Crise agricole : « Les agriculteurs ont le sentiment justifié que le gouvernement et l’Union européenne ne veulent plus que l’élevage français prospère »,  pointe Jean-Philippe Tanguy

Invité de la matinale de Public Sénat, le président du groupe RN à l’Assemblée nationale a salué le « mouvement populaire » des agriculteurs. Tandis que les abattages et les vaccinations se poursuivent et que la signature de l’accord du Mercosur n’a jamais été aussi proche, les actions des agriculteurs français redoublent d’intensité. Hier, plus de 80 actions ont été recensées sur l’ensemble du territoire.
Marius Texier

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« Les agriculteurs ont le sentiment justifié que le gouvernement et l’Union européenne ne veulent plus que l’élevage français prospère », lâche Jean-Philippe Tanguy au micro de Public Sénat. Ce qui inquiète l’élu RN : un rapport de la Cour des comptes en 2023 qui préconise de réduire de 25 % le cheptel bovin français pour atteindre les objectifs climatiques. « C’est ce qu’il s’est passé avec la volaille et désormais la France importe plus de 50 % de sa consommation ».

Mais en ce qui concerne les abattages actuels, rien d’imputable aux objectifs climatiques, mais plutôt à la dermatose nodulaire contagieuse qui sévit sur l’ensemble du territoire et conduit à l’abattage systématique du cheptel en cas de détection. Comme le réclament les principaux syndicats agricoles, le gouvernement a mis en place un programme de vaccination massif avec plus de 700 000 vaccins.

« La politique d’abattage peut être entendue par la profession si vous l’avez consultée et respectée, mais cela n’a pas été le cas », regrette Jean-Philippe Tanguy qui reproche au gouvernement de ne pas répondre aux crises successives dans l’agriculture. « Lorsque vous envoyez au bout de quelques heures les gendarmes sur des pères de famille, il y a un problème ».

A Strasbourg hier, le président du RN Jordan Bardella a déclaré, à l’aide d’un mégaphone, être aux côtés des agriculteurs dans la crise. Qualifié par certains de récupération politique, Jean-Philippe Tanguy dément : « Il n’y a pas à récupérer le mouvement, c’est un mouvement populaire », explique-t-il. « C’est une profession qui est en train de mourir et ils doivent donc se faire entendre. Rien n’est fait pour eux. La loi Duplomb, réclamée par la profession, est passée dans la plus grande difficulté et le traité du Mercosur risque sûrement d’être adopté ».

« Des clauses bidons »

L’accord de libre-échange entre l’UE et les pays du Mercosur risque bien d’être le coup de massue pour les agriculteurs français. L’accord pourrait être adopté demain avant une ratification le 20 décembre prochain au Brésil par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Opposée, la France tente d’imposer ses garanties et de reporter le vote à 2026. Elle a déjà réussi à rallier l’Italie dans son camp.

« J’espère que la France s’oppose vraiment au traité. Emmanuel Macron a déjà changé dix fois de position. Devant les agriculteurs et les Français il est contre, mais avec le président Lula il est pour », s’inquiète Jean-Philippe Tanguy. « On va voir s’il parvient à mobiliser au niveau européen, mais les clauses qu’il demande sont bidons ». Pour rappel, la France réclame toujours des clauses de sauvegarde pour protéger la filière, des mesures miroirs pour le respect des normes européennes en vigueur et la mise en place d’un mécanisme de contrôle sanitaire. Mardi, les députés européens ont adopté certaines clauses de sauvegarde.

« Ces clauses ne fonctionnent pas, car elles reposent sur la possibilité de contrôler l’ensemble des produits qui arriveront sur le territoire. Or ce n’est pas possible », précise Jean-Philippe Tanguy. « Je reste fermement opposé aux accords de mondialisme et de libre-échange. Depuis 20 ans d’accords, est-ce que l’agriculture française va mieux ? », s’interroge le député. « Je ne crois pas ».

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