Covid-19 : “C’est une répétition générale, paradoxalement pas si sévère que ça”

Covid-19 : “C’est une répétition générale, paradoxalement pas si sévère que ça”

L’économiste Gaël Giraud, directeur de recherche au CNRS, était auditionné le 13 mai au Sénat. Il est revenu sur les stratégies envisageables pour relancer l’économie par la transition écologique après la crise liée au Covid-19 et sur le financement de cette relance par des politiques monétaires.
Louis Mollier-Sabet

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En visioconférence avec la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable (disponible en intégralité), Gaël Giraud plante le décor d’emblée : « Cette pandémie n’est certainement pas la dernière. Le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité vont provoquer la multiplication des pandémies du type Covid-19, mais aussi la malaria, l’anthrax ou la grippe espagnole ». D’où ce paradoxe pour l’économiste, qui voit cette pandémie comme « une sorte de grande répétition générale, finalement pas si sévère que ça », malgré le « bilan extrêmement lourd que nous avons en France ». Cela pourrait être bien pire aujourd’hui et le sera probablement demain, en somme.

Relocalisation de l’économie : « La pandémie a révélé l’extrême fragilité des chaînes d’approvisionnement internationales »

Une analyse « un peu effrayante » pour Hervé Maurey, le président de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable. La démonstration de Gaël Giraud est certes anxiogène, mais consiste aussi à convaincre les sénateurs que « cela n’aurait aucun sens de relancer l’économie française sans tenir compte des conséquences de cette crise, notamment en termes de réchauffement climatique ».

En fait, d’après lui, le coronavirus n’a fait que révéler des problèmes déjà existants et notamment liés au réchauffement climatique : « Ce n’est plus rentable de se délocaliser en Chine, on le fait maintenant dans le sud-est asiatique, qui va être frappé de plein fouet par le réchauffement climatique. […] La pandémie a révélé l’extrême fragilité des chaînes d’approvisionnement internationales. » Ainsi les problématiques de relocalisation de la production industrielle remises au goût du jour par le coronavirus ne disparaîtront pas. De manière générale, pour Gaël Giraud : « Nous sommes très vulnérables et il faut relocaliser une partie de l’économie. 

« Ce n’est pas la partie la plus simple, notamment pour les secteurs à faible concentration capitalistique », c’est-à-dire les secteurs qui fonctionnent avec beaucoup de main d’œuvre et peu de capital où le coût du travail est donc déterminant, concède-t-il. Mais « il faut conjuguer cet impératif de relocalisation industrielle en France avec la transition écologique ».

« Les grandes étapes de la transition écologique sont connues depuis longtemps »

Gaël Giraud déroule donc les étapes des plans de transition discutés, déjà, au sein du comité des experts pour le débat national sur la transition écologique, lancé par la ministre Delphine Batho en 2013. « La première étape est la rénovation thermique des bâtiments […] que l’Etat peut entamer demain matin, qui est parfaitement finançable et que j’avais déjà présenté au secrétaire-général adjoint de l’Elysée en 2014 », qui n’était autre qu’Emmanuel Macron. « Un certain nombre de banques et d’entreprises du BTP avaient à l’époque compris que c’était un projet intéressant pour eux » ajoute l’économiste.

« Le deuxième grand chantier est la mobilité verte » enchaîne Gaël Giraud. Dans son viseur, les moteurs thermiques : « Il n’y a aucune raison de remettre en production des voitures à moteur thermique. Il y a une question d’approvisionnement en lithium, la bonne nouvelle étant que nous avons suffisamment de lithium sur la planète pour les 50 prochaines années, même si tout le monde se met à la voiture électrique. ».

Enfin, Gaël Giraud évoque une piste pour la relocalisation de la production industrielle en France : « Il y a un certain nombre de métiers où nous ne disposons pas de la main d’œuvre qualifiée en France. Il faut lancer les formations. »

Gaël Giraud détaille les étapes d'un plan de transition écologique
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Financement de la transition écologique : « C’est quelque chose comme 50 milliards par an »

Interrogé sur le coût de ce plan de transition écologique par les sénateurs, Gaël Giraud a tenté de leur donner une idée des besoins de financement : « Si l’on veut mettre en œuvre un grand projet de transition écologique, c’est quelque chose comme 50 milliards tous les ans. »

D’après lui, la meilleure façon de financer ce plan resterait la politique monétaire, mais pas sous la forme de l’assouplissement quantitatif (quantitative easing) jusqu’ici mené par la Banque Centrale européenne. Cette politique consiste pour une banque centrale à racheter massivement des titres de dettes aux banques privées, afin que celles-ci fassent plus facilement crédit, notamment en période de crise financière. Gael Giraud reproche à cette solution de finalement « continuer à créer de la dette » et de passer par « les marchés financiers […] qui ne sont pas faits pour mener de politiques publiques ».

Ainsi l’économiste leur préfère une politique d’annulation directe de titres de créances publiques possédés par la Banque Centrale européenne : « Il ne s’agit pas d’annuler les créances possédées par des particuliers ou des acteurs privés » précise-t-il. Face aux critiques des pays du nord de l’Europe et notamment de l’Allemagne, son raisonnement est le suivant : « Ce qui fait la crédibilité des pays européens, ce ne sont pas les 80 milliards de fonds propres de la Banque Centrale, mais la santé économique des pays de la zone euro. » Il serait donc opportun de sacrifier « provisoirement » ces fonds propres « quitte à renflouer la Banque Centrale dans quelques années ».

Gaël Giraud s’est aussi montré plutôt favorable à la solution de « l’hélicoptère monétaire » évoquée par les sénateurs. On nomme ainsi le fait pour une banque centrale de créer de la monnaie et de la distribuer directement aux citoyens ou de financer directement des politiques budgétaires par la création monétaire. « C’est une possibilité, simplement, on ne peut pas tout faire en même temps » a-t-il précisé.

 

 

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