Corse : à quoi joue le gouvernement ? s’interrogent les sénateurs LR
Ce  mardi, au lendemain de l’annonce d’un « article spécifique consacré à la Corse » dans le projet de  révision constitutionnelle, la droite sénatoriale fait plus que s’interroger sur la volonté réelle du gouvernement de voir cette réforme aboutir, tant les lignes rouges se multiplient.

Corse : à quoi joue le gouvernement ? s’interrogent les sénateurs LR

Ce  mardi, au lendemain de l’annonce d’un « article spécifique consacré à la Corse » dans le projet de  révision constitutionnelle, la droite sénatoriale fait plus que s’interroger sur la volonté réelle du gouvernement de voir cette réforme aboutir, tant les lignes rouges se multiplient.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Hier soir, aux alentours de 21H,  Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse et Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, sortent de Matignon. Pas grand-chose à retirer de leur rencontre avec Édouard Philippe. « La position du gouvernement reste pour l’instant largement inconnue »  rapporte Gilles Simeoni, sauf sur un point essentiel qui aux yeux du Sénat pourrait précipiter l’échec de la réunion du Parlement en Congrès en vue de la révision constitutionnelle.

Et le Pays Basque ? Et la Bretagne ?

Il y aura bien un « article spécifique consacrée à la Corse dans la Constitution » se félicite le tandem exécutif insulaire. Au groupe LR du Sénat, premier groupe de la Haute assemblée, c’est le franchissement « d’une ligne rouge supplémentaire » de la part d’Emmanuel Macron. « L’inscription de la Corse, dans ces conditions, ne correspond pas à la réalité. J’ai beaucoup d’estime pour la Corse et qu’elle figure dans l’article 72, ce n’est pas un problème, mais qu’on en fasse un article spécifique….. Demain, le Pays Basque ? La Bretagne ? Qui sait, d’autres ? C’est une manière de traiter l’unité de la République assez étonnante » fustige Roger Karoutchi.

Fin janvier, le président du Sénat, Gérard Larcher, avait posé sa « ligne rouge » au sujet de la Corse, dont « le droit à la différenciation » ne pouvait se faire selon lui que dans le cadre  « de l’article 72 et uniquement de l’article 72 ».  L’article 72 de la Constitution concerne les collectivités territoriales, l’article 73 les départements et les régions d'outre-mer, l’article 74 les collectivités d'outre-mer…. Si tous les articles ont la même portée du strict point de vue du droit, consacrer à la Corse « un article spécifique », laisse penser que son habilitation à légiférer pourrait s’étendre à un certain nombre de domaines, comme le souhaite d’ailleurs l’Assemblée de Corse (voir notre article). En ce qui concerne le statut d’autonomie de l’île, et l’étendue de son habilitation à légiférer, Édouard Philippe n’a pour le moment rien laisser filtrer.

« C’est à se demander si ce n’est pas fait exprès »

Limitation du cumul des mandats dans le temps, réduction du nombre de parlementaires, limitation du droit d’amendement, statut de la Corse….. Pour la droite sénatoriale, toutes ces pistes lancées ces dernières semaines, interpellent sur la volonté réelle de l’exécutif de voir sa réforme constitutionnelle aboutir. « C’est à se demander si ce n’est pas fait exprès » s’interroge ouvertement le vice-président LR de la commission des lois, François-Noël Buffet. « Je ne sais pas qu’elle sera l’issue réelle (de la révision constitutionnelle) mais en tout cas, les difficultés s’accumulent et elles ne sont pas le fait du Sénat »

Pour le patron des sénateurs LREM, François Patriat, « la majorité sénatoriale est fidèle à elle-même et constante dans ses positions qui sont souvent des positions conservatrices. On parle des territoires mais est-ce qu’on écoute vraiment les gens ? » (…) « J’ai cru comprendre qu’il y a des gens qui sont dans le camp des progressistes dans ce pays, qui sont capables de dialoguer, de faire de la différenciation territoriale, de le faire intelligemment et de l’inscrire dans la Constitution de façon à ce que des expérimentations se fass

Des arguments que  le sénateur des Hauts -de-Seine, Roger Karoutchi a déjà parés. Il anticipe même sur l’issue du bras de fer entre le Sénat et le gouvernement. « Si on va au Congrès, avec tout ce qu’on dit sur le Parlement, ça ne passera pas. Si on va au référendum, comme on aura multiplié les sources de provocation et d’opposition, ça ne passera pas non plus. Est-ce qu’à terme, cela veut dire que le gouvernement se prépare à retirer sa réforme en accusant évidemment tous les conservateurs de la terre ? Je pense qu’il n’y a pas d’unité de la réforme et qu’elle risque de ne pas aboutir ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Suspension of session of Appeal trial of Marine Le Pen
2min

Politique

Procès en appel des assistants FN : le parquet requiert quatre ans de prison, dont un ferme, et cinq ans d’inéligibilité contre Marine Le Pen, mais sans application immédiate

Trois semaines après l’ouverture du procès en appel de Marine Le Pen et de dix autres prévenus dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national (devenu Rassemblement national), le parquet a présenté ses réquisitions ce mardi. En première instance, Marine Le Pen avait été condamnée à 4 ans de prison, dont 2 avec sursis, 5 ans d’inéligibilité avec exécution provisoire.

Le

Conference pour la relance economique de la ville de Paris
11min

Politique

« Manipulation », « coups de billard », « roue de secours » : la campagne des municipales se tend à Paris, alors que cinq candidats pourraient se retrouver au second tour

Un sondage, qui ouvre pour la premier fois la voie au maintien de cinq candidats au second tour, avec Sarah Knafo qui atteint les 10 %, pourrait « changer tout » à l’issue du scrutin. La candidate Reconquête devient « un caillou dans la chaussure de Dati », qui ne progresse pas, relève-t-on à gauche, alors que du côté de Pierre-Yves Bournazel, la tension est palpable, un élu Horizon l’accusant de vouloir « faire élire un maire de gauche ». Pour éviter la dispersion, les équipes de Dati et de Grégoire misent sur « le vote utile ».

Le

7min

Politique

Réintroduction de l’acétamipride : le sénateur Laurent Duplomb repasse à l’offensive

Après la censure du Conseil constitutionnel de certaines dispositions de sa proposition de loi l’été dernier, le sénateur Laurent Duplomb a déposé un nouveau texte au Sénat, soutenu par plusieurs groupes politiques. L’objectif : réintroduire, pour certaines cultures, deux insecticides néonicotinoïdes, en adaptant la copie aux réserves émises par les Sages. Une initiative dénoncée par les Écologistes.

Le