Coronavirus : quelles entreprises pourraient être nationalisées ?
Mardi, Édouard Philippe et Bruno Le Maire n’ont pas écarté la possibilité de recourir à des nationalisations d’entreprises dont l’État détient déjà une participation. Air France ? Renault? Entreprises de l'industrie pharmaceutique, qui pourrait être concerné?

Coronavirus : quelles entreprises pourraient être nationalisées ?

Mardi, Édouard Philippe et Bruno Le Maire n’ont pas écarté la possibilité de recourir à des nationalisations d’entreprises dont l’État détient déjà une participation. Air France ? Renault? Entreprises de l'industrie pharmaceutique, qui pourrait être concerné?
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Conséquence de la crise du coronavirus, l’action d’Air France-KLM plonge depuis plusieurs semaines (-55,41% en un mois). Interrogé dans le journal de France 2 sur la situation de la compagnie aérienne dont l’État est actionnaire à hauteur de 14,3%, Édouard Philippe a assuré que l'État était prêt à « prendre ses responsabilités en tant qu'actionnaire ». « S'il fallait aller jusque à (la nationalisation), nous le ferions » précise-t-il.

Quelques heures plus tôt, c’est le ministre de l’Économie, Bruno le Maire qui a lui aussi évoqué la possibilité de nationaliser les grandes entreprises françaises qui seraient en difficulté.

« En période de crise, il faut un État protecteur »

« Quelle prise de conscience tardive. C’est évident qu’en période de crise, il faut un État protecteur. Cette crise sanitaire aura au moins eu le mérite de nous faire revenir à la réalité » abonde Martial Bourquin, vice-président socialiste de la commission des affaires économiques du Sénat.

« Il ne s’agit pas de nationalisations répondant à un objectif politique »

« Il ne s’agit pas de nationalisations répondant à un objectif politique comme celles faites sous François Mitterrand. Là, il s’agit plutôt de rassurer les actionnaires. En ce qui concerne Air France, ça pourrait être logique. L’Italie l’a fait avec Alitalia. Mais il faut que ces nationalisations soient faites à la demande des entreprises et que l’État s’engage à revendre sa participation, une fois la crise passée. Je ne vois pas pourquoi, par exemple, on nationaliserait une entreprise comme Renault. Il s’agirait d’une nationalisation d’opportunité, qui à mon avis, contreviendrait à la réglementation européenne. Et le gouvernement utilise le mot nationalisation. Il s’agirait surtout de garanties bancaires de l’État » veut croire le sénateur de Paris ».

« On s’arrangera avec l’Europe après. La concurrence libre et non faussée ne doit plus être l’alpha et l’oméga de la politique économique » lui répond indirectement Martial Bourquin.

Adrien Quatennens s’appuie sur des travaux du Sénat pour lancer l’idée d’une nationalisation des entreprises de l’industrie pharmaceutique

Sur RTL, ce matin, le député LFI, Adrien Quatennens est revenu sur la polémique autour des pénuries de masques et de gels hydroalcooliques qui touchent en premier lieu les personnels soignants, pour lancer l’idée d’une nationalisation des entreprises de l’industrie pharmaceutique. « La question d’un grand pôle public du médicament, c’est un combat que nous portons depuis longtemps. Il faudra aborder ces sujets, une fois la crise passée, dans le cadre d’un grand débat politique » approuve le sénateur communiste, Fabien Gay.

Adrien Quatennens s’appuie sur ce qu’il appelle « des commissions d'enquête » du Sénat devant lesquelles, selon lui, « certains laboratoires pharmaceutiques assumaient clairement l'idée qu'ils allaient jouer sur les prix, dans un cadre de tension sur le marché ».

« Je ne vois pas comment des laboratoires à capitaux internationaux pourraient être nationalisés »

À quelles commissions d’enquête de la Haute assemblée, le député de La France Insoumise, fait-il référence ? En décembre 2018, une mission d’information rendait son rapport sur la pénurie de médicaments. Son président, le sénateur socialiste, Yves Daudigny se souvient « avoir mis en évidence que les comportements de certains laboratoires relevaient plutôt d’un esprit commercial qu’éthique. C’est d’ailleurs le titre du rapport : ‘Replacer l’éthique de santé publique au cœur de la chaîne du médicament’. En France, les médicaments sont vendus à des prix qui sont inférieurs à ce qui se fait dans des pays comme l’Allemagne. Donc, on imagine que ces laboratoires privilégient la vente à des pays où les médicaments sont vendus plus cher. Mais nous n’avions pas parlé de nationalisation dans notre rapport. D’ailleurs, je ne vois pas comment des laboratoires à capitaux internationaux pourraient être nationalisés. Nous avions préconisé la mise en place d’un dispositif économique incitant à relocaliser la production de substances actives et de médicaments en France et en Europe » explique Yves Daudigny.

« Ça ne permettrait pas à la France d’avoir toute une gamme de médicaments produits sur son territoire »

Quelques années plus tôt, en 2010 c’est une commission d’enquête, cette fois-ci, sur la grippe H1N1 intitulée « Retours sur la première pandémie du XXIe siècle » qui remettait ses travaux. Son rapporteur, le président LR de la commission des affaires sociales du Sénat, Alain Milon, n’est lui non plus pas favorable à une nationalisation des firmes pharmaceutiques. « Ça ne permettrait pas à la France d’avoir toute une gamme de médicaments produits sur son territoire. Certaines recherches médicamenteuses coûtent tellement cher et concernent tellement peu de personne à l’échelle d’un pays, qu’il faut une production internationale ou au moins Européenne » explique-t-il à publicsenat.fr.

 

 

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