Cyberattaque contre le ministère de l’Intérieur : Laurent Nunez va généraliser « la double identification » pour l’accès aux applications 

Un mois après le piratage des serveurs informatiques du ministère de l’intérieur, Laurent Nuñez était auditionné devant la commission des lois du Sénat pour faire le point sur les mesures de sécurité prises depuis. Le ministre a également été interrogé sur l’application de la loi visant à lutter contre le narcotrafic, entrée en vigueur il y a 6 mois. 
Simon Barbarit

Temps de lecture :

5 min

Publié le

A plusieurs reprises lors de son audition devant la commission des lois du Sénat, Laurent Nuñez a mis en avant « la transparence » dont a fait preuve son ministère suite à la cyberattaque qui a visé plusieurs systèmes informatiques sensibles début décembre. Un jeune hacker de 22 ans a été depuis mis en examen pour « accès frauduleux en bande organisée dans un système de traitement automatisé de données à caractère personnel mis en œuvre par l’Etat » et placé en détention provisoire. 

Les conditions de cette intrusion sont apparues plutôt embarrassantes pour le ministère de l’Intérieur. Le hacker s’est rendu maître de boîtes mails de la police nationale dans lesquelles des agents avaient échangé des mots de passe pour accéder à un certain nombre d’applications. « Un défaut d’hygiène numérique », a concédé Laurent Nuñez. 

Sur les 150 applications de police, le suspect a pu en consulter 7, parmi lesquelles, le Traitement d’antécédents judiciaires (TAJ), le Fichier des personnes recherchées (FPR), et les fiches Interpol. 

« L’attaquant n’a pas procédé à des modifications ou destructions de documents » 

Dans le détail, le hacker a pu extraire 72 fiches TAJ et plusieurs milliers de « sommaires » sur les 19 millions que comporte le système. Pour le FPR, 23 fiches, 3 000 sommaires, ont été extraits. 10 fiches Interpol ont été consultées, et 1 a été extraite. 

« L’attaquant n’a pas procédé à des modifications ou destructions de documents », précise le ministre. Des mesures ont été prises « immédiatement » après la cyberattaque telles que la réinitialisation des mots de passe, la suppression de comptes inactifs, « et puis on a regardé partout où il était passé. On a fait un criblage et un rétro criblage », a-t-il indiqué avant de faire part de la principale réponse à cette attaque. « On a imposé la double identification systématique sur toutes les applications qui figuraient sur le portail dans lequel a pénétré l’assaillant ». 

L’Anssi (l’autorité nationale en matière de cybersécurité et de cyberdéfense) a aussi communiqué la « signature de l’assaillant à l’ensemble de ministères » 

Le récit a néanmoins quelque peu interpellé les sénateurs. « Ce n’était quand même pas les instructions du ministère de l’Intérieur d’échanger les mots de passe par mail ? », a interrogé la présidente de la commission, Muriel Jourda (LR). « Bien sûr que non », a répondu le ministre qui précise que le hacker n’a pas pu accéder aux applications qui disposent déjà d’une double identification. 

« C’est effarant, même nous, on a un système de double identification pour rentrer dans nos comptes JULIA (JUstificatifs en LIgne des Avances) […] L’impression qu’on a, c’est qu’il y a eu un relâchement en termes de culture de la sécurité », a observé la sénatrice PS, Laurence Harribey qui se souvient que le risque cyber avait été pris à bras-le-corps, en amont des JO, par Laurent Nuñez dans ses anciennes fonctions de préfet de police de Paris. 

« On a priorisé une sécurisation de tous les systèmes d’information qu’on a utilisés pendant les Jeux […] Là, on parle des centaines d’autres applications du ministère. Ce n’est pas un relâchement », s’est-il défendu avant d’ajouter : « On a 1 000 systèmes d’information […] On déploie la double identification au fur et à mesure, mais ça prend énormément de temps. On parle de 300 000 agents […] On ne peut pas passer, d’un coup de baguette magique à l’authentification simple, le mot de passe, à la double identification ». 

« On n’a pas détecté d’actions faites à dessein sur tel ou tel individu » 

Quant à savoir si l’auteur de l’attaque a choisi à dessein de consulter et d’extraire certaines fiches plutôt que d’autres, le ministère « n’a pas identifié de ciblage cohérent », et aucun des éléments prélevés ne concernait de procédure en cours. « Il n’y a pas eu d’utilisation malveillante, si ce n’est la volonté de récupérer des données et de les revendre sur le darknet. On n’a pas détecté d’actions faites à dessein sur tel ou tel individu. Nous n’avons pas approché les personnes concernées. En judiciaire, je ne sais pas ». 

Pour ce qui concerne, l’application de la loi du Sénat visant à sortir la France du piège du narcotrafic, promulguée le 13 juin 2025, le ministre a cité le décret du 8 septembre dernier qui désigne la Direction nationale de la police judiciaire (DNPJ) comme chef de file ou encore la création du Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) le 5 janvier dernier. 

Les mesures de police administrative, « ont été mises en œuvre immédiatement » après la promulgation de la loi. 1 682 interdictions administratives de paraître sur les points de deal, 96 fermetures de commerces soupçonnés de blanchiment ont été prononcées depuis cet été. 

La loi prévoit aussi la possibilité pour les préfets d’expulser de son logement, une personne impliquée dans un trafic de stupéfiants, si son logement est situé dans la zone d’interdiction de paraître. 185 injonctions aux bailleurs sociaux ont été prononcées pour 16 expulsions ont été prononcées. 

Enfin, un décret est actuellement devant le Conseil d’Etat qui obligera les opérateurs à relever l’identité des personnes qui achètent des cartes SIM prépayées. 

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Cyberattaque contre le ministère de l’Intérieur : Laurent Nunez va généraliser « la double identification » pour l’accès aux applications 
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Cyberattaque contre le ministère de l’Intérieur : Laurent Nunez va généraliser « la double identification » pour l’accès aux applications 
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le