Covid-19 : « Nous avons découvert les vraies précautions avec les élections municipales »

Covid-19 : « Nous avons découvert les vraies précautions avec les élections municipales »

D’après une étude scientifique publiée dans le journal le Monde le premier tour des municipales n’auraient pas accentué statistiquement la propagation du coronavirus. Une conclusion qui divise les sénateurs.
Public Sénat

Par Cécile Sixou

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Le vote du premier tour des municipales, le 15 mars dernier a-t-il accéléré la propagation du virus ? Non répond une étude du centre d’épidémiologie de l’hôpital parisien de l’Hôtel-Dieu paru dans le journal le Monde. « Ce n’est pas parce que les gens sont allés voter dans un département donné que la maladie s’y est propagée plus rapidement en matière d’hospitalisation », résume Jean-David Zeitoun, coordinateur de l‘étude. Le rendez-vous des urnes n’a pas eu d’impact sur la propagation du virus, une conclusion qui n’étonne pas le sénateur François Grosdidier : « Quand nous avons organisé le premier tour, nous avons mis en place beaucoup plus de gestes barrières, plus de précautions qu’il n’en était pratiqué sur l’ensemble de l’organisation des réunions, des déplacements, des activités commerciales ». Les élections ont été selon lui, le déclencheur d’une prise de conscience des Français, « Je vous rappelle que la veille des élections tout le monde allait au restaurant et ne prenait pas de précaution alors que nous avons, pour beaucoup, découvert les vraies précautions qu’à partir de l’opération électorale ». 

Patrick Kanner, le président du groupe socialiste au Sénat n’est pas du même avis, «  moi le jour des élections, j’ai fait le tour des bureaux de vote de mon canton, j’en ai vu une quarantaine, et j’ai vu comment cela s’est passé », selon lui, dans beaucoup de bureaux il n’y avait pas de masque et les gestes barrières n’étaient pas respectés « quand les élections se passent dans un gymnase, on peut mettre un mètre de distance entre les gens mais quand il faut voter dans une petite salle de classe, c’est impossible à respecter, et pour signer nécessairement, les électeurs se retrouvent à 30 ou 40 cm des assesseurs ». Pour lui c’est sûr, cette élection a accéléré la propagation, « il aurait fallu arrêter les élections 15 jours avant ».

Le cas des assesseurs « impliqués dans la vie locale »

L’étude n’exclut pas pour autant que des contaminations individuelles aient eu lieu, notamment des assesseurs. « De nombreuses informations rapportées par la presse ont fait état d’assesseurs contaminés, voire malheureusement décédés, et nos résultats ne contredisent pas ces cas individuels », explique Jean-David Zeitoun au journal le Monde. Pour le sénateur François Grosdidier « ils étaient là toute la journée et tous n’ont pas pris les mêmes précautions, je rappelle qu’elles paraissaient disproportionnées et exagérées par rapport à ce qui se pratiquait, donc c’est vrai que tout le monde ne l’a pas forcément respecté de la même façon avec la même rigueur dans les 36 000 communes de France », Une hypothèse que n’exclut pas non plus le sénateur communiste du Nord Éric Bocquet, «  comme tout mouvement de population, tout rassemblement, la propagation a pu se faire à ce moment-là et c’est vrai qu’il y a eu des cas de décès d’assesseurs ». Mais pour lui, ce premier tour n’a pas pour autant été un vecteur important de la propagation du virus, « on était à la veille du confinement et des précautions extrêmement sérieuses avaient été prises pour la tenue du bureau de vote, la distanciation, le gel, les gants, les stylos personnels ».

Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’institut d’études d’opinion IFOP, et coauteur de l’étude explique la contamination de certains assesseurs par leur participation active aux campagnes électorales. « Parmi les assesseurs, il y a une proportion généralement forte de personnes très impliquées dans la vie politique locale », difficile donc de savoir à quel moment ces personnes ont été contaminées, selon lui. En tout cas, ce sera certainement une des questions à laquelle devra répondre la commission d’enquête du Sénat, estime Éric Bocquet « ça a été l’un des temps forts, où des millions de gens se sont déplacés ».

Un second tour « faisable »

Pour les auteurs de l’étude, en revanche, le coronavirus a eu « un effet massif sur l’abstention », supérieur de 18 points par rapport à 2014. Une abstention qui n’a pas été plus forte dans les départements touchés par le covid comme le Grand Est que dans les autres départements « c’est le signe que le message de prévention a été reçu cinq sur cinq, partout en France » estime Jérôme Fourquet. L’abstention a en revanche été « générationnelle » selon l’étude « ce sont les personnes âgées, qui ont renoncé à aller voter ». Pour Éric Bocquet « les annonces d’Édouard Philippe la veille, de prise de précaution pour les plus de 70 ans et de la fermeture des cafés a rajouté de l’angoisse, il y avait un climat anxiogène » mais ce n’est pas la seule cause  «  les élections municipales n’échappaient pas à une baisse de la participation depuis 15, 20 ans, il y avait déjà un effritement de la participation ».

Pour François Grosdidier l’abstention sera l’un des enjeux du second tour : « ll faut que les personnes âgées qui votent massivement aux municipales soient pleinement rassurées sur l’efficacité des gestes barrières ». Un second tour également « faisable » pour Éric Bocquet, « enrichis de l’expérience du premier tour et de tout ce qui a été mis en place depuis deux mois, on est en capacité d’organiser dans les meilleures conditions possibles un second tour dans les 5 000 communes restantes ». Pour le sénateur communiste, cette étude aura certainement aussi l’effet de « libérer un peu les esprits pour un second tour ». Réponse lundi, c’est ce jour-là que le conseil scientifique rendra son avis sur le calendrier électoral et la tenue ou non d’un second tour.

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