Sébastien Lecornu et Emmanuel Macron lors d’une cérémonie marquant le 81e anniversaire de la libération de Bormes-les-Mimosas le 17 aout 2025. Crédit : Alain Robert/SIPA
SSébastien Lecornu et Emmanuel Macron lors d’une cérémonie marquant le 81e anniversaire de la libération de Bormes-les-Mimosas le 17 aout 2025. Crédit : Alain Robert/SIPA

Crise politique : démission, dissolution ou cohabitation, les scénarios réclamés par les différents partis pour sortir de l’impasse

Entre appels à la démission d’Emmanuel Macron, demande de dissolution ou plaidoyer pour une cohabitation avec le chef de l’Etat, les propositions fusent dans le paysage politique pour tenter de sortir de la crise politique. On fait le point, parti par parti.
Louis Dubar

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Dans une séquence imprévisible, les appels à « sortir de l’impasse » se multiplient. Démission du chef de l’État, dissolution de l’Assemblée, cohabitation imposée par le Parlement… chaque camp avance sa propre issue pour tenter de ramener de la stabilité après le départ précipité de Sébastien Lecornu. Tour d’horizon des scénarios désormais sur la table.

Une démission du président de la République

Impensable il y a encore quelques semaines, l’hypothèse d’une démission d’Emmanuel Macron prend désormais de l’épaisseur depuis le départ de Sébastien Lecornu. Même au sein du camp présidentiel, elle est désormais ouvertement évoquée. Sans prononcer le mot, Édouard Philippe, président d’Horizons, a appelé sur RTL le chef de l’Etat « à organiser une présidentielle anticipée », jetant par la même un pavé dans la mare au sein du bloc central.

En attendant une éventuelle élection, le maire du Havre suggère au président de nommer un Premier ministre chargé d’expédier les affaires courantes et de préparer le budget 2026. « On ne va pas faire durer ce que nous vivons depuis six mois pendant encore dix-huit mois, c’est beaucoup trop long », prévient Édouard Philippe.

Mais c’est à gauche de l’échiquier politique que cette option trouve le plus de soutien. « Il faut répondre à cette situation au cœur du problème, c’est-à-dire en revenir à la question de la légitimité du président de la République », a déclaré Jean-Luc Mélenchon lors d’un point presse organisé lundi. Pour concrétiser cette démarche, le leader insoumis mise sur une motion de destitution, déposée début septembre, qui doit être examinée mercredi par le Bureau de l’Assemblée nationale. Le texte, signé par 104 députés, réunit l’ensemble des élus LFI, ainsi que plusieurs députés écologistes, communistes et ex-Insoumis.

Une dissolution de l’Assemblée nationale

À l’extrême droite, le retour aux urnes s’impose comme la seule issue à la crise politique, un peu plus d’un an après la dernière dissolution. Sur Franceinfo, Sébastien Chenu affirmait lundi matin, avant même l’annonce du départ du gouvernement Lecornu, que « l’objectif était d’obtenir une dissolution ». « On veut une autre politique pour le pays et pour cela, il faut dissoudre l’Assemblée nationale et demander aux Français de donner une majorité », expliquait l’élu du Pas-de-Calais.

Même ligne du côté de Marine Le Pen, pour qui le temps du compromis est révolu. « On est au bout du chemin, il faut arrêter. Ministres de droite, ministres de gauche, on arrête, et ce sont les Français qui doivent décider », a-t-elle déclaré lundi. Un message repris par le président du parti, Jordan Bardella, qui estime qu’il ne peut y avoir de stabilité retrouvée sans un retour aux urnes. « Nous considérons que tout gouvernement, aussi macroniste soit-il, n’aura aucune légitimité pour agir. Plus le président de la République patiente, plus il prend le risque de lasser la France sans budget et de prolonger l’instabilité », a-t-il défendu.

À gauche, le ton est plus mesuré. « Il y a fort à parier que de nouvelles législatives ne régleraient rien », prévient dans Libération la sénatrice écologiste Mélanie Vogel, qui appelle plutôt à une issue politique négociée qu’à un nouveau scrutin risqué.

Une cohabitation de gauche ou de droite

Après l’échec d’un troisième Premier ministre issu du socle commun, le Parti socialiste appelle à un changement de cap. « Nous n’appelons ni à la dissolution, ni au départ du chef de l’État. Nous appelons (…) à la nomination d’un Premier ministre issu de la gauche, ouvert au compromis, et s’engageant à ne pas utiliser le 49.3 », a déclaré Pierre Jouvet, secrétaire général du PS, à l’issue d’une réunion du bureau national, lundi.

Dans le même esprit, Marine Tondelier a plaidé pour la nomination d’une personnalité de gauche à Matignon, « pour accomplir (…) la cohabitation, celle que demandaient les Français en votant massivement il y a maintenant un peu plus d’un an », a affirmé la cheffe d’Europe Écologie-Les Verts.

Une position réaffirmée mardi matin dans un communiqué commun signé par le PS, les Écologistes, le PCF, GRS, L’Après, Génération écologie et Debout, à l’issue d’une rencontre entre les formations de gauche. « Nous appelons le président de la République à nommer enfin à Matignon un Premier ministre qui composera un gouvernement de gauche et écologiste », y écrivent les signataires.

De son côté, le patron des Républicains, Bruno Retailleau, plaide lui aussi pour une recomposition politique, mais sur un tout autre équilibre. « Il faut un gouvernement de cohabitation, pas une fusion avec le macronisme », a-t-il déclaré sur CNews, un avis partagé dans son camp, notamment par Roger Karoutchi. « Je ne considère pas que le socle commun soit fini, nous avons gouverné avec François Bayrou donc ce n’est pas le sujet d’avoir un Premier ministre républicain ou du socle commun, mais c’est de savoir sur quel projet, pour quoi faire et si on a une liberté totale », affirme le sénateur des Hauts-de-Seine.

Ni démission, ni présidentielle anticipée

S’il a reconnu ne plus comprendre les décisions du chef de l’État, Gabriel Attal s’est gardé de rejoindre les voix du camp présidentiel réclamant un départ d’Emmanuel Macron. « Nous ne mêlerons jamais nos voix à ceux qui appellent matin, midi et soir à la démission du président de la République et à une présidentielle anticipée », a affirmé l’ex-premier ministre, estimant que « si un président démocratiquement élu et légitime pour aller au bout de son mandat peut être poussé à la démission, c’est tout notre équilibre démocratique qui serait fragilisé ». Pour autant, Gabriel Attal plaide de nouveau pour la nomination d’un négociateur, chargé de créer les conditions d’un nouveau gouvernement, et insiste sur la nécessité de « partager le pouvoir » entre les forces politiques.

Une idée partagée par d’autres figures de l’ex-socle commun, à commencer par Marc Fesneau, patron des députés MoDem à l’Assemblée nationale. « Ce qui fait chuter les gouvernements, ce n’est pas le président de la République, mais notre incapacité à trouver un accord à l’Assemblée nationale », souligne-t-il. Avant de rappeler : « Il suffit d’être 289 à s’entendre sur un budget. Chercher son impuissance sous prétexte que d’autres entraveraient votre action est injuste : si elle le veut, l’Assemblée a le pouvoir. »

Un appel au compromis parlementaire partagé également par le groupe Liot, pour qui « la solution se trouve dans nos mains, ici à l’Assemblée nationale ». Dans un communiqué publié mardi, ses députés ont exhorté les présidents de groupe de « l’arc républicain » à se réunir en urgence avant mercredi soir afin de dégager « des solutions de compromis » sur le budget et d’éviter l’enlisement politique.

(Avec AFP)

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