Covid-19 : « StopCovid, c’est un caprice technologique »

Covid-19 : « StopCovid, c’est un caprice technologique »

Aux yeux de la sénatrice Marie-Pierre de la Gontrie, l’application StopCovid est un crash industriel prévisible et annoncé. Elle demande l’audition par la commission d’enquête sénatoriale sur la gestion des pandémies, de Cédric O. Le secrétaire d’État, chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques est celui qui a défendu, devant les parlementaires, le recours à cette application.
Public Sénat

Par Marion Vigreux

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La controverse existait avant son lancement. Trois mois plus tard, elle ne s’est pas éteinte. Elle est même relancée par des chiffres communiqués le 19 août par la Direction générale de la Santé.

Selon elle, depuis le 2 juin, seules 2,3 millions de personnes ont téléchargé l'application StopCovid - soit à peine 3 % de la population française -, et seulement 72 notifications de contacts à risque ont été recensées. Lancée le 27 mai, largement décriée, l'application a été supervisée par l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria).

Selon la sénatrice Marie-Pierre de la Gontrie, c’est un aveu d’échec pour la « start-up nation ». Elle se souvient d’ailleurs des réserves qu’elle avait émises dès le départ. « Avec le groupe socialiste, nous étions sceptiques sur la finalisation de StopCovid. Nous sentions bien que l’outil n’était pas prêt, que le cahier des charges n’était pas atteint. Et il y avait aussi une vraie inquiétude sur le traçage et le respect des données personnelles. »

De son côté, la Direction générale de la Santé, qui a repris la main dans ce dossier, réfute tout échec de StopCovid. « La question n’est pas de savoir si c’est un échec ou pas. C’est un nouvel outil, il est normal qu’il faille du temps et des ajustements avant que la population ne s’en empare », déclare-t-elle à Public Sénat.

« Un conte pour enfant »

Et pourtant, le 27 mai, l’Assemblée nationale puis le Sénat - malgré l'opposition des groupes socialistes, communistes et du RDSE - ont voté en faveur de l’application. Les parlementaires donnent ainsi leur feu vert pour l’utilisation de cet outil de traçage numérique qui vise à briser les chaînes de contamination. Devant les députés et les sénateurs, le secrétaire d’État Cédric O se montre rassurant, affirmant que l’État n’a accès à aucune donnée identifiante, que l’application est volontaire, anonyme, sécurisée et gratuite.

« Cédric O est parvenu à convaincre certains sénateurs, mais aussi le gouvernement, car le contexte a joué en sa faveur. À l’époque, nous étions encore dans un climat de peur. Et certains avaient envie de croire en l’efficacité de cette application, malgré nos doutes. Mais avec le recul, nous avons manqué de clairvoyance. L’outil n’était évidemment pas prêt. Et, désormais, les chiffres le prouvent ».

« Sur la problématique des données personnelles, il n’y a pas de sujet. L’État a été clair, l’application ne capte pas les données personnelles des individus qui téléchargent StopCovid », indique la Direction générale de la Santé. « Cet outil vise à sauver des vies. Il ne faut pas se tromper de combat. »

« Nous avons besoin de savoir pourquoi ça n’a pas marché »

La sénatrice socialiste demande à la commission d’enquête du Sénat d’auditionner Cédric O, dès la reprise des tables rondes, en septembre.

« Nous avons besoin qu’il nous explique pourquoi ça n’a pas marché. Quand est-ce qu’on arrête et, surtout, combien ça coûte à l’État ? Lui évoque plusieurs centaines de milliers d’euros en coût de fonctionnement. Ce n’est pas rien comme montant, et en même temps très flou. Nous avons besoin de transparence sur cet outil qui m’apparaît aujourd’hui comme un caprice technologique. »

Et la sénatrice de faire le parallèle avec le scandale des avions renifleurs qui avait marqué la fin de la présidence Giscard : « Nous ne sommes pas dans les mêmes proportions mais il y a des similitudes. Et je m’étonne d’ailleurs que Cédric O ait conservé son poste après le dernier remaniement ministériel. »

Déjà, le 10 juin, l’association anticorruption Anticor, agréée par le ministère de la Justice, critiquait le coût de l’application et alertait le parquet national financier sur des soupçons de favoritisme dans l'octroi à une filiale de Dassault Systèmes du contrat de maintenance.

La DGS veut le « réflexe StopCovid »

Si la Direction générale de la Santé renvoie la question du financement au secrétariat d’État chargé du Numérique, elle précise en revanche que l’abandon de StopCovid n’est pas à l’ordre du jour. Bien au contraire. « Des travaux d’adaptation sont en cours. À la rentrée, nous voudrions que les Français puissent suivre, via l’application, l’évolution de l’épidémie, que ce ne soit pas seulement un outil d’identification des cas. »

Une campagne de communication est également en préparation. « On souhaite que des familles, des classes ou même des entreprises aient le réflexe StopCovid », précise la DGS. « Car cet outil est fonctionnel. Plus il est téléchargé et plus il est utile. »

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