Coronavirus : Chaque mois de confinement, l’activité économique baisse de 30%
Alors qu’un nouveau projet de loi de finances doit être présenté en Conseil des ministres, des économistes donnent leurs premières analyses sur les conséquences économiques du confinement.

Coronavirus : Chaque mois de confinement, l’activité économique baisse de 30%

Alors qu’un nouveau projet de loi de finances doit être présenté en Conseil des ministres, des économistes donnent leurs premières analyses sur les conséquences économiques du confinement.
Public Sénat

Par Alizé Boissin

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Comprendre l’ampleur de la crise. C’est pour cette raison que la commission des finances du Sénat a décidé de réunir trois économistes français : Agnès Bénassy-Quéré, professeure d’économie à l’Université Paris-1-Panthéon Sorbonne ; Denis Ferrand, directeur général de l’institut études économiques Rexecode et Xavier Timbeau, directeur de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Pour Vincent Éblé, président de la commission, l’objectif est d’avoir « les cartes en mains » pour mieux appréhender les choix politiques.

En introduction, les spécialistes s’accordent à dire que l’allongement du confinement renforce le choc sur l’économie à long terme. Pour Xavier Timbeau « chaque mois de confinement est un choc brutal sur l’économie. L’activité économique baisse de 30 %, c’est 2,6 points de PIB en moins par mois de confinement ». L’institut Rexecode analyse cette crise comme « une crise d’offre : on restreint de facto la quantité de travail, donc la capacité à produire et à créer du revenu. » Le directeur de l’institut est davantage optimiste et table sur un recul du PIB de seulement 4,9 % de récession pour 2020. Des chiffres, que les économistes nuancent « nos estimations sont projetées sur seulement deux mois de confinement ».

Selon eux, le gouvernement français a fait le choix de « supporter le choc économique du côté des ménages et des administrations ». En effet, pendant la période de confinement, les ménages sont moins touchés que les entreprises : « grâce aux différents soutiens du gouvernement : télétravail, arrêt de travail, chômage partiel » analyse Xavier Timbaud. Toutefois, il faut s’attendre à ce que le chômage augmente considérablement à la fin du confinement : « on estime à 5 milliards les pertes de revenus pour les ménages français ».

Le gouvernement soutient des entreprises « zombies », par tradition, comme Air France

De leurs côtés, les entreprises vont accumuler des pertes importantes. « On met l’économie sous cloche, donc quand il y aura un redémarrage les entreprises seront déstabilisées. Elles risquent de ne pas avoir de financement » craint le représentant de l’OFCE. Agnès Bénassy-Quété assure qu’il y aura « de la casse » pour les entreprises. Quant à Denis Ferrand, il s’interroge : « quelle restructuration envisagée ? ». Pour Xavier Timbaud, l’une des possibilités envisagées peut-être d’assouplir les conditions d’accès aux crédits et aux financements. Mais tous craignent que le gouvernement soutienne des entreprises « zombies », par « esprit de tradition, on pense évidemment à Air France ».

Denis Ferrand, lui, insiste sur la difficulté d’élaborer un plan pour aider les entreprises financièrement à la sortie. Il pointe du doigt l’hétérogénéité des différents secteurs et territoires face à la crise, « la France était une forte destination touristique, ce secteur va en prendre un coup c’est évident. »

Échelle européenne

L’économiste Agnès Bénassy-Quéré assure qu’il est nécessaire de penser une solution au niveau de l’Union Européenne. D’après ses analyses, la Banque centrale européenne (BCE) peut agir sur trois leviers : « étaler dans le temps le coût de la crise, réduire les taux d’intérêt et augmenter le PIB nominal ». Elle imagine une reprise économique possible seulement si celle-ci est imaginée de manière coordonnée. Selon elle, l’une des stratégies possibles est que la BCE s’engage à ne pas garder les dettes dans son bilan mais réinvestisse jusqu’à ce que les États membres récupèrent un PIB nominal.

Des analyses précises qui permettront, selon Vincent Éblé, président de la commission des finances, d’être en mesure « de juger de la meilleure façon possible le projet de loi de finances du gouvernement ». 

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