Crise agricole : « Avec une vaccination massive, nous ne pourrions plus exporter », s’inquiète François Patriat

Opposition au Mercosur et poursuite de l’abattage de cheptel bovins : la crise agricole se poursuit sur le territoire, essentiellement dans le sud-ouest où les actions de blocages sont maintenues. Invité de la matinale de Public Sénat, le président du groupe RDPI au Sénat et ancien ministre de l’Agriculture, François Patriat, appelle à un moment d’accalmie de tous les acteurs. S’il salue l’action du gouvernement, il recommande cependant une meilleure prise en charge des pertes d’exploitation des agriculteurs.
Marius Texier

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Après une trentaine d’actions recensées dimanche qui a mobilisé 1 000 personnes, la crise agricole est montée hier en intensité avec pas moins de 45 actions sur l’ensemble du territoire et près de 3 000 personnes. Ils s’opposent à l’abattage systématique des troupeaux de bêtes affectés par la dermatose nodulaire contagieuse. Présente hier en Occitanie, épicentre des mobilisations, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a dit « entendre » la colère des agriculteurs. Elle a annoncé élargir le périmètre de la vaccination, présentant cette mesure comme un « infléchissement ».

« Cela permettra de faire passer l’abattage »

Pour François Patriat, ancien ministre de l’Agriculture et vétérinaire de profession, la vaccination systématique présente un risque pour l’exportation : les bêtes vaccinées étant considérées comme suspicieuses. « Avec une vaccination massive, nous ne pourrions plus exporter », s’inquiète le sénateur. « Si on n’exporte plus, c’est désastreux pour la filière ».

Dès lors, les agriculteurs se retrouvent dans une impasse, en particulier dans le sud-ouest de la France où parfois l’ensemble de leur cheptel est abattu. « Pour des raisons scientifiques, l’abattage systématique est recommandé », juge François Patriat. « Une vaccination peut être faite en parallèle, mais ceux qui proposent des alternatives qui n’ont pas de preuve sanitaire mettent en danger toute la filière ».

Ainsi, l’ancien ministre de l’Agriculture recommande au gouvernement une indemnisation plus juste des agriculteurs. « Sur les pertes d’exploitation, il y a mieux à faire. Cela permettra de faire passer l’abattage », juge-t-il. « De toute manière le ministère de l’Agriculture est un ministère en perpétuelle crise ».

« La signature de cet accord sera un échec européen »

Pour tenter d’apaiser la colère, le Premier ministre Sébastien Lecornu tient une réunion ce matin avec plusieurs ministres et préfets. Mais le chef du gouvernement est aussi pris par un autre sujet tout aussi inflammable : l’accord de libre-échange entre l’UE et les pays du Mercosur. Avec le président de la République, Sébastien Lecornu a réclamé à l’institution européenne le report du vote du traité avançant que les garanties françaises n’étaient pas respectées. Il espère encore rallier auprès de lui plusieurs Etats membres pour former une minorité de blocage.

« Sans la France, la signature du Mercosur serait déjà effective », réagit François Patriat qui se montre confiant pour la constitution d’une minorité de blocage. « La signature de cet accord sera un échec européen, car nous aurons signé pour seulement quelques avantages ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: discussion on the adoption of the special bill at the National Assembly
5min

Politique

Encadrement du temps de parole sur les réseaux sociaux : « Une très mauvaise réponse à une très bonne question » 

A travers une proposition de loi, le député Renaissance Paul Midy souhaite encadrer le temps de parole sur les réseaux sociaux durant les périodes électorales et leur appliquer des règles similaires à celles que respectent les médias audiovisuels. Le texte suscite un certain scepticisme, tant sur le plan juridique que sur le plan technique.

Le

Philippe
7min

Politique

Présidentielle : Edouard Philippe met en place son organigramme pour « élargir au maximum le socle » et dépasser Horizons

Le candidat à la présidentielle réunit les cadres d’Horizons, ce dimanche, à Reims, pour montrer qu’il est prêt, avec la mise en « place d’une architecture de campagne ». Mais il s’agit aussi de « passer à une autre phase » et « ne plus être simplement le candidat Horizons et le président d’Horizons », décrypte un proche, pour mieux s’adresser à l’ensemble des Français, dans la perspective de 2027, mais aussi accueillir de futurs soutiens…

Le

Controles au Poste Frontiere Franco-Italien de Menton
6min

Politique

Pacte européen sur la migration et l’asile : les sénateurs alertent le gouvernement sur le « défi logistique et financier » de sa transposition dans le droit français

A quelques jours de l’examen, au Sénat, du projet de loi habilitant le gouvernement à transposer par ordonnances le Pacte sur la migration, la commission des affaires européennes a remis plusieurs recommandations, ce jeudi 7 mai. L’occasion pour les élus de rappeler à l’exécutif son insatisfaction sur la méthode employée.

Le