Avec les enjeux qui accompagnent la montée en puissance des plateformes, l’essor des créateurs indépendants, et le développement de l’intelligence artificielle, la commission de la culture et de la communication du Sénat a mis en place une mission d’information dotées des prérogatives d’une commission d’enquête sur les « zones grises » de l’information en ligne.
Le mois dernier, la mission avait auditionné trois créateurs de contenus d’information, Gaspard Guermonprez, Jean Massiet et Hugo Travers. « Ils ont attiré notre attention sur la fragilité économique d’un secteur très dépendant des plateformes et ne bénéficiant que très peu d’aides publiques », a rappelé, ce mardi, le président de la commission de la culture, Laurent Lafon en introduction de l’audition de Carine Fernandez et Émilie Le Guiniec, respectivement présidente et vice-présidente l’UMIC (l’union des métiers de l’influence et des créateurs de contenus).
Ce syndicat, créé en 2023, a pour but de structurer et professionnaliser les créateurs de contenus. « Ce sont plus de 30 000 créatrices et créateurs de contenus (à partir de 10 000 abonnés) que notre écosystème accompagne », a indiqué Carine Fernandez. Les créateurs de contenus d’information sont une catégorie « extrêmement minoritaire », même s’ils touchent « plus de 20 millions d’audiences cumulées », a-t-elle souligné évoquant une vingtaine de créateurs de contenus « info » qui vivent pleinement de leur activité.
Si un créateur de contenus ne peut être assimilé à un journaliste, l’UMIC a pour objectif de former « les 180 000 créateurs de contenus en France non spécialisés dans l’information à identifier les tentatives d’instrumentalisation géopolitique et de vérifier leur source, à distinguer l’opinion du fait », a poursuivi Carine Fernandez.
Une formation qui n’a pas eu lieu en 2026, faute de financements publics. En 2025, le fonds EMIF (European Media & Information Fund) avait permis à l’UMIC de former des agences et des créateurs de contenus sur les risques d’ingérence et sur la rigueur du traitement de l’information.
« L’Etat doit soutenir ce modèle pour garantir une information fiable »
« Le modèle de financement des créateurs de contenus d’information est considéré comme le « véritable angle mort ». « Ces créateurs sont fragiles et exposés par le manque de moyens structurels. Ils ne bénéficient d’aucun financement en amont de leurs contenus et ils dépendent entièrement des plateformes. L’Etat doit soutenir ce modèle pour garantir une information fiable », a plaidé la présidente de l’UMIC.
Émilie Le Guiniec insiste sur le fait que la « creator economy d’information », dépend aujourd’hui des plateformes et des collaborations des marques. « Compléter ces revenus par des aides publiques serait, pour nous, la clé d’une indépendance structurelle pour ces créateurs de contenus ».
L’UMIC évoque la piste du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) dont le soutien est actuellement orienté vers la fiction. « L’information fait aujourd’hui partie de la creator economy. Aujourd’hui, il y a seulement 3 millions d’euros que le CNC alloue à la creator economy alors qu’elle génère 43 millions de revenus grâce à une taxe ». De plus ces 3 millions font partie du « fonds Talent », suspendu par le CNC il y a quelques semaines, après les propos de la streameuse Ultia, nouvelle membre de la commission d’attribution des fonds, indiquant vouloir rejeter des projets portés par des créateurs d’extrême droite.
Quant au financement participatif mis en place par certains créateurs, « il ne permet pas une indépendance pleine et entière », note Émilie Le Guiniec.
Toutefois, l’idée d’une « labellisation » des médias, évoquée un temps par Emmanuel Macron est massivement rejetée par le secteur car considéré comme « un frein à, l’innovation ». « Nous préconisons un accompagnement souple qui serait fondé sur la charte d’un engagement éthique et déontologique que l’UMIC a déjà entrepris de rédiger », a-t-elle proposé.