Course contre la montre pour la « loi gilets jaunes » après l’adoption du budget 2019
L'Assemblée nationale s'est emparée jeudi des mesures censées répondre à la crise des "gilets jaunes" pour un examen express, après avoir adopté...

Course contre la montre pour la « loi gilets jaunes » après l’adoption du budget 2019

L'Assemblée nationale s'est emparée jeudi des mesures censées répondre à la crise des "gilets jaunes" pour un examen express, après avoir adopté...
Public Sénat

Par Ludovic LUPPINO, Charlotte HILL

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

L'Assemblée nationale s'est emparée jeudi des mesures censées répondre à la crise des "gilets jaunes" pour un examen express, après avoir adopté définitivement dans la matinée le deuxième budget du quinquennat.

Devant une centaine de députés, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a défendu aux côtés d'Agnès Buzyn (Santé) "des réponses rapides, fortes et concrètes" au mouvement en cours depuis plus d'un mois, "condition d'un apaisement" même si "cela ne suffira pas".

Le projet portant "mesures d'urgence économiques et sociales" comprend, en quatre articles, la défiscalisation des heures supplémentaires, une exonération élargie de hausse de CSG pour des retraités et la possibilité pour les entreprises de verser une "prime exceptionnelle" de 1.000 euros, exonérée de toutes cotisations sociales et d'impôt sur le revenu, pour leurs salariés rémunérés jusqu'à 3.600 euros. Plus de 200 amendements sont au menu.

Les Républicains, qui se sont émus comme d'autres groupes que certains de leurs amendements n'aient pas été retenus, voteront pour ou s'abstiendront en fin de soirée. Le président de la commission des Finances Eric Woerth (LR) a critiqué un "choc de dépenses non financées" et "un petit côté pompier pyromane" de la part du gouvernement qui crée selon lui "de nouvelles injustices" entre retraités ou smicards.

Le Rassemblement national envisage un vote favorable. A gauche, les socialistes ne s'opposeront pas au texte, contrairement au PCF et LFI qui ont dénoncé un "trompe-l’œil" et défendu en vain des motions préalables.

- destruction d'emplois? -

"Vous pensez que vous allez régler le problème avec quatre mesures et un grand débat (...) il ne vous restera qu'à croiser les doigts pour que les gens s'en contentent", a tonné le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon, lançant: "Vous allez avoir Noël aux ronds-points".

"Votre projet de loi répond à la règle des trois E: embrouille, entourloupe et emberlificotage", a raillé le communiste Pierre Dharréville.

Le numéro un de la CFDT, Laurent Berger, a aussi critiqué, jeudi dans Paris Match, des mesures qui "ne répondent pas à l'urgence économique et sociale" et risquent avec la défiscalisation des heures supplémentaires de détruire des emplois.

Les mesures
Les mesures "gilets jaunes" sur le pouvoir d'achat
AFP

Le projet de loi passera vendredi au Sénat, à majorité de droite, dont le président Gérard Larcher a souhaité "un vote conforme", ce qui permettrait l'adoption du texte avant les vacances parlementaires.

Les annonces sociales tous azimuts d'Emmanuel Macron pour répondre aux "gilets jaunes" ont bouleversé le programme des parlementaires, qui ont envisagé un temps de siéger pendant la trêve des confiseurs pour la première fois depuis 1979. Elles ont aussi rebattu les cartes budgétaires.

- "trop peu de Canadair" -

Jeudi matin, le Parlement a adopté définitivement le deuxième budget du quinquennat, comprenant baisses d'impôts et de la dépense publique, via un ultime vote de l'Assemblée. Il a été approuvé par 182 voix contre 52 et 3 abstentions, au terme d'un parcours tumultueux de quatre mois, allongé par un nombre record de quelque 10.000 amendements déposés.

Les oppositions ont très majoritairement voté contre. LR a dénoncé un budget "un peu virtuel", alors que les mesures annoncées par l'exécutif n'ont pas toutes été intégrées, et la gauche a fustigé un texte qui envoie "trop peu de Canadair" pour éteindre la colère des Français.

Même si le déficit passe la barre des 3%, le rétablissement des finances publiques "n'est pas négociable", a assuré le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.

Sur le terrain, les démantèlements de campements de "gilets jaunes" se sont poursuivis. Un manifestant a été tué jeudi matin, renversé par un camion près d'Agen, portant à 9 le nombre total de décès.

Christophe Castaner (Intérieur) a pointé la "responsabilité très grave" de ceux voulant poursuivre le mouvement, plaidant qu'"il faut que cela s'arrête". Quelle sera la mobilisation vendredi, jour où certains voudraient célébrer l'anniversaire d'Emmanuel Macron, et samedi pour les départs en vacances?

Sans attendre, le gouvernement a accordé une revalorisation salariale (pour 70 millions euros par an) pour la police, mise à "rude épreuve", qui commençait elle aussi à donner de la voix après avoir dû se mobiliser en masse lors des manifestations.

Exécutif et parlementaires de la majorité préparent activement l'étape d'après: le "grand débat" national qui doit commencer en janvier et devra déboucher "fin mars-mi avril" sur "des décisions très concrètes", selon le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. Mais sans "détricoter", assure la majorité, les décisions prises depuis 18 mois.

Partager cet article

Dans la même thématique

Illustrations – SUPERMARCHE – CARREFOUR EXPRESS
7min

Politique

Des produits sains vendus sans marge en grande surface : Que contient la proposition de loi de la sénatrice écologiste Antoinette Guhl ?

Face à la hausse du carburant et de l’inflation, les Français font des économies. Mais « la seule variable d’ajustement est aujourd’hui l’alimentation », alerte la directrice de Famille Rurale, Nadia Ziane. Pour lutter contre la précarité alimentaire, la sénatrice écologiste Antoinette Guhl propose une loi visant à garantir l’accès de denrées alimentaires saines à prix coutant, soit sans marge des distributeurs.

Le

Paris : French far-right Rassemblement National (RN) parliamentary session
3min

Politique

Sondage : Marine Le Pen creuse l'écart et s'installe en grande favorite à quelques mois de la présidentielle

Selon le dernier baromètre Odoxa-Backbone et Public Sénat, la candidate du Rassemblement national recueille 37 % des intentions de vote au premier tour, soit près de deux fois plus que ses deux poursuivants, Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe. Au second tour, elle l’emporterait largement face au leader insoumis (68 %) et plus modestement face à Édouard Philippe (53 %).

Le

Course contre la montre pour la « loi gilets jaunes » après l’adoption du budget 2019
5min

Politique

« J’ai bien peur du cauchemar » : Sébastien Lecornu pointe le contre-budget du RN et dénonce l’effort de « 18,4 milliards d’euros en 2031 » demandé aux collectivités

« Ces deux mandats macronistes nous lèguent 1300 milliards d’euros de dette supplémentaire », soit « plus de 400 millions d’euros par jour », a dénoncé la nouvelle présidente du groupe RN/UDR du Sénat, Edwige Diaz. Le premier ministre a pointé en retour l’effort demandé aux collectivités par le Rassemblement national. La sénatrice RN a démenti les chiffres, pourtant bien inscrits dans le contre-budget du RN.

Le