Crimes sexuels sur mineurs : pourquoi le Sénat veut changer la loi ?
Portée par la sénatrice centriste, Annick Billon, la proposition de loi visant à protéger « les jeunes mineurs des crimes sexuels », en débat au Sénat ce jeudi, entend poser un « interdit clair » sur les relations sexuelles entre un adulte et un enfant. Pour cela, le texte fixe un seul d’âge de non-consentement de la victime. Explications.

Crimes sexuels sur mineurs : pourquoi le Sénat veut changer la loi ?

Portée par la sénatrice centriste, Annick Billon, la proposition de loi visant à protéger « les jeunes mineurs des crimes sexuels », en débat au Sénat ce jeudi, entend poser un « interdit clair » sur les relations sexuelles entre un adulte et un enfant. Pour cela, le texte fixe un seul d’âge de non-consentement de la victime. Explications.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Un jeune mineur peut-il avoir des relations sexuelles consenties avec un adulte ? La question semble stupide, choquante, pourtant elle n’est pas toujours tranchée dans les tribunaux. Comme en 2017, lorsque la cour d’assises de Seine-et-Marne avait acquitté un homme de 30 ans jugé pour le viol d’une fillette de 11 ans.

Comment une telle décision a-t-elle été rendue possible ?

Devant une cour d’assises, juridiction compétente pour juger un viol, le crime doit être constitué par un de ces quatre éléments : « Violence, menace, contrainte ou surprise » de la part de l’auteur. Ce qui a pu entraîner la requalification d’un viol en atteinte sexuelle. Un délit réprimant les relations sexuelles, y compris consenties, entre un majeur et un mineur. Une infraction punie de 7 ans d’emprisonnement devant le tribunal correctionnel contre 20 ans pour un viol.

La loi Schiappa de 2018 a introduit une « présomption de contrainte » sur les mineurs de moins de 15 ans. Les relations sexuelles avec un adulte ne sont pas considérées systématiquement comme un viol. Mais lorsque les faits seront commis sur la personne d’un mineur de quinze ans - « la contrainte morale ou la surprise pourront résulter de l’abus d’ignorance de la victime ».

« Aujourd’hui, en matière de crimes sexuels sur mineurs, nos lois sont perfectibles », expliquait la semaine dernière à publicsenat.fr, Annick Billon, auteure d’une proposition de loi visant à protéger « les jeunes mineurs des crimes sexuels », examinée par le Sénat, jeudi.

La question du consentement est-elle valable pour des jeunes mineurs ?

Vider les tribunaux des débats autour du consentement réel ou supposé de la victime, c’est ce que propose le texte d’Annick Billon en instaurant un seuil d’âge en dessous duquel une victime est considérée comme ne pouvant pas être consentante. Sa proposition de loi créée nouvelle infraction de crime sexuel sur mineurs dans le Code pénal. Le crime puni de 20 ans de réclusion criminel est constitué en cas de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’elle soit, commise par un majeur sur un mineur de moins de treize ans, dès lors que l’auteur des faits connaissait ou ne pouvait ignorer l’âge de la victime.

Ce n’est pas la première fois que la question d’un seuil d’âge de non-consentement est débattue au Parlement. Promesse de la ministre Marlène Schiappa et d’Emmanuel Macron, le seuil d’âge de 15 ans n’avait finalement pas été retenu dans la loi contre les violences sexuelles et sexistes de 2018.

Le Conseil d’Etat avait estimé qu’une présomption de non-consentement pouvait être comparée à une sorte de peine automatique, une présomption de culpabilité peu compatible avec les droits de la défense.

Par la création d’un crime spécifique commis sur des mineurs, le Sénat déplace l’approche subjective valable pour un viol sur majeur, (la victime était-elle consentante, y a-t-il eu violence, menace, contrainte ou surprise ?) à une approche objective (quel âge avait la victime au moment des faits ?).

13 ou 15 ans ?

C’est un débat qui occupera les sénateurs jeudi. Annick Billon préconise d’instaurer un seuil d’âge de non-consentement à 13 ans. Elle se calque sur l’âge à partir duquel un enfant peut se voir infliger une peine comme le placement en centre éducatif fermé. Si le juge considère qu’un enfant de moins de 13 ans n’a pas le discernement suffisant pour se voir infliger une sanction pénale, il n’en a pas non plus pour consentir à une relation sexuelle avec un adulte.

Les associations, comme Innocence en danger, demandent que le seuil d’âge soit fixé à 15 ans, soit l’âge de la majorité sexuelle. C’est également le souhait de la gauche du Sénat. Un amendement de la sénatrice PS Laurence Rossignol a été déposé en ce sens. « C’est plus protecteur pour les enfants âgés entre 13 et 15 ans. C’est d’ailleurs ce qu’on a vu dans l’affaire Olivier Duhamel où la victime avait 14 ans au moment des faits » explique-t-elle à publicsenat.fr.

L’inceste, un crime spécifique ?

L’affaire Olivier Duhamel a entraîné une vague de témoignages sur les réseaux sociaux sous le hashtag #Metooinceste. Cet interdit ne fait pourtant pas l’objet d’une infraction dans le Code pénal. A l’Assemblée nationale, une proposition de loi entend y remédier (voir notre article), au Sénat, le groupe socialiste a déposé un amendement à la proposition de loi d’Annick Billon. Il punit de 20 ans de réclusion criminelle une relation sexuelle incestueuse entre un majeur et un mineur de moins de 18 ans et ceci sans qu’il soit nécessaire de prouver qu’elle a eu lieu avec violence, contrainte, menace ou surprise.

Faut-il rendre imprescriptibles les crimes sexuels sur mineurs ?

La loi Schiappa a rallongé le délai de prescription en matière de viol sur mineurs de 20 à 30 ans. Ce délai court à compter de la majorité de la victime Les associations militent pour l’imprescriptibilité, aujourd’hui réservée aux crimes contre l’Humanité. Jeudi, par voie d’amendement, Annick Billon proposera dans l’hémicycle de l’allonger à 40 ans « pour ouvrir le débat ».

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Crimes sexuels sur mineurs : pourquoi le Sénat veut changer la loi ?
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le