcoûts de ces programmes sont conséquents. Le programme 4-Flight, qui est au cœur de cette entreprise de modernisation, est passé de 500 millions d’euros à 850 millions d’euros. Les négociations avec son concepteur, qui n’est autre le géant de l’aérospatiale Thalès, sont difficiles et le programme, qui devait être opérationnel en 2015, est désormais attendu pour 2023. Pour Vincent Capo-Canellas, le constat est sans appel et « une réforme en profondeur apparaît nécessaire ».    

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Contrôle aérien : les conclusions sévères d’un rapport sénatorial
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le

Contrôle aérien : les conclusions sévères d’un rapport sénatorial
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le