Crise des sous-marins : « En diplomatie, il faut savoir tourner la page », estime Christian Cambon
En septembre 2021, l’annonce par l’ancien Premier ministre australien de la rupture d’un contrat avec la France pour la construction de 12 sous-marins, à hauteur de 56 milliards d’euros, le « contrat du siècle », provoquait la colère de la France et un raz-de-marée diplomatique. En effet, l’Australie lâchait la France pour s’allier avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, dans ce qui a été nommé l’Aukus. Jean-Yves Le Drian parlait de « coup de poignard dans le dos ». Aujourd’hui, les relations se sont apaisées entre la France et l’Australie, et celle-ci se voit déçue dans ses espoirs d’être fournie en sous-marins avant 2040. Christian Cambon, président de la commission des affaires étrangères du Sénat, détaille les enjeux de cette nouvelle situation dans un entretien à Publicsenat.fr.

Crise des sous-marins : « En diplomatie, il faut savoir tourner la page », estime Christian Cambon

En septembre 2021, l’annonce par l’ancien Premier ministre australien de la rupture d’un contrat avec la France pour la construction de 12 sous-marins, à hauteur de 56 milliards d’euros, le « contrat du siècle », provoquait la colère de la France et un raz-de-marée diplomatique. En effet, l’Australie lâchait la France pour s’allier avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, dans ce qui a été nommé l’Aukus. Jean-Yves Le Drian parlait de « coup de poignard dans le dos ». Aujourd’hui, les relations se sont apaisées entre la France et l’Australie, et celle-ci se voit déçue dans ses espoirs d’être fournie en sous-marins avant 2040. Christian Cambon, président de la commission des affaires étrangères du Sénat, détaille les enjeux de cette nouvelle situation dans un entretien à Publicsenat.fr.
Mathilde Nutarelli

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Un an après la crise des sous-marins, l’eau a coulé sous les ponts, l’Australie a changé de Premier ministre et se trouve bien dépourvue, car elle n’a aucune date précise pour l’obtention de ses sous-marins, commandés aux Britanniques et aux Américains. En effet, les carnets de commandes de leurs chantiers navals sont pleins, ils ne pourront pas fournir l’Australie avant 2040, date à laquelle sa flotte sera obsolète. Une éventuelle aide de la France à l’Australie revient donc sur le devant de la scène. Ainsi, le 1er septembre, le ministre des Armées Sébastien Lecornu a reçu en France le nouveau ministre des Armées australien. Ils sont parvenus à un accord prévoyant l’aide de la France à l’Australie pour projeter des moyens militaires dans la région. Christian Cambon, président de la commission des affaires étrangères du Sénat, détaille les enjeux de ce nouveau rapprochement entre les deux pays dans cet entretien.

Que pensez-vous de l’apaisement des relations entre la France et l’Australie ? Faut-il que la France soutienne l’Australie, qui risque de retrouver en mauvaise posture ?

C’est une bonne chose. Le gouvernement qui nous avait joué un mauvais tour est tombé et le nouveau gouvernement élu nous a montré son amitié, car le premier déplacement du nouveau Premier ministre australien a été à Paris. Il y a manifestement une volonté de reprendre le dialogue et c’est très bien. En diplomatie, il faut savoir tourner la page. Aujourd’hui, tout peut revenir à la normale. Quand il y a une contre-performance, il faut reprendre le sujet et avancer.

Cet apaisement des relations est bénéfique tant pour eux que pour nous. Pour nous, parce qu’elle nous permet de rester une puissance dans l’Indo-pacifique. Pour eux, parce qu’ils ont besoin de notre présence. Les Australiens ont compris que les conséquences de leur choix funeste étaient lourdes, et qu’ils n’auront jamais leurs sous-marins américains. Il faut aider les Australiens s’ils en ont besoin.

Quelles leçons tirer de toute cette affaire, puisque manifestement il y a eu des loupés dans la gestion du contrat par les Français ?

Il y a eu indubitablement des choses que l’on n’a pas vues, mais pouvait-on les voir ? Peut-être aurions-nous dû être plus attentifs à quelques signaux ? Manifestement, on a raté quelque chose. Mais il est difficile de retracer une décision qui a été prise entre quatre ou cinq personnes.

La situation tendue de l’Europe et du bloc occidental avec la Russie a-t-elle changé les choses ?

Cela a changé les paradigmes. Il y a un axe qui se renforce entre la Russie et la Chine. Pour l’Australie, la Chine est à la fois son principal partenaire et son voisin le plus encombrant. Ils doivent donc être vigilants.
Les nouveaux rapports de force renforcent les vieilles alliances, et nous permettent de renouer de relations que nous n’aurions jamais dû rompre. D’autant que la France a des intérêts importants en Australie.

Quels sont aujourd’hui les enjeux de la France dans l’Indo-pacifique ?

La France a des intérêts économiques et stratégiques dans l’Indo-pacifique.
Elle y a 2 millions d’habitants et 7 500 hommes dans les contingents en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie. La France a également la deuxième plus grande zone économique exclusive au monde, notamment grâce à ces territoires dans l’Indo-pacifique.
C’est également une question stratégique, car la France en tant que membre du Conseil de sécurité de l’ONU se doit d’y être présente. Elle y a aussi de nombreux amis, comme l’Indonésie, le Japon ou encore la Corée, que je visiterai, et évidemment l’Australie, où Emmanuel Macron doit se rendre bientôt. Elle doit donc y avoir une présence constante, sur laquelle comptent ses alliés, comme l’Australie ou la Nouvelle-Zélande. Ils ont besoin de nous, avec leurs faibles moyens, comme l’a montrée la situation actuelle, et nous les avons déjà aidés par le passé.

Aujourd’hui, nous pouvons donc reprendre notre place de puissance du pacifique, d’autant que nous ne sommes pas dans une logique de confrontation avec la Chine.
 

Partager cet article

Dans la même thématique

Crise des sous-marins : « En diplomatie, il faut savoir tourner la page », estime Christian Cambon
5min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : Naïma Moutchou propose l’entrée de 1 500 à 1800 personnes dans le corps électoral en tant que conjoints de natifs 

Alors que se tiendra le 28 juin, les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement s’appuie sur une proposition de loi du Sénat pour parvenir à un consensus sur l’élargissement du corps électoral aux natifs de l’Archipel. Mais l’exécutif compte aller plus loin en y intégrant également leurs conjoints. Auditionnée mercredi par la commission des lois du Sénat, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou s’est vu opposer une fin de recevoir par les élus. 

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
8min

Politique

Gérald Darmanin recule sur le plaider-coupable : « Un mauvais service rendu aux victimes », dénonce la rapporteure du texte au Sénat

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a, largement, revu à la baisse la portée du dispositif de plaider-coupable, la réforme phare et controversée de son projet de loi sur la justice criminelle, adopté au Sénat le mois dernier. Face à la pression des avocats, le ministre propose désormais d’exclure du dispositif tous les crimes sexuels et l’ensemble des crimes passibles de la cour d’assises. « Certains se servent des victimes contre l’intérêt », dénonce Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat et co-rapporteure du texte.

Le

Hearing of French billionaire and majority shareholder of the Canal+ media group Vincent Bollore at National Assembly
7min

Politique

L’offensive de Vincent Bolloré sur le septième art

À la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, une tribune signée par près de 600 professionnels du cinéma dénonce l’extension de l’influence de Vincent Bolloré dans le septième art. L’entrée de Canal+ au capital d’UGC ravive les craintes autour de la concentration des médias et d’une possible emprise idéologique sur la création culturelle française.

Le