Coronavirus: l’exécutif face à un début de procès en imprévoyance
"L'heure n'est pas à la polémique", et pourtant... Oppositions politiques comme milieux sanitaires accusent l'exécutif d...

Coronavirus: l’exécutif face à un début de procès en imprévoyance

"L'heure n'est pas à la polémique", et pourtant... Oppositions politiques comme milieux sanitaires accusent l'exécutif d...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

"L'heure n'est pas à la polémique", et pourtant... Oppositions politiques comme milieux sanitaires accusent l'exécutif d'impréparation face à l'épidémie de coronavirus qui enfle, pointant notamment un manque de masques, de tests et de mesures strictes de confinement.

Délicat exercice de funambulisme que de critiquer à l'heure où chacun appelle au "rassemblement": "A la fois on ne veut pas accabler, crucifier, avoir un mot plus haut que l'autre qui déclencherait des polémiques, et en même temps on est obligé de dire les choses, sinon on ferait tous preuve d'un silence que je qualifierais de complice", résume ainsi dimanche le chef de file des députés La France insoumise Jean-Luc Mélenchon.

Alors que la vague épidémique monte en France, les oppositions instruisent à mots choisis le procès de l'exécutif. Pénurie de masques, manque de tests de dépistage et manque de moyens pour les hôpitaux cristallisent les reproches alors que de nouvelles mesures sont attendues, dont une possible extension du confinement, après la réunion d'un Conseil scientifique lundi.

"Dans la préparation, il me semble qu'il y a eu une sous-estimation, ou peut-être l'adhésion à un schéma face à l'épidémie qui se révèle être extrêmement dangereux", estime ainsi M. Mélenchon, déplorant que le gouvernement ait pu "penser que c'était pas si grave que ça".

De son côté, le patron des sénateurs Les Républicains Bruno Retailleau s'interroge: "Si nous avions été aux affaires, aurions-nous fait mieux ? Je ne le sais pas".

"Mais il faut qu'on soit le relais exigeant des questions que se posent les Français", fait encore valoir l'élu de Vendée.

"Il y a souvent eu un coup de retard sur les masques, un coup de retard sur les tests, sur le confinement aussi", ajoute-t-il, appelant en ce sens à généraliser sans attendre le traitement à la chloroquine, un anti-paludique dont l'efficacité est encore en cours d'évaluation.

Face aux carences, "l'heure n'est pas à la polémique, on s'en fiche pas mal de qui est responsable de quoi aujourd'hui", temporise aussi M. Retailleau.

Cependant, son homologue à l'Assemblée Damien Abad a annoncé que les députés LR créeraient à l'automne une commission d'enquête afin de "tirer toutes les leçons de l’épidémie".

La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen peste aussi depuis plusieurs jours contre le "temps de retard" du gouvernement, appelant à instaurer "un couvre-feu à partir de 20 heures" pour faire respecter le confinement. Un confinement qui doit être "beaucoup plus sévère", a exhorté la maire (PS) de Paris Anne Hidalgo.

- Tour de vis -

Ces récriminations sont appuyées par celles des médecins. Un collectif de soignants a porté plainte jeudi contre Edouard Philippe et l'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn, les accusant de s'être "abstenus" de prendre à temps des mesures.

"L'imprévoyance du gouvernement et de l'administration française a été totale" et les autorités "auront des comptes à rendre", a renchéri dimanche le Dr Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMF).

Dimanche, le Conseil d'Etat, saisi en référé par le principal syndicat des internes de médecine (Isni) qui demandait un tour de vis dans le confinement, a partiellement donné raison au requérant en demandant au gouvernement de revoir certaines autorisations de déplacement.

Face à ce déluge de critiques, le sommet oscille entre agacement et apaisement.

"Je félicite ceux qui avaient prévu la crise une fois qu'elle a eu lieu", a ainsi riposté vendredi Emmanuel Macron, arguant que la France avait "activé ses dispositifs d'alerte avant même que l'OMS (Organisation mondiale de la Santé, ndlr) sonne le tocsin".

Le ministre de la Santé Olivier Véran a dit de son côté préférer "mobiliser toute l'énergie sur la protection des Français". "Nous avons toujours considéré le risque comme maximal", a-t-il encore assuré, soulignant aussi le caractère "inédit" de la crise qui fait que "nous n'avons pas les apprentissages du passé".

"On ne fait sans doute pas tout parfaitement, car on ne sait pas tout", a admis le chef de l'Etat. "Mais chaque jour, on essaie de corriger les erreurs" qu’on a faites la veille, a-t-il encore plaidé dans le Journal du Dimanche.

Partager cet article

Dans la même thématique

Coronavirus: l’exécutif face à un début de procès en imprévoyance
8min

Politique

François-Xavier Bellamy : "Rétablir [des relations normales] avec le régime de Poutine serait une forme de trahison"

Au sortir d'un été marqué notamment par une intensification du conflit entre la Russie et l'Ukraine, et une crise migratoire dans l'enclave espagnole de Ceuta, François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains et du groupe du PPE au Parlement européen, est l'invité de Caroline de Camaret dans Ici l’Europe sur France24, LCP et Public Sénat.

Le

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le