Culture des tomates en hiver : pourquoi les sénateurs de gauche voient rouge
C’est la tomate de la discorde. Les sénateurs de gauche accusent le gouvernement d’encourager fiscalement la production de tomates hors saison et sous serre. Une mesure anti écologique et qui profitera « aux plus gros » producteurs. Le gouvernement répond qu’il défend avant tout l’emploi en France. C’est l’effet de serre en débat au Sénat.

Culture des tomates en hiver : pourquoi les sénateurs de gauche voient rouge

C’est la tomate de la discorde. Les sénateurs de gauche accusent le gouvernement d’encourager fiscalement la production de tomates hors saison et sous serre. Une mesure anti écologique et qui profitera « aux plus gros » producteurs. Le gouvernement répond qu’il défend avant tout l’emploi en France. C’est l’effet de serre en débat au Sénat.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Un projet de loi de finances, ce sont des amendements votés. Ce sont aussi (beaucoup) d’amendements rejetés. Ce qui n’empêche pas de lancer le débat. C’est le cas avec les tomates produites sous serre, pendant l’hiver. Pas vraiment la saison, mais les consommateurs sont nombreux à vouloir en acheter toute l’année.

L’exécutif, qui fait de l’écologie une priorité de l’acte 2 du quinquennat, est pourtant prêt à encourager cette pratique, à condition qu’il s’agisse de tomates bien françaises. Le budget 2020 prévoit de déplafonner le remboursement partiel de la taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel (TICGN) pour les exploitants agricoles. Concrètement, cette disposition, introduite à l’Assemblée, bénéficiera prioritairement au chauffage des serres maraîchères. « Il s’agirait ainsi d’aider financièrement la production sous serre visant à produire des légumes de contre-saison, en particulier des tomates, à l’aide de chauffage au gaz naturel. Pour un hectare de serre chauffée, le remboursement passerait donc de 6.666 euros par an à environ 25.000 euros par an. Ce chauffage dégage des gaz à effet de serre et va à l’encontre de tout ce qu’on devrait faire pour être plus vertueux » a dénoncé lundi soir la sénatrice PS du Lot, Angèle Préville. Regardez :

Angèle Préville (PS) accuse le gouvernement d’encourager fiscalement la production de tomates hors saison et sous serre
01:19

Comme le groupe communiste et une partie des sénateurs RDSE, dont l’écologiste Joël Labbé, elle a défendu la suppression de la mesure adoptée par les députés, qui « contrevient à l’objectif d’une fiscalité écologique ». Et d’ajouter :

« Introduire une nouvelle niche fiscale en faveur d’un mode de production émetteur de gaz à effet de serre paraît ainsi paradoxal »

Avec cette mesure, le gouvernement, souvent accusé d’un double discours sur l’écologie, dévoile son vrai visage, selon Joël Labbé : « On se rend compte qu’il apparaît impossible au gouvernement de trouver des financements pour la transition agroécologique véritable. Que ce soit pour des projets alimentaires territoriaux ou le financement des aides à la conversion au bio. Mais quand il s’agit de produits industriels, le manque de financement n’est alors plus un problème » (voir la première vidéo).

« Les grands groupes seront ultra favorisés »

Plutôt que « des cadeaux fiscaux » pour « soutenir la production de contre-saison », le sénateur écologiste du Morbihan défend l’accompagnement « vers des modes de production vertueux » et la limitation de la « concurrence déloyale dont souffrent les agriculteurs, notamment en renforçant le contrôle des importations des produits ne respectant pas les normes en vigueur dans l’Union européenne ». Une forme de protectionnisme écologique aux frontières de l’Europe en somme.

« En plus, ça va favoriser les grands groupes, car on fait passer de 6.600 à 25.000 euros par hectare. Ceux qui ont beaucoup d’hectares seront ultra-favorisés » complète le sénateur PCF Fabien Gay. « Il n’y a pas d’étude d’impact qui prouve que les 6.600 euros ne seraient pas suffisants (…) et qu’il faut créer une niche fiscale en passant à 25.000 euros qui va profiter aux plus gros » ajoute le sénateur PS de la Guadeloupe, Victorin Lurel.

« Relocaliser sur le territoire national des productions que nous avons l’habitude d’importer »

Des multiples prises de paroles qui n’ont pas convaincu la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher. « Ça va surtout faciliter l’importation de marchandises élevées sous serre à l’extérieur de la France et ça ne va pas résoudre un problème d’environnement quelconque. On achètera des tomates élevées en dehors de la France. C’est un choix, ce n’est pas le nôtre » soutient la secrétaire d’Etat, qui pointe aussi un « risque juridique ». Regardez la secrétaire d’Etat :

La secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher défend l’encouragement fiscal de la production de légumes hors saison et sous serre
00:45

« Il faut regarder la concurrence des pays de l’Europe du sud, notamment d’Espagne » ajoute le rapporteur LR du budget, Albéric de Montgolfier, qui évoque aussi « un problème de compatibilité avec le droit européen ». S’il s’est opposé aux amendements, le sénateur d’Eure-et-Loir reconnaît « qu’on peut s’interroger sur le mode de production à contre saison, notamment avec les serres ».

Le sénateur LR Jean Bizet, président de la commission des affaires européennes, est monté au créneau pour défendre la mesure votée par les députés. « C’est une occasion de relocaliser sur le territoire national des productions que nous avons l’habitude d’importer, ce qui entraînera des emplois localement en France. Et quand on parle d’émissions de gaz à effet de serre, c’est sûrement beaucoup moins important que le transport aérien qui fait la navette avec les pays du Maghreb » fait valoir le sénateur LR de la Manche. Il sort un autre argument : « On parle de diminuer, à juste titre – mais il faut savoir comment – la quantité de phytosanitaires pour cultiver les produits. Ces cultures sous serre sont l’occasion, par atmosphère contrôlée, d’utiliser beaucoup moins de phytosanitaires » soutient Jean Bizet, qui a pourtant plusieurs fois été pointé du doigt pour sa défense du glyphosate.

« Quelle transition écologique voulons-nous ? »

Joël Labbé n’en démord pas et y voit un manque de « cohérence » du gouvernement. « On ne peut pas dire qu’on va défendre nos petites exploitations » et voter cette mesure, selon le sénateur écolo. Cet ancien d’EELV ajoute :

« Par des signes comme celui-là, on brouille les pistes et on laisse continuer la dérive au plus bas prix dans la grande distribution qui broie nos agriculteurs »

« On parle beaucoup d’agri bashing » souligne Joël Labbé. Mais à ses yeux, c’est ce type de mesure qui l’entretient justement. « Quelle transition écologique voulons-nous ? Y a-t-il un sens à tout cela ? » demande encore Angèle Préville, qui compte sur le changement de pratique des consommateurs : « Des études sont sorties récemment sur ces cultures hors sol. Elles produisent des légumes, des tomates qui ont moins de minéraux, moins de nutriments. Quand elles seront connues, elles inciteront les consommateurs à ne plus consommer ces légumes ». Ce sera la revanche des endives.

Partager cet article

Dans la même thématique

PARIS. Marine Le Pen prostest in front of French senat
8min

Politique

Sénatoriales 2026 : le RN veut « tripler » son nombre de sénateurs et rêve de créer un groupe

Le RN se prépare dès maintenant pour les sénatoriales de septembre 2026. « Nous avons la volonté de doubler voire de tripler notre nombre de sénateurs », annonce à publicsenat.fr Ludovic Pajot, nommé directeur de campagne, soit frôler les dix sénateurs, permettant de créer un groupe. Mais avant cela, le parti devra réussir les municipales. Il entend, cette fois, éviter les « brebis galeuses ». Il cherche des candidats présentables, capables de « gérer une ville ».

Le

Culture des tomates en hiver : pourquoi les sénateurs de gauche voient rouge
3min

Politique

« Je ne souhaite pas participer aux ravages sociaux et écologiques en cours » assume cet étudiant qui a bifurqué 

En 2022, Théophile Duchateau, élève dans l’école d’ingénieur Agro ParisTech, fait partie du groupe de « bifurqueurs », surnommés ainsi après avoir annoncé publiquement lors de la remise de leur diplôme qu’ils préféraient renoncer à une carrière toute tracée dans un grand groupe. Théophile Duchateau, ancien élève ingénieur d’Agro ParisTech partage aujourd’hui sa vie entre son métier dans l’agroforesterie et l’engagement dans une ferme collective. Au micro de Quentin Calmet et face aux sénateurs, il assume une nouvelle forme de « travail » dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Culture des tomates en hiver : pourquoi les sénateurs de gauche voient rouge
4min

Politique

« L’IA, j’y crois beaucoup » : le préfet de police de Paris défend son utilisation pour la surveillance vidéo des rodéos urbains et des manifestations

Auditionné au Sénat sur la sécurité de l’espace public, le préfet de police de Paris Patrice Faure a défendu le recours à la surveillance vidéo algorithmique pour détecter certains délits et encadrer les manifestations. « Donnez-nous le cadre législatif pour utiliser les moyens technologiques qui existent », a-t-il exhorté devant les sénateurs.

Le

Retailleau ok
7min

Politique

Bruno Retailleau veut rétablir les contrôles à la frontière espagnole : c’est le cas depuis 2015

Suite à la régularisation de 500 000 sans-papiers en Espagne, la droite et l’extrême droite réclament un rétablissement des contrôles à la frontière espagnole. Or, ces contrôles ont été rétablis, théoriquement temporairement, mais sans discontinuer, depuis 2015. Par ailleurs, un titre de séjour délivré par un autre Etat-membre ne permet pas de séjourner légalement en France.

Le