Covid-19 : le Sénat vote une taxe sur les assurances et l’e-commerce
Dans le cadre de l’examen du budget pour l’année 2021, la Haute assemblée a adopté des amendements instaurant une contribution exceptionnelle pour les gagnants de la crise sanitaire : les assurances et les entreprises de vente à distance. Des mesures votées contre l’avis du gouvernement.  

Covid-19 : le Sénat vote une taxe sur les assurances et l’e-commerce

Dans le cadre de l’examen du budget pour l’année 2021, la Haute assemblée a adopté des amendements instaurant une contribution exceptionnelle pour les gagnants de la crise sanitaire : les assurances et les entreprises de vente à distance. Des mesures votées contre l’avis du gouvernement.  
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Avec un chiffre d’affaires en hausse de 50 % depuis début novembre, le géant de l’e-commerce Amazon est un symbole, un miroir renversé face à la crise qui frappe les petits commerces. Le secteur de l’assurance figure, lui aussi, comme un gagnant de la crise avec une baisse des sinistres de 25 % « qui correspond à une réduction des prestations de 1,9 milliard d’euros pour les organismes ». Ce samedi, les sénateurs ont voté des amendements visant à instaurer des contributions exceptionnelles auxquelles ces secteurs devront se plier. Le gouvernement a néanmoins opposé un avis défavorable à ces deux mesures.

« Faire participer les assureurs à l’effort de soutien à notre économie, c’est un engagement que le Sénat a pris très tôt, dès le début de la pandémie », a rappelé le rapporteur général de la commission des finances. Jean-François Husson (LR) a, en juin dernier, déposé une proposition de loi comportant notamment la création d’un fonds d’aide à la garantie des pertes d’exploitation consécutives aux menaces et crises sanitaires graves (lire ici).

Le gouvernement n’ayant pas tenu compte de ces travaux, les sénateurs reviennent donc à la charge à l’occasion de l’examen du projet de loi de finances pour 2021. « La fédération française des assurances a tendance à ne pas réagir pour l’année 2020. On ne voit pas les primes baisser, au contraire, il y a plutôt une tendance à l’augmentation », soulève Jean-François Husson. En écho, plusieurs sénateurs remontent les témoignages de patrons inquiets de voir leur contrat d’assurance se durcir.

D’un côté à l’autre de l’hémicycle, l’amendement a reçu un fort soutien mais aussi quelques réserves. A droite, le sénateur de Paris, Philippe Dominati, a fustigé « un mauvais mécanisme » qui ouvrirait la boîte de Pandore : « On va endetter les Français et cette taxation va se répercuter sur les clients des assurances ». A gauche, c’est le sénateur communiste Pascal Savoldelli qui tique sur un article qui devrait selon lui aller plus loin. Avec son collègue, Éric Bocquet, ils ont déposé en vain un amendement visant à instaurer une taxe de 10 % sur les réserves de capitalisation des assurances pour les années 2021 et 2022.

Le ministre délégué auprès du ministre de l’Economie, Olivier Dussopt, s’est lui opposé à cette mesure arguant que l’effort du secteur de l’assurance était suffisant : « 4 milliards d’euros au total ». « C’est la raison pour laquelle le gouvernement n’a pas considéré comme opportun ni même justifié de procéder à un prélèvement particulier sur les assurances », a-t-il justifié.

Mais cela reste insuffisant pour Jean-François Husson. Son amendement prévoit donc d’instaurer, de façon exceptionnelle et pour la seule année 2020, une contribution acquittée par les assureurs afin de participer à l’effort de solidarité nationale. Un sous-amendement porté par le sénateur centriste, Vincent Delahaye, relève à 2 % le taux de la contribution exceptionnelle, temporaire, assise sur les primes versées au titre des contrats d’assurance dommages prévue par l’amendement de Jean-François Husson.

La contribution exceptionnelle touchant, cette fois, les entreprises de vente à distance représente 1 % du chiffre d’affaires réalisé par ces groupes. « Cette taxe sur le chiffre d’affaires n’a pas pour ambition de résoudre le déséquilibre structurel d’imposition entre acteurs du commerce physique et du commerce à distance, pour lequel une réforme tarde à être proposée », précise Jean-François Husson. Aussi cette contribution concerne seulement les grandes entreprises, « à savoir celles de plus de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires, qui ont réalisé, en 2019 comme en 2020, plus de la moitié de leur chiffre d’affaires au titre de la vente à distance ».

Une occasion manquée pour le sénateur communiste, Pascal Savoldelli, qui juge le seuil du 1,5 milliard d’euros trop haut ne touchant qu’Amazon et Cdiscount. Le gouvernement s’est également opposé à cet amendement.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le