Convoquée pour une mise en examen, Marine Le Pen refuse toujours d’être entendue
A sept semaines de la présidentielle, Marine Le Pen poursuit son bras de fer avec la justice: convoquée par les juges pour une possible mise en...

Convoquée pour une mise en examen, Marine Le Pen refuse toujours d’être entendue

A sept semaines de la présidentielle, Marine Le Pen poursuit son bras de fer avec la justice: convoquée par les juges pour une possible mise en...
Public Sénat

Par Andrea BAMBINO et Guillaume DAUDIN

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

A sept semaines de la présidentielle, Marine Le Pen poursuit son bras de fer avec la justice: convoquée par les juges pour une possible mise en examen dans le dossier des assistants parlementaires du FN, la candidate a fait savoir qu'elle n'honorerait pas ce rendez-vous judiciaire.

La présidente du Front national est convoquée vendredi prochain par les juges d'instruction du pôle financier, en vue d'une mise en examen pour abus de confiance, a appris l'AFP vendredi d'une source proche du dossier, ce qu'a confirmé son avocat, Me Rodolphe Bosselut.

Il lui serait notamment reproché d'avoir salarié en tant que députée européenne et avec des fonds de Bruxelles, sous le statut d'assistante parlementaire, l'une de ses plus proches collaboratices, Catherine Griset, alors que celle-ci exerçait des fonctions de cheffe de cabinet au siège du parti, à Nanterre.

Si la présidente du FN était entendue, elle pourrait sortir de l'audition comme témoin assisté, un statut plus favorable, à mi-chemin entre celui de témoin simple et de mis en examen.

Mais à la différence de François Fillon, qui promet de se rendre chez les juges le 15 mars dans l'affaire d'emplois fictifs présumés qui a plongé sa propre campagne dans la tourmente, Marine Le Pen a anoncé qu'elle n'honorerait pas cette convocation avant la fin des échéances électorales.

Dans un courrier transmis à la justice, dont des extraits ont été rapportés à l'AFP par une source proche du dossier, elle s'étonne d'être convoquée 40 jours avant l'élection. Elle dénonce des violations du secret de l'enquête, une instrumentalisation de l'affaire et estime que les conditions de "légalité", de "sérénité" et de "confiance" ne sont pas réunies pour qu'elle soit entendue.

La présidente du Front National et candidate à la présidentielle française Marine Le Pen à Paris, le 2 mars 2017
La présidente du Front National et candidate à la présidentielle française Marine Le Pen à Paris, le 2 mars 2017
AFP/Archives

Elle estime aussi que la procédure est "mal fondée". A ses yeux, son activité de parlementaire ne doit pas être soumise au contrôle de l'autorité judiciaire, ajoute-t-elle, toujours selon la même source. Son argument fait écho à celui des avocats de François Fillon dans sa propre affaire.

Marine Le Pen se défend aussi de toute obstruction à la justice, a indiqué la source.

- Une proche mise en examen -

Contrairement à un justiciable ordinaire, les juges d'instruction n'ont pas la possibilité de contraindre la députée européenne à se présenter devant eux. Pour toute mesure de coercition, ils doivent d'abord obtenir la levée de son immunité auprès du Parlement européen, comme cela a été effectué jeudi dans un autre dossier, où il lui est reproché d'avoir diffusé des images d'exactions du groupe jihadiste Etat islamique (EI) sur Twitter.

La candidate à la présidentielle avait déjà refusé de se rendre à la convocation des policiers de l'Office anticorruption de la police judiciaire (Oclciff) le 22 février, alors que deux de ses anciens assistants parlementaires, son garde du corps Thierry Légier et sa cheffe de cabinet, Catherine Griset, étaient placés en garde à vue.

Seule Catherine Griset, rémunérée comme assistante parlementaire de 2010 à 2016, avait finalement été mise en examen, pour recel d'abus de confiance. Le Parlement réclame environ 340.000 euros à Marine Le Pen pour ces salaires et ceux de Thierry Légier, qu'il considère indus.

Les juges d'instruction cherchent à savoir si le Front national a organisé un système plus large pour rémunérer des cadres ou employés du parti en France avec des fonds publics de l'Union européenne, via ces contrats d'assistants au Parlement européen.

En mars 2015, le président du Parlement européen de l'époque, le socialiste allemand Martin Schulz, avait saisi le gendarme antifraude de l'Union européenne (Olaf) et le parquet de Paris, après les élections européennes remportées en France par le FN, qui avait envoyé 24 des siens à Strasbourg.

La présence de 20 assistants parlementaires à des postes figurant dans l'organigramme du parti en France laissait supposer qu'ils étaient affectés à d'autres tâches que celles pour lesquelles ils étaient rémunérés.

"On ne peut pas être payé par le Parlement européen et travailler pour un parti", avait dit Martin Schulz.

Le parquet de Paris a mené une enquête préliminaire avant de confier le dossier aux juges d'instruction en décembre dernier.

Partager cet article

Dans la même thématique

Convoquée pour une mise en examen, Marine Le Pen refuse toujours d’être entendue
4min

Politique

« Dans le monde politique et de l’entreprise, le pouvoir dénature les gens », observe Elisabeth Moreno

Si devenir ministre lui a permis de faire avancer la cause des femmes, elle a aussi, pendant deux ans, découvert l’envers du monde politique. Entre « carriérisme », environnement masculin et manque de soutien pour faire avancer le féminisme, Elisabeth Moreno revient sur ses combats, son expérience gouvernementale et les travers du pouvoir au micro de Rebecca Fitoussi, dans l’émission Un monde, un regard.

Le

Heat Wave in the North
5min

Politique

La justice ordonne le démantèlement de « mégabassines » en Charente-Maritime : les agriculteurs condamnés invoquent la loi d’urgence agricole et font appel

Neuf agriculteurs ont été condamnés par la justice, jeudi 23 juillet, à démanteler quatre retenues d’eau qu’ils utilisent illégalement depuis dix-sept ans. Ils ont annoncé faire appel et se fondent sur le prétendu « décalage » entre cette décision et la loi d’urgence agricole tout juste adoptée, très favorable au développement de ces « bassines ».

Le

PARIS, Conseil constitutionnel, Constitutional Council, Palais Royal
7min

Politique

Le Conseil constitutionnel est-il devenu un arbitre sursollicité ?

Longtemps perçu comme le gardien discret de la Constitution, le Conseil constitutionnel s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs incontournables de la vie politique. Jamais autant saisi sur les lois votées par le Parlement depuis une quinzaine d’années, il est devenu le passage obligé des textes les plus sensibles. Loin d'un dysfonctionnement, cette hyper-activité traduit les nouvelles dynamiques du pouvoir sous l'ère de la « majorité relative ».

Le

France Wildfires
2min

Politique

La France a demandé l’activation du mécanisme de protection civile de l’UE : en quoi consiste ce dispositif ?

Face à la multiplication des feux en France, en particulier en Gironde et dans les Landes, le président de la République Emmanuel Macron a demandé l’activation du mécanisme de protection civile européen hier soir. Déjà utilisé par le passé à Mayotte ou en Ukraine, ce dispositif permet « de proposer une réponse d’urgence » face aux incendies sur le sol européen.

Le