Crise autour de Fillon : Sarkozy joue « le faiseur de roi »
De plus en plus isolé, François Fillon continue sa campagne malgré tout. Mais après les défections des proches de Le Maire et de Juppé, Nicolas Sarkozy peut  espérer jouer un rôle dans la grave crise que traverse la droite en pleine campagne présidentielle.

Crise autour de Fillon : Sarkozy joue « le faiseur de roi »

De plus en plus isolé, François Fillon continue sa campagne malgré tout. Mais après les défections des proches de Le Maire et de Juppé, Nicolas Sarkozy peut  espérer jouer un rôle dans la grave crise que traverse la droite en pleine campagne présidentielle.
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C’est l’heure des grandes manœuvres. Acculé de toutes parts à se retirer, François Fillon n’entend toujours pas lâcher, malgré sa probable mise en examen le 15 mars prochain. Après les proches de Bruno Le Maire, les soutiens d’Alain Juppé ont fait défection massivement jeudi. Tous les regards se tournent maintenant sur ceux de Nicolas Sarkozy.

« Larcher se mure dans le silence »

Signe que l’heure est grave, l’ancien président de la République a reçu vendredi matin, sur leur demande, le président du Sénat Gérard Larcher, proche de François Fillon, et Bernard Accoyer. Pour eux, c’est clair : François Fillon peut difficilement se maintenir dans ces conditions. Si même les plus fidèles soutiens constatent l’impasse… Mais le président du Sénat ne dit rien pour le moment publiquement. « Il se mure dans le silence » note un sénateur LR.

Ces trois poids lourds de l’opposition ont réfléchi à la manière dont il faudrait « s'organiser très vite » si François Fillon se décidait à se retirer, a indiqué à l'AFP une source LR. « A la place qui est la sienne aujourd'hui, la seule chose qui préoccupe Nicolas Sarkozy, c'est le sort de la France et l'unité de sa famille politique », ajoute la même source.  L’ancien chef de l’Etat s’est aussi entretenu avec François Fillon par téléphone.

« Le décor change tous les jours »

On compte déjà quelques défections individuelles chez les sarkozystes. Gérald Darmanin a « honte de (sa) droite ». Nadine Morano a aussi décidé de lâcher le candidat et lui demande de se retirer. Elle « en appelle à son sacrifice personnel »…

Pour arrêter une position collective, les amis de Nicolas Sarkozy se retrouvent mardi matin lors d’un petit déjeuner, organisé par Brice Hortefeux et le sénateur Pierre Charon. Mais l’incertitude reste de mise. « Le décor change tous les jours » souligne un parlementaire sarkozyste. « Pour l’instant, on ne change pas d’avis vis-à-vis de Fillon, nous ne voulons pas aujourd’hui ajouter à la difficulté. Mais on regarde heure par heure. Les choses peuvent évoluer » ajoute un autre.

Certains, comme Roger Karoutchi, préfèrent encore rire que pleurer de la situation. « Je croyais que la prochaine saison de Game of Thrones était programmée cet été… Avec la campagne présidentielle on a avancé la diffusion… » écrit le sénateur des Hauts-de-Seine sur Twitter.

Nicolas Sarkozy, largement battu dès le premier tour de la primaire, peut aujourd’hui savourer une forme de revanche. « Le dernier souhait de Nicolas Sarkozy, c’est d’être le faiseur de roi. En soutenant jusqu’au bout François Fillon et dire "c’est grâce à moi". Ou en le lâchant au moment opportun et dire "c’est grâce à moi". C’est le dernier geste politique de Sarkozy » analyse un parlementaire LR.

Sondage favorable à Juppé

Dans la journée, un sondage Odoxa pour France 2 tombe à pic pour sceller le sort de François Fillon.  Le candidat LR est crédité de 19 % des suffrages, derrière Emmanuel Macron (27,5%) et Marine Le Pen (25,5%). Mais en cas de candidature d'Alain Juppé, ce dernier arriverait en tête avec 26,5% des suffrages devant Emmanuel Macron (25%) et Marine Le Pen (24%)…

Mais rien ne dit que François Fillon abandonne la partie. L’entourage d’Alain Juppé explique à l’AFP qu’il ne se « défilera pas » comme plan B, à deux conditions : si « François Fillon se retire de lui-même » et s'il obtient un soutien « unanime » de son parti. Or pas sûr que François Baroin ou Nicolas Sarkozy acceptent cette solution. Jusqu’ici, l’absence de plan B qui rassemble tout le monde a sauvé François Fillon. « La situation est catastrophique et désespérée, mais comme il n’y a pas de meilleure solution… » constate un sénateur. Tout dépendra donc de l’ancien Président, qui peut aider à débloquer la situation, s’il accepte la candidature de remplacement d’Alain Juppé.

La défaite face à Copé en 2012 peut expliquer l’abnégation de Fillon

Un autre facteur plus psychologique explique peut-être l’abnégation dont fait preuve le candidat. En 2012, François Fillon a eu le sentiment de s’être fait voler l’élection pour la tête de l’UMP face à Jean-François Copé. Devoir laisser la place aujourd’hui face à la pression judicaire et politique serait pour François Fillon un nouvel échec. On lui a volé l’élection une fois, mais pas deux. Alors malgré l’affaire qui l’affaiblit, il continue, coûte que coûte. « Fillon, c’est le type, on lui a tiré dessus et on l’a loupé… » résume un parlementaire LR.

Samedi, François Fillon tient un discours à Aubervilliers où il reparlera de son projet. Dimanche, ses soutiens sont appelés à une grande démonstration de force, place du Trocadéro, à Paris. Preuve que le dernier carré autour du candidat continue la bataille : vendredi, en fin d’après-midi, l’équipe de campagne du candidat envoyait son agenda pour la semaine du 4 au 9 mars. Comme si de rien n’était…

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