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Coupes budgétaires, réforme de l’audiovisuel public, casse du Louvre… Le bilan en demi-teinte de Rachida Dati à la Culture

Après deux années passées rue de Valois, Rachida Dati a annoncé sa démission pour se consacrer pleinement aux élections municipales à Paris. Dans un contexte budgétaire difficile, retour sur un bilan largement marqué par l'échec de la réforme de l'audiovisuel public et le traumatisme du casse du Louvre.
Romain David

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Elle aura connu quatre chefs de gouvernement successifs, tenu deux ans, un mois et quatorze jours, plus qu’aucun autre ministre de la Culture sous Emmanuel Macron. Preuve, s’il en fallait encore, de l’opiniâtreté et de la détermination de Rachida Dati, que personne ne voyait rue de Valois, lors de sa nomination en janvier 2024. La candidate LR à la mairie de Paris a annoncé, mercredi soir, qu’elle avait remis sa démission au Premier ministre, après plusieurs semaines d’atermoiements, pour se consacrer pleinement aux trois dernières semaines de campagne dans la capitale. « Le combat de ma vie, c’est Paris ! Je veux dire aux Parisiens : je vais me battre pour eux, je vais me battre pour Paris. Je leur demande de me faire confiance. Je vais changer leur vie », a-t-elle déclaré au micro de BFM TV.

« Le chef de l’État l’a remerciée pour l’action utile qu’elle a déployée au service des Français ces deux dernières années et lui a adressé tous ses encouragements dans le combat qu’elle mène », indique un communiqué de la présidence. Imposée au Premier ministre Gabriel Attal par Emmanuel Macron, la nomination de Rachida Dati avait constitué la « surprise du chef » lors du remaniement de janvier 2024. Au point de fracturer la droite parisienne. Entre colère et sidération, certains élus avaient réclamé l’éviction de la candidate naturelle de la droite pour les municipales, quand d’autres y voyaient un moyen de rassembler LR et Renaissance dans la capitale. « La soupe est bonne Rachida Dati ? », avait notamment brocardé sur X le sénateur LR Max Brisson.

Arrivée au gouvernement, Rachida Dati n’a jamais mis de côté ses ambitions municipales, dans une forme de conversion pour le moins surprenante au « en même temps macroniste », alors que l’ancienne garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy déclarait encore, à la veille de la présidentielle : « Emmanuel Macron n’a pas de cap, pas de projet, pas de direction ». Mais peut-être aussi par opportunisme politique, le ministère de la Culture pouvant constituer un tremplin pour sa candidature parisienne, et lui permettre de se rapprocher d’influentes sphères culturelles dans la capitale, traditionnellement étiquetées à gauche.

Ramener la culture dans les territoires ruraux

« Je comprends que ma nomination puisse surprendre », avait concédé Rachida Dati lors de la passation de pouvoir avec sa prédécesseure Rima Abdul-Malak. « Moi, elle ne me surprend pas. Cette nomination répond à un véritable besoin, le besoin d’une France – souvent on dit ‘populaire’ avec un peu de mépris, je dois dire -, qui doit se sentir représentée ». À la rue de Valois, la lointaine héritière d’André Malraux n’a cessé de marteler sa volonté de ramener la culture vers les milieux et les territoires défavorisés.

En juillet 2024, elle annonce le plan « Culture et Ruralité », doté de 100 millions d’euros sur trois ans, pour soutenir le développement de la vie culturelle dans les campagnes, avec la rénovation de musées ruraux, des aides aux radios associatives, aux marchands de presse, aux libraires itinérants, ou encore aux scènes culturelles de proximité. Mais cette politique recycle aussi des dispositifs lancés avant son arrivée au ministère, comme le plan en faveur des fanfares.

Rachida Dati entretient un rapport ambivalent avec les milieux artistiques. En déplacement à Avignon l’été dernier, elle prend soin de snober le plus grand festival de théâtre du monde, une absence qui a été largement commentée. En janvier 2026, les organisations représentatives du spectacle vivant lui ont rendu la monnaie de sa pièce, en boudant les derniers vœux de la ministre au monde de la Culture.

Contraintes financières

Rachida Dati a été contrainte de piloter le budget de son ministère dans un contexte de grave crise des finances publiques. En comparaison à d’autres portefeuilles, elle a pu limiter l’hémorragie : la copie 2026 marque une baisse de 173,4 millions sur les 3,7 milliards d’euros du budget de la Culture. Néanmoins, les crédits consacrés au patrimoine historique ont chuté de 24 % depuis deux ans, une baisse inédite, selon un calcul du Canard enchaîné.

Seul texte d’envergure voté sous son ministère : le projet de loi sur les restitutions de biens culturels spoliés à d’autres Etats, mais qui avait été rédigé par sa prédécesseure. Adopté par le Sénat fin janvier, il doit encore être inscrit à l’ordre du jour à l’Assemblée nationale. En revanche, la réforme avortée de l’audiovisuel public restera comme le principal échec du bilan ministériel de Rachida Dati.

Le crash de la réforme de l’audiovisuel public

Depuis le premier mandat d’Emmanuel Macron, l’exécutif ne cache pas sa volonté d’optimiser les dépenses et de renforcer les synergies au sein du service public. La ministre pensait réussir là où ses prédécesseurs ont échoué, en faisant sienne une proposition de loi sénatoriale qui veut réunir, dans une même holding, le pilotage de France Télévisions, de Radio France et de l’Institut national de l’audiovisuel.

Mais Rachida Dati se heurte rapidement à l’opposition de la gauche. La crise politique ne lui facilite guère la tâche, l’examen du texte ayant été repoussé à plusieurs reprises, notamment après la chute du gouvernement Barnier. En parallèle, les rapports de la ministre et des équipes du service public se tendent, sur fond de grève à Radio France. Elle accuse notamment Sibyle Veil, la PDG de Radio France, de « caricaturer » la réforme. Point culminant de la séquence : son accrochage avec le journaliste Patrick Cohen, sur le plateau de « C à vous » sur France 5, le 18 juin 2026. Alors qu’elle est questionnée sur sa mise en examen pour corruption passive dans le cadre de l’affaire Carlos Ghosn, elle menace de déclencher une enquête contre son interlocuteur, à la suite d’accusations de harcèlement rapportées dans Mediapart.

Rejetée une première fois par l’Assemblée nationale fin juin, la réforme de l’audiovisuel public est adoptée deux semaines plus tard par les sénateurs mais aux forceps, après le déclenchement de la procédure de vote bloqué, et au terme d’un examen particulièrement houleux. Depuis la censure du gouvernement de François Bayrou et la nomination de Sébastien Lecornu, il n’a plus été question de réinscrire ce texte à l’ordre du jour. Et pour cause : le sujet est devenu trop éruptif pour les socialistes, désormais garants de la stabilité gouvernementale.

Le vol des bijoux de la couronne

Les derniers mois passés par Rachida Dati rue de Valois auront été marqués par le casse du Louvre, le 26 octobre, et le vol rocambolesque de plusieurs pièces historiques de joaillerie exposées dans la galerie d’Apollon, pour un préjudice estimé à 88 millions d’euros. « Si ce vol spectaculaire a eu lieu, c’est donc un échec pour tout le monde », reconnaît la ministre lors d’une audition au Sénat. Elle annonce un renforcement de la sécurité des établissements culturels et la mise en place d’une mission parlementaire pour plancher sur le sujet, mais aussi le lancement d’une enquête administrative sur la situation du Louvre.

Pourtant, la gestion de l’affaire a laissé une impression de tâtonnement. Rachida Dati a d’abord refusé la démission de Laurence des Cars, la présidente-directrice du musée. Mais un départ pouvant en cacher un autre, la conservatrice a fini par jeter l’éponge le 24 février, deux jours seulement avant que la ministre ne quitte le gouvernement. En début de semaine, Rachida Dati a également indiqué aux députés l’abandon de la mission de réorganisation du Louvre annoncée fin décembre, évoquant le conflit social qui agite l’institution.

Ce dossier, qui a laissé un goût amer d’inachevé, pourrait compliquer sa campagne municipale : il est devenu un angle d’attaque régulier de la part de ses adversaires. D’autant que le programme qu’elle défend ne comporte qu’une poignée de mesures au volet culture. Notamment l’élargissement des horaires d’ouverture des bibliothèques, la création de 2 000 places supplémentaires dans les conservatoires, un plan d’urgence pour la rénovation des églises, ou encore la création d’une « Villa Médicis du design » dans le centre de Paris.

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