Alliance entre indépendantistes et autonomistes, démilitarisation du FLNC, discours attirant un vote "anti-système": l'élection de trois députés...
Corse: l’élection de trois députés, fruit de l’évolution du mouvement nationaliste
Alliance entre indépendantistes et autonomistes, démilitarisation du FLNC, discours attirant un vote "anti-système": l'élection de trois députés...
Par Julie Pacorel
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Alliance entre indépendantistes et autonomistes, démilitarisation du FLNC, discours attirant un vote "anti-système": l'élection de trois députés nationalistes corses est une victoire historique pour un mouvement dont le visage a été profondément modifié depuis quelques années.
"Eux qui utilisent le mot d'historique à tout bout de champ, cette fois, on ne pourra pas leur reprocher de festonner leur vocabulaire à l'excès", a reconnu Corse-Matin dans un éditorial publié lundi.
Une cinquantaine d'années après la naissance du mouvement dans l'île, et trois ans --quasiment jour pour jour-- après la démilitarisation du FLNC, c'est grâce à la coalition "Pé a Corsica" ("Pour la Corse") rassemblant les indépendantistes de Jean-Guy Talamoni et les autonomistes de Gilles Simeoni que les nationalistes vont envoyer trois de leurs représentants au Palais-Bourbon.
Pour Liza Terrazzoni, chercheuse à l'Ecole des Hautes études en sciences sociales (EHESS), c'est l'union stratégique de "deux tendances, l'une plutôt radicale, (...) et l'autre qui se dit modérée (...) qui entretiennent des relations vraiment ambivalentes".
"Le nationalisme a dépassé le monde politique", juge pour sa part Thierry Dominici, docteur en sciences politiques et enseignant à l'université de Bordeaux: "Plus que leur projet d'indépendance, c'est leur projet de société qui leur a donné cette victoire".
Michel Castellani (C), élu député de la coalition "Pé a Corsica", célèbre sa victoire avec Gilles Simeoni (G), président du conseil exécutif corse, et le maire de Bastia Pierre Saveli (2e D), le 18 juin 2017 à Bastia
AFP
Depuis 2010, dans des études de terrain, le chercheur assure avoir notamment relevé le vote nationaliste d'une "jeunesse déclassée", avec "plus de la moitié des 18-24 ans qui votent nationaliste". "C'est le même vote que dans les zones ultra-périphériques françaises: un vote anti-système", analyse-t-il.
Liza Terrazzoni souligne que la coalition a aussi séduit "les jeunes issus de l'immigration, sensibles à la rhétorique nationaliste sur l'identité, notamment comme moyen d'intégration dans une société cloisonnée". "L'idéologie nationaliste est très puissante", assure-t-elle, en 50 ans "ils ont opéré une véritable +corsisation+ des esprits".
- 'Nous avons rassuré les Corses' -
Au cours des dernières années, "la démilitarisation du FLNC a permis la +massification+ du vote nationaliste", rappelle également Thierry Dominici: "40 années de lutte ont amené au nationalisme modéré."
Fils d'Edmond Simeoni, considéré comme un des "pères" du nationalisme corse, Gilles Simeoni ne cache pas aujourd'hui son "bonheur", après "des décennies de clandestinité et de sacrifices".
A ses yeux, rappelle-t-il à l'AFP, la première victoire des nationalistes date déjà de 2010, lors des élections territoriales qui avaient vu les deux listes nationalistes, indépendantistes et autonomistes, alors concurrentes, totaliser 36% des voix et perdre. Cinq ans plus tard, leur alliance leur a permis de réaliser le même score, et de prendre la tête de la collectivité territoriale de Corse (CTC).
Michel Castellani, élu député de la coalition "Pé a Corsica" (G), et Gilles Simeoni, le président de l'exécutif corse, le 18 juin 2017 à Bastia
AFP
Entretemps, reconnaît aussi Gilles Simeoni, l'annonce de la fin de la lutte armée par le FLNC a "créé une nouvelle donne, en apaisant l'espace politique". "Depuis notre accession à la tête de la CTC en décembre 2015, nous avons fait la preuve de notre volonté d'être dans un changement démocratique, nous avons rassuré les Corses", estime-t-il aussi.
L'image de nationalistes autonomistes, modérés, au discours lissé, portée par la figure d'"homme providentiel" de Simeoni, a beaucoup oeuvré à la victoire de dimanche, abonde Thierry Dominici.
Dans cette mouvance modérée figurent notamment Jean-Félix Acquaviva, vainqueur dans la 2e circonscription de Haute-Corse, et Paul-André Colombani (2e circonscription de Corse-du-Sud). Michel Castellani, 71 ans, militant nationaliste de la première heure élu dans la 1e circonscription de Haute-Corse, appartient plutôt à la tendance indépendantiste, relève Liza Terrazzoni.
Prochaine étape pour les nationalistes corses: le vote attendu à la fin de l'année pour la collectivité unique de Corse, qui doit voir le jour en 2018 de la fusion de la collectivité territoriale actuelle et des deux départements de l'île.
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