Coronavirus : l’unité nationale (ou presque) de la classe politique face au virus
Edouard Philippe a reçu à Matignon tous les responsables politiques du pays pour faire le point sur le coronavirus. L’unité nationale est de mise, à l’exception de Marine Le Pen, qui exprime ses critiques et demande toujours la fermeture des frontières avec l’Italie.

Coronavirus : l’unité nationale (ou presque) de la classe politique face au virus

Edouard Philippe a reçu à Matignon tous les responsables politiques du pays pour faire le point sur le coronavirus. L’unité nationale est de mise, à l’exception de Marine Le Pen, qui exprime ses critiques et demande toujours la fermeture des frontières avec l’Italie.
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Unité (ou presque) face au virus. La classe politique soutient dans son ensemble le gouvernement dans la lutte contre l’épidémie de coronavirus. Edouard Philippe a reçu ce jeudi, en fin de matinée, les présidents de l’Assemblée et du Sénat, les présidents de groupes parlementaires, les chefs de partis et associations d’élus pour les informer de la situation. Une demande formulée à l’origine par Olivier Faure, premier secrétaire du PS, appelant le premier ministre à faire « toute la transparence ». Autour du locataire de Matignon, beaucoup de (beau) monde : le ministre de la Santé, Olivier Véran, ainsi que la ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault. Mais aussi donc Gérard Larcher, Richard Ferrand, ou encore Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Olivier Faure, Bruno Retailleau ou François Baroin (voir la première vidéo).

« Tous les territoires sont couverts, en ville comme à la campagne »

S’« il n’y a rien eu de très nouveau » selon un participant, « c’était pour informer, expliquer ». « C’était une très bonne réunion, très technique et à la hauteur. Tout le monde disait que c’était quelque chose de sérieux » explique-t-on dans l’un des ministères concernés. Il s’agissait aussi de montrer que l’exécutif prend le sujet très au sérieux et de rassurer.

« Il y a évidemment, nous le percevons bien, et les élus s’en sont fait l’écho, une inquiétude en France. Nous voulons répondre à cette inquiétude, en utilisant la seule méthode qui vaille face au risque : la mobilisation, le calme et la raison » a soutenu à l’issue de la réunion Edouard Philippe. « Aujourd’hui, il y a lieu ni d’avoir peur, ni d’être négligent ». Le gouvernement a désigné 108 hôpitaux prêt à recevoir des malades. « Tous les territoires sont couverts, en ville comme à la campagne, en métropole et outre-mer » selon le premier ministre. Et « 200 millions de masques supplémentaires » ont été commandés.

« Le coronavirus n’est ni de gauche, ni de droite »

Après la réunion, un petit air d’unité nationale flotte dans la cour de Matignon. « Le gouvernement fait le travail » pour le président du groupe LR du Sénat, Bruno Retailleau, « il y a besoin d’unité nationale » (voir vidéo ci-dessous).

Retailleau (LR) : "Il y a besoin d’unité nationale sur le coronavirus"
02:57

Jean-Luc Mélenchon : « Si on a besoin de notre aide face au péril, on sera là ». Patrick Kanner, patron des sénateurs PS : « Le coronavirus n’est ni de gauche, ni de droite, ni du centre. C’est un défi qui nous est collectivement lancé. Et nous devons avoir une réponse collective avec le gouvernement. (…) C’est une question d’unité nationale » (voir vidéo ci-dessous).

Kanner (PS) : « Le coronavirus n’est ni de gauche, ni de droite »
00:30

Les « divergences » de Marine Le Pen

Seule Marine Le Pen a exprimé une voix divergente. « On se réjouit que le gouvernement soit sur la brèche. Mais j’aurais préféré que le centre interministériel de crise soit mis en œuvre » affirme la présidente du RN, qui a aussi « des divergences sur les choix de mise en quarantaine ». Elle questionne « la cohérence », entre « l’auto-quarantaine demandée à des enfants, et en même temps, on laisse 3.000 italiens venir pour un match de foot à Lyon ». Son plus gros désaccord touche la fermeture des frontières. Les spécialistes de la santé y voient une mesure inutile, mais Marine Le Pen la défend, alors que le gouvernement s’y refuse. Un choix qui, selon elle, « relève plus de l’idéologie que du pragmatisme nécessaire ». Regardez :

Coronavirus : les « divergences » de Marine Le Pen avec le gouvernement
07:42

De leur côté, les communistes sont aussi dans l’unité. Mais ils posent quelques questions. « Fabien Roussel (numéro 1 du PCF, ndlr), a dit qu’il ne fallait pas d’instrumentalisation de cette crise pour s’en servir de manière politicienne » explique la sénatrice PCF Laurence Cohen, présente pour le groupe CRCE du Sénat. Mais la sénatrice du Val-de-Marne « pense à la crise de l’hôpital publique. Quels sont les moyens mis en place ? »

Gérard Larcher veut un débat au Sénat

La place du Parlement a également été mise sur la table. « Gérard Larcher, au nom du Sénat, a demandé que la représentation nationale soit informée. Comme l’a fait hier Bruno Retailleau, il a demandé qu’il y ait prochainement un débat au Parlement et en l’occurrence au Sénat » affirme Hervé Marseille, président du groupe Union centriste du Sénat. Ce débat pourrait être organisé la semaine prochaine.

La question des municipales – et de leur maintien – a aussi été posée par Julien Bayou, à la tête de EELV. Mais sur ce point, Edouard Philippe a assuré qu’il n’était pas question de les annuler ou de les repousser.

Lettre du premier ministre à tous les maires

Le rôle des élus a bien sûr été évoqué. « François Baroin, pour l’AMF, et Gérard Larcher, qui s’intéressent toujours aux territoires, ont posé la question de l’organisation territoriale. François Baroin a notamment demandé ce que les maires pouvaient faire, s’il était utile d’entreposer des masques en mairie » selon une personne présente autour de la table.

Le premier ministre a en réalité déjà mis dans la boucle les élus locaux, en écrivant il y a deux jours à tous les maires de France pour les sensibiliser. Selon ce document, que publicsenat.fr a publié, Edouard Philippe appelle les maires « à la plus grande vigilance face à la propagation de fausses nouvelles et au risque de discrimination à l’encontre des communautés d’origines asiatiques vivant sur notre territoire ».

Traits d’humour sur l’Assemblée

Si le sujet du coronavirus est très sérieux, cela n’a pas empêché les participants d’échanger aussi de manière plus légère. « Quelqu’un a demandé s’il fallait annuler les meetings des municipales. Le premier ministre a dit, sur le ton de l’humour, "je ne vais pas demander aux gens de ne plus tenir des meetings" » rapporte un participant. Ce qui a amusé un député qui lui a répondu, « c’est certain qu’entre le 49.3 et ça, ça ferait un peu beaucoup » selon un autre. Evoquant la question des lieux en quarantaine, un participant s’est même permis de blaguer et d’évoquer « l’Assemblée »… Une solution qui réglerait peut-être le blocage sur la réforme des retraites. Mais « la réalité rattrape l’humour », comme le tweet en fin de journée Jean-Luc Mélenchon, évoquant « la suspension des travaux de l’Assemblée pour ne pas contaminer toute la France », en raison d’un député à qui on a demandé de rester chez lui…

En attendant, les consignes données à la population s’appliquent déjà dans les lieux de pouvoir. « Au cabinet, tout le monde a appliqué le non-serrage de main et on ne se fait plus la bise » raconte une conseillère ministérielle. L’unité nationale sur le coronavirus implique quelques prises de distances.

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