Covid-19 : l’exemple des voisins européens montre qu’il est possible de rouvrir les musées et théâtres en France

Covid-19 : l’exemple des voisins européens montre qu’il est possible de rouvrir les musées et théâtres en France

Le Sénat a auditionné des responsables de musées européens de pays qui ont fait le choix de rouvrir, malgré l’épidémie. Résultat : tout va bien, grâce à un protocole sanitaire strict. « Aucun cluster n’a été signalé dans les musées en Belgique, lors de leur réouverture », souligne Alexandre Chevalier, du musée des sciences naturelles de Belgique.
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Pendant que les lieux de culture restent désespérément fermés en France, la comparaison avec d’autres pays européens laisse songeur. Plusieurs pays – Espagne, Italie, Belgique ou Suisse – ont fait le choix de rouvrir, entre deux confinements, à l’aide d’un protocole sanitaire adapté.

La mission d’information du Sénat pour l’évaluation des effets des mesures de confinement ou de restrictions, qui s’intéresse de près à la situation de la culture, a auditionné ce mardi matin plusieurs responsables de musées européens. Une audition qui fait suite à celle des directeurs de festivals en France ou des représentants du monde de la culture. L’objectif de la mission est clair : « Faire des préconisations, d’ici quelques semaines, sur la réouverture des activités culturelles en France », explique son président, le sénateur PS Bernard Jomier.

Une personne pour 10 m2

Ce qui n’a pour le moment pas été autorisé par le ministère de la Culture en France, est déjà possible chez nos voisins européens. A Madrid, Joan Matabosch directeur artistique du Teatro Real, explique que son institution a « mis en place en mai et juin un protocole sécurisé […] pour l’orchestre, pour le chœur », avec des « adaptations de la salle du théâtre, de répétition, de la fosse », etc. « Six épidémiologistes » suivent aussi le théâtre et font un point tous les 7 à 10 jours.

A Gand, en Belgique, Sarah Bastien, directrice générale administrative des six musées de la ville, raconte que « les musées étaient ouverts pour les visites individuelles, par groupe familial ou bulle social, avec des créneaux de visite, et une restriction d’une personne pour 10 m2 », et bien sûr avec masque.

« Les musées peuvent être des espaces sûrs, même en temps de covid-19 »

Résultat ? Tout va bien. « Les musées peuvent être des espaces sûrs, même en temps de covid-19 » soutient Sarah Bastien. La Belgique est pourtant l’un des pays au monde les plus touchés par l’épidémie, ramené au nombre d’habitants. « Aucun cluster covid n’a été signalé dans les musées en Belgique, lors de leur réouverture au mois de mai puis début décembre. Ça montre que nos mesures sont efficaces ou que les volumes sont suffisamment importants pour que des visiteurs puissent ne pas être infectés », ajoute Alexandre Chevalier, archéologue et préhistorien au musée des sciences naturelles de Belgique.

« Avec les mesures, on a eu aucun foyer. On a eu quelques fois une personne testée positive, mais elle a rarement passé le covid-19 à d’autres personnes », confirme Aviel Cahn, directeur général du Grand Théâtre de Genève. Même constat en Espagne : « Jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’incident » ou uniquement des « cas isolés », explique Joan Matabosch.

« Les décisions de réouverture de certains secteurs culturels sont des décisions politiques »

En Italie, les autorités sont beaucoup plus agiles et réactives, en fonction de l’épidémie. « Nous avons eu une fermeture de mars à juin, une réouverture jusqu’en novembre, une fermeture le 18 janvier, une nouvelle réouverture du 23 février jusqu’à aujourd’hui. Et nous serons fermés jusqu’au 6 avril », détaille Sylvain Bellenge, directeur général du Museo e Real Bosco di Capodimonte de Naples. Des perspectives de calendrier que n’ont pas les musées français. En Belgique, Sarah Bastien relève que « chaque musée fait son propre exercice des risques et crée ses propres mesures personnalisées ».

Pour Alexandre Chevalier, « les décisions de réouverture de certains secteurs culturels et de fermeture d’autres, sont des décisions politiques ». Pour décider, « on manque de données précises sur les transmissions du virus » dans ces établissements, « jusqu’à présent, beaucoup de décisions ont été prises au petit bonheur la chance… » ajoute-t-il, s’étonnant qu’on ouvre un musée mais pas un cinéma.

« On a investi un million d’euros pour la ventilation. Oui, c’est cher »

Ces réouvertures ont un coût important. « On a investi un million d’euros pour la ventilation. Oui, c’est cher », prévient l’Espagnol Joan Matabosch. Il souligne que tous les théâtres ne conviennent pas forcément à un protocole de réouverture, en raison de leur taille. Il ajoute : « L’investissement pour rouvrir, c’est cher. Mais fermer le théâtre est encore plus cher ».

« Fermer » ou « ouvrir, avec assez peu de visiteurs, économiquement, c’est une catastrophe dans les deux cas », estime pour sa part Sylvain Bellenge. « Il n’y a pas que le coût économique », note cependant Alexandre Chevalier, « il y a un coût social à la fermeture des institutions culturelles ».

Tous ces cas pourraient guider la France. C’est du moins ce qu’espère Bernard Jomier. « Le travail que vous avez fait va beaucoup nous inspirer », assure le sénateur PS, qui espère qu’il permettra peut-être de dépasser le « blocage français ».

Un concert-test à l’Accord Hotel Arena pour « évaluer le surrisque » lié à ce type d’événement

Au-delà des musées, autres sujets : celui des salles de concert. C’est Constance Delaugerre, virologue et cheffe de service à l’hôpital Saint-Louis, à Paris, qui est invitée à en parler. La professeure supervise le concert test qui sera organisé en avril à l’Accord Hotel Arena, dans la capitale, avec notamment le syndicat du Prodiss (Syndicat national des producteurs, diffuseurs, festivals et salles de spectacle dans le privé).

Alors que le ministère de la Culture n’a proposé qu’un protocole assis et distancié pour les concerts, l’idée est de tester un concert de 5.000 personnes en configuration debout, sans distance et avec masque. « C’est associé à un risque réel » de transmission, souligne la virologue. Mais il s’agit d’une expérimentation pour rassembler des « données ».

« Pass permettant de rentrer dans ces lieux accueillant du public »

« Nous avons réfléchi à un protocole sanitaire spécifique pour garantir l’absence de transmission » explique Constance Delaugerre. « Un dépistage en amont », avec tests antigéniques dans les 72 heures avant le concert, sera imposé aux volontaires, qui devront ne pas être vaccinés, pour observer la transmission et car « on s’adresse à un public jeune qui n’est pas dans la cible vaccinale des prochains mois ». Seuls les négatifs pourront participer à l’expérience. Un groupe sera ensuite tiré au sort pour aller au concert. L’autre groupe restera à domicile, pour comparer.

Pendant le concert, « un système de caméra » permettra de « regarder la bonne position du masque ». Précision utile : « Les chants et danses seront permis ». Or en chantant, une personne excrète davantage de virus. L’application Tous anti covid pourra être utilisée – mais pas obligatoire – pour scanner un QR code, qui dira si la personne est positive ou négative. Un résultat sur papier du labo sera aussi possible. « Ça pourra plus tard être utilisé comme un pass permettant de rentrer dans ces lieux accueillant du public », pense Constance Delaugerre, soit l’idée développée par le gouvernement. Elle imagine qu’on pourra « avoir un pass sanitaire pour se rendre » dans ce type de lieu.

L’observation des éventuels cas positifs sera faite sept jours après le concert. Voilà pour le protocole expérimental. « L’objectif est d’évaluer le surrisque lié à cet événement de fort risque », conclut la virologue. Si l’on regarde encore l’exemple de l’Espagne, il y a de quoi espérer. Un concert debout sans distance, mais avec 500 personnes, n’a donné aucun cas de covid-19 suite.

« En France, nous n’avons aucune perspective depuis plusieurs mois »

Pour Constance Delaugerre, cette expérimentation, qui n’a pas été lancée par le ministère mais par les acteurs du milieu, est essentielle. « En France, nous n’avons aucune perspective depuis plusieurs mois. C’est vraiment une difficulté pour le public et les professionnels. On voit que dans d’autres pays, il y a des ouvertures, des choses sont possibles » (voir vidéo ci-dessus). Elle ajoute :

La vie, ce n’est pas qu’aller travailler et éventuellement faire des courses.

La virologue rappelle que lors de la deuxième vague, une étude de l’équipe d’Arnaud Fontanet, de l’institut Pasteur, « a montré que les lieux culturels n’étaient pas des lieux de forte transmission du virus, par rapport aux restaurants ou aux salles de sport. Pour autant, aucune date de réouverture n’est possible ». Elle « espère » être « soutenue sur les concerts tests ». De quoi « donner des éléments pour que les ministères puissent permettre des réouvertures très encadrées. Il vaut mieux s’adapter et avancer, que de ne rien faire ».

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