Crise politique entre l’exécutif et le Sénat après sa décision sur l’affaire Benalla
Le gouvernement accuse le Sénat de se transformer en « tribunal politique » après sa décision de transmettre à la justice les cas de trois proches d’Emmanuel Macron. Le premier ministre a boycotté les questions d’actualité et le président de l’Assemblée, Richard Ferrand, a annulé un déplacement avec Gérard Larcher.

Crise politique entre l’exécutif et le Sénat après sa décision sur l’affaire Benalla

Le gouvernement accuse le Sénat de se transformer en « tribunal politique » après sa décision de transmettre à la justice les cas de trois proches d’Emmanuel Macron. Le premier ministre a boycotté les questions d’actualité et le président de l’Assemblée, Richard Ferrand, a annulé un déplacement avec Gérard Larcher.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

A la veille du bureau du Sénat, une zone de turbulence était annoncée. Nous sommes aujourd’hui en pleine tempête. Après la décision du bureau de la Haute assemblée de transmettre à la justice les cas de trois proches d’Emmanuel Macron, la situation se mue en crise politique entre l’exécutif et le Sénat.

Gérard Larcher « en guerre contre personne »

En début d’après-midi, le président LR du Sénat, Gérard Larcher, a pourtant tenu à mettre les choses au clair : « Je ne suis en guerre contre personne. Pas contre l'Elysée et personne d'autre. Le sujet est d'une autre nature. C'est simplement l'application du droit, rien que le droit, tout le droit », déclare-t-il. « J'insiste parce que j'entends déjà qu'on aurait des déclarations de guerre, qu'une fois encore on aurait outrepassé la Constitution. Non, pas du tout, nous avons simplement effectué la mission de contrôle » et ceci « dans le respect des personnes ».

Dans son rapport sur la demande de transmission, présenté ce jeudi matin, la sénatrice centriste Valérie Létard a beau faire le distinguo entre d’un côté Alexandre Benalla, Vincent Crase et Patrick Strzoda, directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, pour qui il y a « suspicion de faux témoignage constitué », et de l’autre Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Elysée, en partie dédouané, tout comme le général Lavergne. L’exécutif a pourtant fondu sur le Sénat. La contre-attaque généralisée a été décrétée.

Griveaux : « L’assemblée des sages, son bureau, s’est muée en tribunal politique »

En début d’après-midi, juste avant 15 heures, on apprend d’abord que le premier ministre Edouard Philippe boycotte les questions d’actualité au Sénat. Un fait rarissime pour marquer son désaccord avec la décision du bureau. Edouard Philippe a parlé à Gérard Larcher « pour lui en donner les raisons » a fait savoir un conseiller de Matignon à l’AFP.

Au même moment, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, donne sa première réaction depuis la Salle des conférences, au Sénat. « On est dans une instrumentalisation à des fins politiques » dénonce-t-il d’abord sur Public Sénat. « C’est politiquement bas et moralement grave ». Devant une forêt de micros, il ajoute ensuite : « L’assemblée des sages, son bureau, s’est muée en tribunal politique ».

Affaire Benalla : le Sénat est dans un « coup politique » dénonce Griveaux
02:57

Richard Ferrand dénonce l’utilisation « des fonctions de contrôle parlementaire à des fins politiques »

Quelques minutes après, un communiqué de Richard Ferrand, président LREM de l’Assemblée nationale, tombe. Il annule son déplacement prévu le lendemain avec Gérard Larcher, à Science Po Lille, et dénonce l’utilisation « des fonctions de contrôle parlementaire à des fins politiques ». « On ne peut simultanément abaisser et promouvoir le Parlement », dénonce le député, alors que l’événement devait « expliquer le fonctionnement des institutions parlementaires ». Un peu plus tard dans la soirée, Richard Ferrand dénonce dans Le Figaro « une attaque d'une agressivité inédite ».

Au même moment, le député LREM Sacha Houlié, qui n’est pas à sa première déclaration hostile à l’égard de la Haute assemblée, tweete : « Coup de force du Sénat qui s'érige accusateur public. La confusion des genres est totale. Sa méprise sur son rôle est une forme de déconnexion. Celle-ci devra être traitée »… 

« C’est l’artillerie lourde. On fait au Sénat un procès en sorcellerie ! »

Un peu plus loin, François Patriat, patron des sénateurs LREM, discute Salle des conférences avec Hervé Marseille, le président du groupe Union centriste. Le sénateur UDI a milité contre la transmission des proches du chef de l’Etat. Interrogé, François Patriat en remet une couche. « La rancune politique l’a emporté » accuse le sénateur LREM, « c’est un règlement de compte politique après une défaite pas digérée des LR et PS ». Il dénonce, comme un peu plus tôt Hervé Marseille, « une alliance de circonstance entre LR et les socialistes ». Dans un communiqué, les sénateurs LREM s'étonnent ensuite que la commission des lois se fasse « "plaisir" dans "l’affaire Benalla" » mais refuse « d’ouvrir une procédure d’enquête sur les actes de pédocriminalité dans l’institution épiscopale ». Un sénateur de la majorité sénatoriale, lui-même opposé à la transmission au parquet, fait du président de la commission des lois le responsable de la situation. « Philippe Bas a pris en otage le bureau et le président du Sénat », lance-t-il.

Patrick Kanner, président du groupe PS, s’étonne de son côté des tirs croisés venus de l’exécutif. « C’est l’artillerie lourde. On fait au Sénat un procès en sorcellerie ! Pourquoi autant de fébrilité ? » demande le sénateur PS du Nord.

C’est peut-être la guerre, mais pas nucléaire

Assis sur l’un des fauteuils en velours rouge du Palais de Marie de Médicis, le sénateur LR Roger Karoutchi, préfère endosser les habits du sage, face au tumulte ambiant. « Au final, le parquet fera ce qu’il voudra. C’est une tempête dans un verre d’eau ». Si la majorité sénatoriale se retrouve aujourd’hui divisée entre LR et centriste, il ne s’en inquiète pas. « De là à dire qu’il y aura crise au Sénat… Il en a vu d’autres. Ça va se tasser » tempère le sénateur des Hauts-de-Seine. Il ajoute : « Et après les européennes, il y a les municipales. Tout le monde va se rabibocher ».

Après les QAG, le ministre en charge des Relations avec le Parlement, dénonce aussi au micro de Public Sénat une « décision de nature politique ». Mais ce membre du Modem calme un peu le jeu. « Moi, je suis un ministre des relations avec le Parlement qui croit, par fonction et conviction, à l’utilité du bicamérisme ». L’exécutif n’en est pas au point de souhaiter la transformation du Sénat en Bundesrat ou sa fusion avec le Conseil économique, social et environnemental. C’est peut-être la guerre, mais pas nucléaire. Reste à voir si la décision du bureau va maintenant compliquer la réforme constitutionnelle. Elle va se jouer entre l’Elysée et Gérard Larcher.

Partager cet article

Dans la même thématique

Crise politique entre l’exécutif et le Sénat après sa décision sur l’affaire Benalla
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le

Documentaire De Gaulle, histoire d’un géant de Jean-Pierre Cottet
4min

Politique

Comment de Gaulle a construit l’image de la France dans le monde

États-Unis, Allemagne mais aussi Sénégal quand le monde apprend la démission du président de Gaulle en avril 1969, c’est une onde de choc politique. Celui qui était au pouvoir depuis 1958 avait en effet tissé des liens avec le monde entier. Construction d’une politique européenne pour se préserver notamment de l’influence de l’Amérique, décolonisation… Charles de Gaulle avait imprimé sa marque, ses opinions en matière de politique étrangère, laissant ainsi son héritage. C’est l’un des chapitres que nous propose de feuilleter le réalisateur Jean-Pierre Cottet dans le documentaire De Gaulle, histoire d’un géant diffusé sur Public Sénat.

Le

Capture d’écran du documentaire « Les Rosenberg, des espions au cœur de l’Amérique » de Julia Bracher
6min

Politique

Les « docus de l’été » : Les époux Rosenberg, les espions qui ont divisé l’Amérique

C’est l’un des procès pour espionnage les plus retentissants de l’Histoire des États-Unis. Celui des époux Rosenberg, accusés d’avoir travaillé pour le compte des Soviétiques en pleine Guerre froide et alors que l’Amérique apprend avec stupeur que les Russes détiennent l’arme atomique. Le documentaire "Les Rosenberg, des espions au cœur de l’Amérique", réalisé par Julia Bracher, diffusé cet été sur Public Sénat, raconte leur histoire et les tumultes provoqués par leur procès jusqu’au jour de leur exécution, le 19 juin 1953. L’élan populaire international n’aura pas suffi à les sauver de la chaise électrique.

Le

Crise politique entre l’exécutif et le Sénat après sa décision sur l’affaire Benalla
5min

Politique

« On m’a posé douze implants le même jour, une souffrance qu’on ne peut pas décrire » raconte cette victime d’un centre dentaire « low-cost »

En 2015, pour son passage à la retraite, Christine Teilhol, souhaite s’offrir un nouveau sourire. Éblouie par des tarifs attractifs d’un centre dentaire qui vient d’ouvrir, cette ancienne technicienne de laboratoire va tomber dans le piège d’un escroc et découvrir les limites de la médecine « low-cost ».

Le