Crise agricole : le gouvernement manque d’un « cap » et de « cohérence », selon Céline Imart

Numéro deux du parti Les Républicains pour les élections européennes, Céline Imart prône une agriculture productiviste et une simplification des normes pour tenter de sortir le secteur agricole du marasme.
Hugo Ruaud

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Désignée mi-février numéro deux sur la liste des Républicains pour les élections européennes, l’agricultrice Céline Imart, originaire du Tarn, figure médiatique du monde agricole, s’est rapidement plongée dans la campagne à l’occasion du Salon de l’agriculture. L’événement est l’occasion pour de défendre sa vision de l’agriculture, elle qui est membre de la FNSEA – le plus important syndicat agricole, et ancienne porte-parole d’un lobby céréalier. Quelques jours après l’ouverture chahutée du salon lors de la visite d’Emmanuel Macron, Céline Imart se dit déjà rassurée que « les choses se soient apaisées ». Pour l’agricultrice, « voir des CRS casqués dans les allées, au milieu des animaux et des agriculteurs, c’était du jamais vu ». Elle en est convaincue, c’est l’invitation de l’Elysée adressée aux Soulèvements de la Terre qui « a fait déborder le vase. C’était une véritable provocation pour le monde agricole ».

Les prix planchers, potentiellement « dangereux »

 

Mais au-delà de ces griefs concernant le déroulé du Salon de l’agriculture, Céline Imart, courtisée par tous les partis de droite avant de rejoindre LR pour les Européennes, critique surtout le manque de « cap et de vision » dont fait preuve selon elle le gouvernement. Elle observe même un « manque de cohérence » dans la méthode, entre celle exigée par Emmanuel Macron et celle promue par son Premier ministre, Gabriel Attal : « Gabriel Attal a dit aux agriculteurs que même s’il y avait 900 mesures de simplification proposées, il les examinerait. Emmanuel Macron arrive et dit qu’il en faut 4 / 5 pas plus. Ce n’est pas cohérent dans la méthode ». Un cap serait pourtant nécessaire aux agriculteurs pour sortir de la crise, explique Céline Imart, tant le monde agricole s’inscrit sur le long terme : « On fait une récolte par an, on rend une copie par an, on est sur du temps long. On n’est pas sur l’immédiateté des effets d’annonces. On fait des investissements qui nous engagent à 5, 10 ans », explique-t-elle, pour parler de son métier. Pour Céline Imart, la question du prix plancher – dispositif évoqué par Emmanuel Macron pour garantir un revenu décent aux agriculteurs – illustre parfaitement le flou qui entoure selon elle les réponses apportées par le gouvernement à la crise agricole. « On ne sait pas ce qui a été décidé, même dans le camp présidentiel », déplore-t-elle. « Si c’est de dire qu’on fixe un prix à nos producteurs, il y a un danger que le prix plancher devienne un prix plafond », avertit l’agricultrice, pour qui, employée en ce sens, ce dispositif serait « extrêmement dangereux ». Autre angle mort de la question du prix plancher soulevé par Céline Imart, l’enjeu de l’appliquer à l’échelle européenne, faute de quoi le prix plancher « renforcera encore la concurrence déloyale » : « Ce qu’on va gagner en prix, on va le perdre en volume puisque les distributeurs vont acheter à nos voisins », préjuge-t-elle, dans le cas de figure où le prix plancher ne serait appliqué qu’à l’échelle de la France.

Sortir du « mille-feuille normatif »

 

« On ne va pas berner les agriculteurs par des effets d’annonces », assure l’agricultrice, qui demande « des preuves d’amour » autant qu’un cap. Le sien, pour l’agriculture, est clair : produire plus, innover, balayer les normes. « L’agriculture doit assumer aujourd’hui de produire plus. Et de produire mieux. C’est non seulement compatible mais c’est aussi nécessaire et vital ». Un discours productiviste qui compte s’appuyer sur « des outils » tels que « la sélection variétale, l’intelligence artificielle, l’agriculture biologique ». Pour cela, Céline Imart souhaiterait « mettre la recherche, l’Inrae, les instituts, en ordre de marche vers un objectif commun, que ces outils arrivent dans toutes les cours de ferme ». Pour l’ancienne porte-parole d’Intercéréales, il n’y a pas d’alternative. Le productivisme et l’innovation sont la seule manière de « ne pas continuer ce plan social qui est à l’œuvre dans l’agriculture depuis 30 ans ». Sa méthode, libérale, prône également de sortir du « mille-feuille normatif complètement administré avec des réglementations hors sol ». « On vous fait confiance sur les moyens pour y parvenir » lance cette novice en politique comme si elle s’adressait aux agriculteurs. Derrière François-Xavier Bellamy, Céline Imart aura fort à faire pour convaincre le monde agricole de retourner dans le giron de la droite LR, à l’heure où Jordan Bardella semble avoir un temps d’avance en termes de popularité.

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